Spiritualité

Vaccin philosophique pour l’âme

La douceur

La douceur est une vertu puissante d’amour et de guérison, qui réconcilie toujours les opposés et crée un lien intérieur inoubliable dans la mémoire de celui qui a été touché.

L’image de la douceur ancestrale peut être associée à celle de la mère, au visage de tendresse, avec son regard protecteur, son sourire bienveillant, ses gestes doux et précis. Son amour est sans limite et vital ; il donne confiance en la vie. Son archétype est Isis allaitant Horus, la Vierge à l’enfant ; chaque civilisation ayant sa représentation.

Mais la douceur est aussi la vertu du guerrier qui saura agir avec force mais sans brutalité. La Bhagavad Gîtâ nous définit l’homme pur par ces qualificatifs : 
« Absence de peur, tempérament pur, fermeté dans le Yoga de la connaissance, bienfaisance, maîtrise de soi, sacrifice, étude des Écritures, ascèse, candeur et droiture, non-violence, sincérité, absence de courroux, abnégation, calme, absence de critique, compassion pour tous les êtres, absence de convoitise, douceur, modestie, absence d’agitation, énergie, miséricorde, patience, propreté, absence d’envie et d’orgueil, – telle est, ô Bharata, la richesse de l’homme né en la nature dévique… <
L’adoration du divin, la propreté, la rectitude morale, la pureté sexuelle, l’absence de meurtre et de violence à l’égard d’autrui – telle est l’ascèse du corps. Un langage qui ne cause point de trouble à autrui, vrai, bienveillant et bienfaisant, l’étude de l’Ecriture – telle est l’ascèse de la parole. 
Une joie claire et calme du mental, la douceur, le silence, la maîtrise de soi, l’entière purification du tempérament – telle est l’ascèse du mental ».
L’ascèse sur les trois plans corporel, verbal, et mental se décline pour le guerrier en douceur qui se conjugue avec silence, patience, absence de violence, maîtrise de soi. Parmi les vertus essentielles que cite Khrisna comme gage de l’homme pur, la douceur liée à la modestie prend toute sa place. 

Chögyam Trungpa nous enseigne : « La douceur provient de l’expérience du non-doute, de l’absence du doute. Ne pas avoir de doute signifie faire confiance à son cœur, avoir foi en soi-même. Être libre de doute veut dire qu’on établit un contact avec soi-même, qu’on a fait l’expérience de la synchronisation de l’esprit et du corps. Lorsque l’esprit et le corps sont synchronisés, nous n’avons pas de doute ».
Quand nous exprimons la douceur et la précision dans nos gestes, dans nos paroles et dans notre analyse, l’éclat et la puissance des choses, peuvent s’exprimer. Quand, dans la brutalité, en défense de son ego offensé, nous nous exprimons de manière tranchée, ou vexante, la relation intime aux choses est coupée. Le lien qui nous relie est altéré. Nous exprimons alors notre doute, notre séparatisme et notre manque de confiance en nous-même, notre exaspération devant autrui qui est vue comme l’ennemi. 

Et pourtant, une belle image de douceur est celle de la compassion, de la naissance de Tara, la parèdre de Avalokitechvara, « Le seigneur qui regarde ». Quand Avalokitechvara, le premier ancêtre divin des Tibétains regarda le monde et qu’il vit la tâche immense qui lui incombait, il fut effaré un instant devant l’ampleur de sa mission. Alors il laissa échapper une larme. De cette larme naquit Tara, la puissance et l’énergie de la divinité, son essence dynamique, sa force de concrétisation. Tara est « Celle qui sauve », la grande protectrice. Qu’il soit épanoui ou en bouton, le lotus signe sa pureté. Elle est l’expression de la force d’amour et de reconnaissance. 
La Tara blanche porte « sept yeux de merci » : deux yeux qui s’ouvrent sur le monde, un œil au centre qui voit justement dans le cœur des hommes, un dans chaque paume des mains et un dans chaque plante des pieds. Elle est inséparable de son Dieu. 

La douceur nous rappelle d’où l’on vient et où l’on va. Et si sur le chemin, on se confronte aux duretés de la vie, que nous sachions y répondre par la douceur. 

Exercice philosophique 

Se donner un temps d’observation de soi dans sa journée, pour s’exercer à la douceur dans : 
la précision de nos gestes, avec lenteur, attention et respect pour prendre ou poser un objet, pour marcher sans taper les talons… 
nos paroles attentives à ne pas blesser, bienveillantes, sans causer de trouble à autrui
nos pensées à cultiver dans la joie et le calme mental 

Exercice d’écoute musicale, pour s’accompagner dans la douceur de la musique 
Chopin Nocturne N°2 – Elizabeth Sombart :  https://www.youtube.com/watch?v=cP16frgU-U0

par Catherine PEYTHIEU
Formatrice de Nouvelle Acropole Paris V
© Nouvelle Acropole

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