Philippe Bobola, La conscience à la lumière des neurosciences Être maître de notre destin

Le corps et l’esprit sont-ils liés ? C’est ce que tente de prouver Philippe Bobola, docteur en chimie physique, biologiste (3e cycle), anthropologue et psychanalyste adlérien. Les pratiques spirituelles conscientes ont un effet sur le corps mais également sur la génétique. Serions-nous ainsi maîtres de notre destin ?


Dans un premier article (1), Philippe Bobola a défini les différentes conceptions de la conscience dans l’histoire et son rôle dans les réalités multiples. Dans ce deuxième article, il s’attache plus particulièrement à démontrer le rôle de la conscience à travers différentes pratiques, et leur bienfait dans le corps.

Adeline Albou : Pouvez-vous nous expliquer comment la conscience fonctionne ?

Philippe Bobola : Aujourd’hui, certains grands axes de recherche des neurosciences sont dirigés sur les effets de la méditation, du yoga… pour comprendre comment la conscience fonctionne. On s’aperçoit qu’elle n’est pas séparée du corps.

A.A. : Pouvez-vous nous donner des exemples ?

P.B. : Un exemple intéressant concerne la molécule d’ADN, molécule phare de la biologie moléculaire pendant longtemps. Si on l’allongeait linéairement, la molécule d’ADN aurait une certaine longueur et elle doit tenir dans un volume cellulaire qui est un million de fois plus petit qu’elle. Elle doit donc être surenroulée et elle l’est en effet, grâce aux protéines appelées « histones » qui tiennent lieu d’axe d’enroulement. En clair : si l’on veut enrouler un fil, le faire autour d’un axe est la façon la plus simple et efficace. Quand une cellule mère se divise, elle désenroule son ADN, la duplique et ainsi elle engendre deux cellules-filles, qui vont recevoir équitablement les deux jeux de molécules d’ADN. Les gènes sont pilotés par les histones qui les activent ou les désactivent. La discipline qui s’occupe de la façon dont s’opère ce pilotage est appelée « épigénétique » (1). Ce mot fut introduit en 1942 par l’embryologiste écossais Conrad Waddington qui concevait le développement et l’hérédité en termes de dialogue entre l’information génétique et l’environnement.
La pensée, la conscience, les émotions agissent sur les histones, et donc, d’une certaine façon modifient le fonctionnement de nos gènes. Nous sortons de la tyrannie des gènes avec cette nouvelle discipline ! En fait, l’épigénétique rejoint le Bouddha qui dit : « Nous sommes formés et modelés par nos pensées ».
L’expression de nos gènes n’est donc pas uniquement déterminée par le code de l’ADN lui-même, mais par un assortiment de protéines et parfois de micro-ARN (2) qui donnent l’ordre à nos gènes de s’allumer ou de s’éteindre. Un gène « allumé » crée une protéine et un gène éteint est muet.

Ces phénomènes épigénétiques orchestrent les nombreux changements qui interviennent dans un corps parmi lesquels celui primordial qui permet à l’ovule activée par un spermatozoïde de donner naissance à un organisme complexe fait de 50 000 milliards de cellules de 220 types différents. L’épigénétique permet à nos cellules de répondre aux signaux environnementaux internes (hormones entre autres) sans modifier la molécule d’ADN en elle-même. Par environnement j’entends également l’environnement externe (famille, société…).

Deux écoles s’affrontent : celle qui affirme que le séquençage du génome humain permettra de détecter le ou les gènes défectueux et d’y remédier dès le plus jeune âge à l’aide de médication, et l’épigénétique qui considère qu’un gène n’est rien sans son contexte.

Cette idée était impensable il y a trente ans car on acceptait uniquement l’action possible de la psyché sur nos organes (action psychosomatique). En revanche, envisager que nos pensées puissent agir jusqu’au cœur de nos cellules où se trouve notre ADN était qualifié d’utopie, d’ésotérisme, d’irrationalité !

D’une certaine façon nous entrons dans une médecine participative où nos pensées peuvent déclencher guérison ou maladie.

A.A : L’état de conscience serait-il donc déterminant pour le bien-être du corps ?

