Le plus grand être vivant sur terre… un champignon

Un champignon géant, armillaria ostoyae a été découvert aux États-Unis dans l’état d’Orégon. C’est le plus grand être vivant terrestre et également la plus grande colonie de champignons du monde.

Armillaria ostoyae est un champignon géant qui se développe dans la Forêt nationale de Malheur, dans l’Est de l’Orégon, aux États-Unis. Il couvre une surface de 8,9 km2. Il a été estimé comme étant la plus grande colonie de champignons au monde. Cet organisme a été daté d’au moins 2 500 ans ; il serait né dans la même période que la démocratie grecque…
La masse totale de la colonie, en se basant sur la vitesse de croissance du champignon, a été estimée à 100 tonnes, mais actuellement les chercheurs estiment désormais son poids à 400 tonnes.

Des géants uniques dans leur espèce

L’armillaria ostoyae, populairement connu comme le champignon de miel, a commencé à partir d’une seule spore trop petite pour le voir sans microscope. Il a diffusé ses filaments noirs, appelés rhizomorphes, à travers la forêt, tuant les arbres en poussant. Il couvre maintenant 880 hectares de la forêt.
Le contour du champignon géant s’étend sur 3,5 kilomètres, et il s’étend à une moyenne de trois pieds (un mètre) dans le sol. Il couvre une superficie aussi grande que 1 665 terrains de football. Le cas a été rapporté dans le Canadian Journal of Forest Research (1).

Un autre champignon gigantesque, spécimen de armillaria bulbosa, a été trouvé sur un site près de Crystal Falla (Michigan). Il couvre 0,15 km2 et la découverte a été publiée dans le magazine Nature.
Ce champignon a la particularité d’avoir un génome aux mutations extrêmement lentes : pendant ces siècles d’évolution, celui-ci n’a subi que 163 modifications génétiques alors que le génome compte 100 millions de bases.
Pour les auteurs, il est possible que la vie souterraine, à l’abri d’agents mutagènes de l’environnement, comme les UV du soleil, préserve le champignon de mutations. Peut-être aussi possède-t-il des systèmes de réparation de l’ADN particulièrement efficaces.
Armillaria pourrait donc constituer un modèle d’étude intéressant pour comprendre comment éviter qu’une cellule mute trop vite, comme c’est le cas dans le cancer. (cf la revue Planète)

En Suisse, un champignon vestige du Moyen-Âge

Le Parc national suisse abrite un armillaria ostoyae vieux de 1000 ans, qui s’étend sur 37 hectares – pas moins de 800 m de long sur 500 de large –. Parasite du pin, il jouerait pourtant un rôle important dans la régénération de cet arbre pionnier. C’est en menant des recherches sur la mortalité des pins dans le parc que les scientifiques de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (W.S.L.) ont découvert l’armillaire géant, aujourd’hui considéré comme le plus gros champignon d’Europe.
Plusieurs autres individus de grande taille ont été découverts dans le parc, occupant des surfaces entre 1,7 et 17 hectares.
« Les armillaires sont des champignons présents dans de très nombreuses régions du globe, décrit Philippe Clerc, conservateur du Jardin botanique de Genève. Et ils sont un peu partout en Suisse ». Le mycélium de l’armillaire présente la particularité de produire des rhizomorphes, « des ramifications souterraines très solides, qui peuvent être confondues avec des racines tant elles sont dures », dit encore Philippe Clerc. Ces structures, de teinte noire, sont même utilisées comme lacets de chaussure dans certaines régions du monde ; « les Indiens appellent l’armillaire le “shoestring mushroom”», précise Daniel Rigling.
« Ce champignon pourrait même avoir un rôle important dans la régénération et le maintien de Pinus mugo dans la région », ajoute Daniel Rigling. Un parasite bénéfique pour son hôte ? Etrange. Pas tant que cela : l’armillaire infecterait en priorité les pins déjà affaiblis. L’armillaire est actif de longue date dans le parc, c’est un élément naturel de l’écosystème.

La découverte de tels spécimens de champignons géants n’a pas fini de nous étonner.

(1) Article paru en avril 2003
par Michèle MORIZE
Lire et voir sur internet :
https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/botanique-ce-champignon-2500-ans-plus-grands-organismes-vivants-terre-73180/
https://www.scientificamerican.com/article/strange-but-true-largest-organism-is-fungus/

https://www.nationalgeographic.com.au/nature/the-worlds-largest-living-organism.aspx
https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/botanique-ce-champignon-2500-ans-plus-grands-organismes-vivants-terre-73180
Le Figaro – sciences du 17/10/2018, Un champignon âgé de 2500 ans et lourd de 400 tonnes est toujours en pleine forme, par Daniel Vey