Luc Bigé, le symbolisme du corps humain, déchiffrer notre nature profonde

Dans son dernier livre, « Symbolisme du corps humain. Vol 1: Pieds, chevilles, tibia, genoux, cuisses, hanches: le Parchemin Magnifique » (1), premier tome d’une collection de six ouvrages, Luc Bigé, docteur es sciences en biochimie et astrologue, auteur de nombreux ouvrages, s’intéresse  aujourd’hui au symbolisme du corps humain.

La description du corps humain fait appel à la mythologie grecque, à la langue des oiseaux, au symbolisme des formes et des couleurs, et à l’astrologie. La revue Acropolis l’a interrogé à ce sujet.

Acropolis : Pourquoi vous intéressez-vous à la symbolique du corps humain ?

Luc Bigé : Parce que, pour réenchanter le monde, il faut retrouver du sens. Une des voies possibles est le symbole car il nous met en contact direct avec le monde du sens.
Le corps humain est un parchemin sur lequel est écrit, d’une manière très précise, la nature humaine et son cheminement spirituel. Les formes des organes et les couleurs du sang, par exemple, parlent de qui nous sommes en profondeur. Les trois couleurs du sang sont le bleu, le blanc et le rouge avec les veines, la lymphe et les artères. Ce sont aussi les trois couleurs de la tripartition dumézilienne : le bleu pour la production, le blanc pour la souveraineté et le rouge pour la fonction guerrière.

Dans cette lecture, le corps est perçu comme la manifestation de l’involution du Soi dans la matière. Lorsqu’on part de cette hypothèse on comprend, à travers les formes du corps, quelle est la nature profonde de chacun et surtout son chemin d’évolution puisque notre corps relie la Terre au Ciel, depuis sa voûte plantaire jusqu’à sa voûte crânienne.
Chaque voûte est un espace de passage. La voûte céleste est un espace de passage entre l’invisible et le visible. On a un cheminement initiatique précis qui part de nos premières démarches pour aller vers le temple, qui lui-même est représenté par la voûte crânienne. Le terme « frontal », qui désigne l’os du front, veut dire en latin « ce qui est devant l’autel ».
Il y a un certain nombre d’éléments à la fois linguistiques et symboliques qui nous décrivent la nature du chemin initiatique que l’homme emprunte pour diriger ses pas de sa vie matérielle vers sa dimension spirituelle.

A. : quelles sont les quatre approches pour expliquer et guérir le corps humain ?

 L.B : en fait, je me réfère à mon ouvrage, La force du symbolique, où j’avais développé les quatre voies  de connaissance que l’on peut aussi appliquer à la médecine : La connaissance scientifique qui est fondée sur la causalité.
L’approche systémique fondée sur la manière dont les éléments d’un système interagissent en permanence entre eux. Dans ce cas l’interaction est plus importante que l’élément lui-même. C’est l’effet papillon.
La connaissance fondée sur la lecture symbolique, c’est-à-dire que chaque chose que l’on voit, chaque événement qui nous arrive, chaque situation dans laquelle on se trouve est le reflet de nos plus intimes pensées. On peut se référer à Jung qui disait en substance qu’un événement survient lorsque celui-ci n’est pas métabolisé dans la conscience. L’inconscient nous met alors en face d’un événement pour nous faire prendre conscience de notre propre nature, c’est-à-dire de cette partie de notre psychisme que l’on n’a pas encore conscientisé.

La lecture opérative ou « chamanique » qui suppose un contact direct avec le monde du sens. Toucher du doigt, ne serait-ce qu’un peu, l’aura d’un archétype nous conduit naturellement vers un processus de transformation et de métamorphose.

Toute pathologie pourra donc être lue comme un dysfonctionnement du corps compris comme un objet, comme la perturbation d’un sujet vivant dans un milieu spécifique, comme un message symbolique qui dit ce qui sépare l’être du paraître et, enfin, comme une résistance de notre matière physique et psychique lorsqu’une énergie-conscience descend dans ce réceptacle que nous appelons « la chair ». Bien sûr plusieurs de ces raisons peuvent se combiner.