P.B. : Oui. Il existe d’autres exemples qui ne sont pas vraiment connus de la biologie.
Dean Radin chercheur à l’Institute of Noetic Sciences de Petaluma en Californie, a réalisé une étude novatrice : il a fait méditer deux personnes assises côte à côte dans une salle blindée, empêchant l’entrée de tout champ électromagnétique. Après un certain temps l’un des sujets est placé dans une seconde salle blindée, à une distance de 15 mètres. Le sujet est relié à un électroencéphalogramme (EEG). Une lumière est allumée à intervalle régulier devant les yeux du méditant de la première salle qui lui aussi était connecté à un EEG.

Les enregistrements des EEG ont été comparés : la lumière reçue par le premier méditant entraînait une modification de l’EEG du second. Les deux cerveaux étaient donc bien reliés ou intriqués au sens quantique du terme. De même, Dean Radin a placé un laser de faible intensité d’une chambre blindée. Des sujets à l’extérieur ont été inventés à percevoir intuitivement la lumière laser et à la bloquer ou à la laisser rayonner librement durant 30 secondes. Il a constaté des perturbations du rayonnement laser suite aux deux types d’intention durant la période où elles s’exerçaient. Bel exemple d’action de la pensée sur la matière !! On comprend que la qualité de nos pensées puisse être déterminante sur le fonctionnement de notre biologie. Les personnes optimistes ou pessimistes n’auront pas un même impact sur leur corps.

A.A. : Peut-on dire qu’il n’y a donc plus de séparation entre le corps et l’esprit ?

P.B. : La médecine est encore dans cette séparation du corps et de l’esprit et sa conception du corps est celle d’un ensemble de territoires dont l’interaction diminue avec la distance. En physique classique l’interaction entre deux objets est inversement proportionnelle à la distance qui les sépare, alors qu’en physique quantique cette interaction est insensible à la distance. On parle « d’intrication » que l’on peut définir ainsi : deux objets éloignés continuent d’interagir avec la même intensité même si on les a éloignés à grande distance. On parle aussi de « non-séparabilité ». Au nom de la physique classique le corps et l’esprit peuvent être considérés comme séparés, alors que dans une approche quantique ils forment une unité. La psycho-neuro-immunologie confirme ce lien car il est bien connu que sous l’effet du stress la défense immunitaire est abaissée. Un mal être mental a une incidence jusqu’au niveau des globules blancs !

L’astrophysicien et physicien britannique Du XIXe siècle  résume cette séparation illusoire que maintient la physique classique de la façon suivante : « Lorsque que nous regardons nous-même dans l’espace et le temps, nos consciences sont évidemment des individus séparés au sein d’un ensemble de particules, mais quand on va au-delà de l’espace et du temps, elles constituent peut-être les ingrédients d’un seul flot continu de vie. Il en va peut-être de la lumière et de l’électricité comme de la vie : les phénomènes peuvent être des individus poursuivant des existences séparées dans l’espace et le temps, alors que dans la réalité plus profonde au-delà de l’espace et du temps, nous pourrions tous être membres d’un seul corps ».
Reste que la grande énigme au cœur de la psychologie est la sensation d’unité et d’unicité de notre personnalité alors que notre cerveau jouit d’une plasticité, d’un renouvellement permanent en fonction des informations extérieures et intérieures qu’il reçoit. Par plasticité on entend l’inverse de la rigidité. Pour les circuits neuronaux il s’agit de la capacité des neurones à modifier l’efficacité avec laquelle ils transmettent l’information. Les neurones formant en permanence de nouvelles connexions, il est clair que le cerveau est programmé à la fois à une évolution possible et en même temps à conserver le noyau dur de ce qui fait que nous sommes qui nous sommes ! Nous sommes donc programmés à ne pas être programmés… C’est la bonne nouvelle !

A.A : Avec toute la technologie scientifique, les neurosciences arrivent-elles aujourd’hui à des hypothèses de tradition de sagesse où l’on parle de l’unité entre corps, âme et esprit ?

