Trouver retraite en soi

À la manière des stoïciens, trouver en soi une retraite fiable et sereine, est un exercice d’accompagnement pour vivre en paix avec soi-même et avec le monde, malgré toutes les circonstances difficiles. Un lien de rencontre avec soi-même.

Trouver ce lieu de retraite ne signifie pas vivre en plein égoïsme ou en repli sur soi, mais en ouverture d’un un espace intérieur, une place inexpugnable, comme une citadelle imprenable par les assauts extérieurs ; un lieu de rencontre avec soi-même, lieu de notre conscience la plus élevée, non pas en rupture mais en lien avec l’essentiel.

Toutes les citadelles du monde offraient un abri et une protection aux rois et au peuple confrontés aux menaces des barbares venus d’autres pays. Elles étaient toutes placées en hauteur afin de développer une vue à vol d’oiseau. Elles étaient autonomes, construites avec des matériaux solides et durables, et abritaient tout ce qui était nécessaire à la vie.

Si nous voulons une citadelle intérieure comme celle-ci, il conviendra de lui donner une vie intérieure et d’asseoir la raison sur le trône afin qu’elle puisse nous guider sur le chemin de la vertu et ainsi atteindre la tranquillité de l’âme en toute situation. Il sera également utile d’avoir de bons gardiens de la citadelle afin que les biens obtenus soient permanents.

Notre citadelle intérieure est un espace intime, à construire et à fortifier, auquel on accède en développant l’art de vivre.
Et c’est là notre premier défi : construire et fortifier notre citadelle intérieure.
Notre deuxième défi est de la visiter, au moins le matin et le soir, mais aussi peut-être dans la journée, quand la nécessité d’âme se fera sentir.

Car en effet ce noyau de liberté inexpugnable se construit à partir de notre faculté de penser les choses. Selon Épictète, « ce ne sont pas les choses qui troublent les hommes, mais les idées qu’ils se font des choses ». Autrement dit, les choses n’ont une action sur soi que dans la mesure où nous les qualifions d’une représentation. Or nous sommes tout à fait libres de penser ce que nous voulons sur les choses et d’en choisir nos représentations. C’est la grande différence que font les stoïciens entre les choses qui dépendent de nous (nos jugements) et les choses qui ne dépendent pas de nous (les choses elles-mêmes). C’est bien cela qui définit ce noyau inexpugnable de la personnalité, appelé la citadelle intérieure.

C’est une qualité en soi que de cultiver cet art de l’indépendance vis-à-vis des choses et des circonstances qui nous entourent.
Liberté et indépendance assurent au philosophe la paix intérieure, l’ataraxia. « Cette paix, cette tranquillité de l’âme, est la valeur la plus haute dans l’Antiquité, fascinée par l’image de l’homme qui, au milieu des adversités, des troubles de la cité, des catastrophes cosmiques, reste imperturbable » (1).

Comment construire cette liberté intérieure inexpugnable ? En s’exerçant à la sagesse, en pratiquant des exercices d’entraînement de l’esprit, de vigilance, d’attention, par des examens de conscience, par des efforts de volonté, par l’exercice de la mémoire qui renforceront la liberté de juger et l’indépendance vis-à-vis de nos passions désirantes.

Alors selon Marc Aurèle, « on se cherche des retraites à la campagne, au bord de la mer, à la montagne ; et toi aussi, tu as coutume de désirer ces sortes de choses au plus haut point. Mais tout cela marque une grande simplicité d’esprit, car on peut, à toute heure de son choix, se retirer en soi-même. Nulle part on ne trouve de retraite plus paisible, plus exempte de tracas, que dans son âme, surtout quand elle renferme de ces biens sur lesquels il suffit de se pencher pour recouvrer aussitôt toute liberté d’esprit ; et par liberté d’esprit, je ne veux dire autre chose que l’état d’une âme bien ordonnée. Accorde-toi donc constamment cette retraite et renouvelle-toi » (2).

À chacun de construire sa citadelle intérieure, inexpugnable ! … et de la visiter tous les jours.

(1) La figure du sage dans l’Antiquité, dans Études de philosophie ancienne, Pierre Hadot, Éditions Belles Lettres, 2010, 400 pages
(2) Pensées pour moi-même, IV, 3,  suivi du Manuel d’Épictète, Marc Aurèle, Éditions Flammarion 1999, 222 pages
par Catherine PEYTHIEU