A. : Pouvez-vous donner un exemple de lecture d’une pathologie ?

L.B. : Si j’ai mal au ventre, c’est peut-être parce que j’ai mangé trop de chocolat. La  cause est scientifique, rationnelle, biologique, biochimique.
Il y a peut-être aussi une cause systémique : l’enfant qui a mal au ventre n’a pas envie d’aller à l’école. Cela veut dire qu’il ne se sent pas bien dans son environnement. La pathologie sera un signal d’alarme qui informe que le contexte ne correspond pas au besoin de la personne. On guérit non pas un symptôme comme dans le premier cas, mais un citoyen considéré dans son contexte de vie. Il s’agit d’une approche globale.
Dans le troisième cas, la réalité symbolique, si j’ai mal au ventre, c’est peut-être parce que je sature de toutes les informations transmises au cerveau à force de lire et d’apprendre. In testus en latin veut dire « dans la tête ». Aujourd’hui, nous savons que notre « deuxième cerveau » est l’intestin en raison du grand nombre de neurones qui l’entoure. Mais, par son nom et sa forme labyrinthique nous voyons sans peine qu’il reflète en miroir la « pense » du haut, c’est-à-dire le néocortex. Lorsqu’il est saturé d’informations, l’enfant fait une diarrhée qui, en langue des oiseaux,  dit-arrêt… Lire un symptôme d’une manière symbolique aide à comprendre les dits du corps et à dégager les nœuds psychiques qui entrainent la pathologie.
Dans le quatrième cas, la dimension opérative, il s’agit peut-être d’un processus de naissance à soi-même, d’ouverture de la conscience vers une dimension plus large en traversant des peurs profondes. Alors il ne faut surtout rien faire car le processus lui-même est un acte de guérison du corps et du psychisme.

A. : Quelle serait l’attitude du médecin, face à ces lectures ?

L.B. : Le médecin pourra donc être allopathe, premier cas, il soignera un symptôme. Mais aussi homéopathe, deuxième cas, il soignera un citoyen. Ou encore philosophe ou sage, troisième cas, il permettra à la personne de comprendre le sens de ce qui lui arrive à travers le symptôme.  Et enfin initié ou chamane, accompagner dans l’invisible le processus de transformation que la maladie a induit dans le corps, c’est le quatrième cas de figure.
L’idée est de se placer au centre du système pour se rendre compte que la pathologie  peut prendre racine dans une ou plusieurs de ces quatre causes possibles.

A. : On peut œuvrer pour un rapprochement entre ces différentes perspectives.

L.B : L’idéal serait de se placer au centre et de pouvoir les rapprocher ou les questionner de manière séquentielle. Le problème aujourd’hui est que chaque approche est un scandale intellectuel pour les trois autres.
Pour le médecin qui est dans la raison scientifique, même la raison systémique peut parfois lui poser des problèmes. Il aura tendance à dire « ces gens qui n’ont pas lu les statistiques sur l’effet de tel médicament sont des charlatans ». Simplement parce qu’il connaît parfaitement les détails des organes sans s’interroger sur les interactions complexes du fonctionnement global du corps et de la psyché qui échappent aux statistiques car ce sont des situations uniques. Pour lui les lectures symbolique et chamanique sont encore moins recevables. Mais l’inverse est vrai, un chaman qui communique avec les esprits, en général son cerveau n’est pas formaté pour aborder la logique scientifique.
Ces quatre approches sont souvent en rivalité, simplement parce qu’il est difficile de passer d’une logique à une autre.

A : Pouvez-tu expliquer la notion du corps comme la manifestation objective du Soi dans le monde extérieur ?