P.B. : On découvre aujourd’hui que la tradition était dans le juste et les neurosciences parviennent aujourd’hui à prouvent par l’imagerie médicale les bienfaits de la méditation entre autres. L’occident dans sa soif de rationalité a pris du retard dans l’usage de ces pratiques ancestrales. Aujourd’hui, il existe des preuves de l’efficacité de ces pratiques, et l’Occident s’en empare de façon parfois un peu sauvage ! T’ai Chi Chuan, Qi Gong, massages Shiatsu, ayurvédiques, … ou d’autres disciplines venues d’Inde et d’Asie font maintenant partie du paysage contemporain. Toutes ces disciplines ont réel un impact sur notre corps.
On lit dans un texte attribué à l’Empereur Jaune, (1er siècle avant notre ère), la philosophie du T’ai Chi : « le but de ces exercices est de parvenir à un état de relaxation proche de la transe, où le Chi peut être régulé et dirigé par l’esprit pour corriger les déséquilibres dans le corps ».

 

A.A. Quel bienfait la méditation a-t-elle sur le corps ?

P.B. : Voici un exemple concret des bienfaits de la méditation. La partie terminale de nos chromosomes, que l’on appelle télomère, est faite d’une séquence répétitive qui se raccourcit d’environ 1% par an. Nos cellules peuvent se diviser à peu près en une centaine de fois et au bout de cent divisions, elles meurent parce que le télomère a atteint une taille critique dans la cellule. C’est la théorie du gène limitant découverte par un biologiste américain Leonard Hayflick. On s’est rendu compte que la méditation pouvait rallonger les télomères (3), comme Pénélope qui rallongeait son ouvrage en tapisserie.
Par exemple une mère qui perd son enfant, voit son vieillissement accéléré de 9 à 17 années… Si elle pratique des méditations elle peut réallonger ses télomères.
Le Dr Norman Shealy fondateur de l’American Holistic Medical Association a mis en évidence que 10 mois suffisent pour allonger de 2,9% la longueur des télomères.
Nous sommes donc maître de notre destin biologique ; tout en sachant que pour l’instant, n’étant pas immortels, nous pouvons quand même ralentir la cinétique de vieillissement.

Pour vivre longtemps dans les meilleures conditions, il faut avoir plutôt une attitude positive vis-à-vis de soi et des autres, se sentir utile et développer de la curiosité pour ce qui nous entoure.
De façon étonnante, mon beau-père qui a 102 ans, n’a pas perdu ses capacités cognitives et il possède ces trois critères : Il est positif car ayant été prisonnier en Russie dans un camp pendant la seconde Guerre mondiale, il a une capacité de résilience. Quand on a connu des milieux aussi extrêmes, on relativise toute difficulté. Il se sent toujours utile et puis, malgré son âge, il est très curieux de comprendre un monde qui ne va pas toujours dans la direction qu’il souhaiterait, mais qui l’intéresse tout de même. Les trois critères réunis ont eu pour résultat de ralentir sa cinétique de vieillissement au point qu’un bilan médical lui a donné un âge physiologique de 20 ans de moins que son âge réel !

A.A : Les neurosciences actuelles nous amènent-elles vers le sentiment de responsabilité individuelle ?

P.B. : Oui. Les neurosciences et beaucoup d’autres disciplines. On est en train de revoir la définition de maladie. À l’origine de la plupart des maladies se trouve une inflammation chronique intestinale.
On découvre que notre état émotionnel et notre état de conscience sont déterminants pour la santé de notre corps. L’état de conscience est ce chef d’orchestre qui essaie vraiment d’unifier le fonctionnement de la biologie. Et donc, nous sommes à la tête d’un orchestre que nous ignorons ; c’est nous qui donnons le rythme, qui écrivons la partition que nous pouvons jouer plus rapidement ou plus lentement.
Nous entrons dans le domaine de la biologie participative. De même qu’il y a une physique participative où l’observateur devient participant, en tant qu’être humain, nous devenons participants de notre vie, un participant biologique. C’est le même scénario.

A.A. : À l’image des deux personnes qui méditent ensemble, pourrions-nous dire que, si un plus grand nombre de personnes méditent ensemble, elles auraient une force d’action importante ?

P.B. : Oui, tout à fait : il existe une étude sur l’effet Maharishi (4). Maharishi Mahesh Yogi qui était le gourou des Beatles. Il a développé une méditation transcendantale ou hyper-transcendantale, où l’on récite des mantras indiens.  Selon cette étude quand 1% d’une population d’une ville pratique cette méditation, la violence et la criminalité baissent.
La méditation hyper-transcendantale représente la racine carrée de 1% ()  soit sur une population de 1 million d’habitants il suffit de 1000 personnes méritantes pour opérer un changement notable et pour la population mondiale de 7 milliards environ il s’agirait que 84 000 personnes pratiquent cette méditation en même temps.Tous les espoirs sont donc permis.
Dernièrement, des études menées par Erica Chenoweth (Université de Denver et  Harvard Kennedy School) et Maria J. Stephan (experte en désobéissance civile et directrice du programme d’action non-violente à l’Institut de Paix des Etats-Unis) ont démontré que dans une communauté, si 3,5% pensent différemment (par exemple, voient l’organisation du groupe de façon différente,…), cela a une incidence sur la communauté.
L’histoire nous montre donc que c’est toujours un petit nombre de personnes qui occasionne le changement. L’ethnologue Margaret Mead donnait ce conseil : « ne doutons jamais qu’un petit groupe d’individus conscients et engagés puissent changer le monde. C’est même de cette façon que cela s’est toujours produit ». On appelle cela la théorie des exceptions .

Je crois que ce que l’on est en train de constater qu’il existe bel et bien une conscience collective à l’extérieur de nous. Elle correspondrait à ce que l’écoplanétologue russe Vladimir Ivanovitch Vernadski nomme la noosphère (du grec ancien Neos : l’esprit) : la sphère des pensées terme  repris par Pierre Teilhard de Chardin.
Les expériences de mort éminente (EMI ou NDE [Near Death Experience]) mettent en évidence que notre conscience peut connaître un autre état que celui de conscience ordinaire. Il s’agit d’un état dit extra corporel c’est à dire existant en dehors d’un cerveau actif.
On peut s’autoriser l’hypothèse qu’en dehors de cet état particulier, notre conscience pourrait également exister naturellement en dehors du corps de chacun et former ainsi une sorte de sphère de conscience collective… c’est ce qu’envisageait Carl Gustav Jung à travers son concept de monde archétypal qu’il nomme aussi l’Unus Mundus, le monde de l’UN.

Thoughts from different people create a collective mind. Digital illustration.

De même qu’en physique quantique le Condensat de Bose-einstein témoigne d’une possibilité d’un monde collectif unifié où tous les atomes d’un gaz dans certaines conditions forment un atome géant unique auquel est associée une onde unique, on peut imaginer en effet l’existence d’un monde géant de pensées formant une unité. Chaque époque apporterait en quelque sorte sa contribution à ce condensat de pensées et réaliserait ainsi un véritable réservoir mémoriel.  L’homme aurait la possibilité d’interagir avec cet espace comme l’envisageait Jung, lors du phénomène dit de « numinosité » qui consiste en un effet émotionnel fort chez un patient confronté à symbole archétypal en forte résonance avec lui.
L’introduction de la physique quantique dans les neurosciences nous fait entrer dans un espace vibratoire, non localisable, sans séparation. Toutes les tentatives pour tenter de localiser la conscience dans le cerveau se sont soldées par des échecs. Le matérialisme et le réductionnisme ne sont pas la bonne méthodologie apparemment pour appréhender la conscience !
Le prix Nobel de Physiologie ou Médecine, John C. Eccles résume la situation :
« Le mystère humain est incroyablement avili par le réductionnisme scientifique ».

(1) Lire les articles sur l’épigénétique dans revue Acropolis N°301 (novembre 2018) Épigénétique et santé par Jean-Pierre Ludwig, hors-série N°9
Neurosciences et sciences traditionnelles, une rencontre fructueuse, (décembre 2019), L’épigénétique, l’impact des comportements et des habitudes de vie sur les cellules, par Jean-Pierre Ludwig, page 65
(2) Acide Ribonucléique. Support intermédiaire des gènes pour synthétiser les protéines dont les cellules ont besoin
(3) Lire l’article de Michèle Morize, L’effet télomère, vivre plus jeune, plus longtemps, en meilleure santé parus dans le hors-série N°9 (2019) de la revue Acropolis, Neurosciences et sciences traditionnelles, une rencontre fructueuse, page 79
(4) Lire l’article de Marie-Agnès Lambert, Les bienfaits de la méditation paru dans la revue Acropolis N° 209 (mai-aout 2000)
Site internet de Philippe Bobola : www.unitedusavoir.com
Propos recueillis par Adeline Albou
  • Le 19 avril 2020

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