L.B. : Il y a deux manières d’aborder le monde.
Soit on l’aborde à partir du bas, à partir de la causalité scientifique qui décrit l’organisation de la matière, cela correspond aux deux premiers quadrants. Alors on dira que les corps biologiques suivent la théorie de l’évolution de Darwin. Les gènes sont conçus comme un système de programmation très fin qui va produire des corps. L’épigénétique commence à comprendre l’interaction de nos chromosomes avec notre environnement en développant une approche systémique. Le corps est alors le fruit d’une histoire, celle de la biologie des espèces vivantes.
L’autre approche sera d’admettre l’existence d’un monde invisible, un monde peuplé d’archétypes au sens jungien, un monde empli de sens où la Matière interagit avec l’Esprit.

Il y a, d’un côté, la matière qui, de par ses propres lois, produit des corps et des systèmes de plus en plus complexes. Si on regarde par exemple l’évolution du chant des oiseaux, il se complexifie au fur et à mesure des temps historiques. On est passé d’oiseaux chantant, à des oiseaux qui font des phrases musicales, puis à des oiseaux qui imitent le chant des autres oiseaux : la nature va vers une complexité croissante. Cette complexité est le fruit d’une interaction Esprit/matière. Ce que l’on est, est la conséquence de l’histoire des gènes mais aussi de la descente du Soi, ou de l’archétype de l’homme, dans la matière. Sans cela la lecture symbolique ne fonctionnerait pas.

A. : En quoi consiste la mythode (forme, image, sonorité), quels sont les éléments qui la constituent ?

 L.B. : Pour approcher le symbolisme du corps humain, il faut une méthode. J’ai emprunté à Gilbert Durand (2) ce néologisme de mythode. Bien sûr, ce n’est pas une méthode au sens scientifique. Néanmoins, pour pouvoir explorer le monde du symbole et du sens, il faut l’équivalent d’une Méthode scientifique, car on ne peut pas se fier seulement à son intuition car personne n’est à l’abri d’une projection. Cela ne veut pas dire que l’intuition ne fonctionne pas, mais pour qu’elle soit absolument exacte il faudrait être un pur esprit.  Donc on a besoin de gardes fous, de cette fameuse mythode.

A. : Pouvez en dire un peu plus sur la « mythode » ?

L.B. : J’évoquerai cinq faisceaux qui, lorsqu’ils se dirigent vers des directions similaires, certifient une information.
1e faisceau : regarder d’abord un organe en fonction de son nom, de son étymologie notamment. Puis  interroger les noms des différentes parties du corps en langue des oiseaux.
2e faisceau : Interroger le symbolisme des mythes grecs qui se rapportent aux différentes parties du corps. Par exemple Œdipe se traduit par « pieds enflés ». Toute l’histoire d’Œdipe est fondée sur sa blessure d’exil. C’est intéressant de constater que le héros porte le nom de la blessure de son corps. Symboliquement, l’histoire d’Œdipe nous raconte quelque chose sur le pied. Tous les héros de la mythologie grecque qui ont été blessés au pied, comme Eurydice dans l’histoire d’Orphée, comme Achille, ou encore ceux qui marchent pieds-nus comme Naucratée, la mère d’Icare, sont des héros en perte d’identité, exilés ou rejetés par les leurs. Le pied indique le moment où l’on prend conscience de notre exil ontologique. Et parce que l’on prend conscience de cet exil loin de notre vraie nature, de la coupure d’avec notre être essentiel, nous commençons notre premier pèlerinage : nous nous mettons en marche vers un Ciel. Les pèlerinages se font toujours pieds-nus.
Le mythe dit quelque chose sur le sens de la partie du corps. Toutes les parties du corps n’ont pas de mythes associés aussi directement qu’Œdipe mais beaucoup ont des structures mythologiques qui peuvent leurs être rattachées.

A. : Que suggèrent les autres faisceaux ?

L.B. : 3e faisceau : observer les formes et les couleurs. Par exemple, ce n’est pas un hasard si le cœur a une forme conique. Les cônes sont des espaces passages entre deux  mondes, comme les cyclones, ces interfaces entre les mondes d’eau et d’air. Le cœur, qui affiche une forme conique, est aussi un lieu de passage entre le sujet et l’Immense. Pourquoi les reins ont-ils une forme de fève ? Les poumons une forme en arbre ? La forme dit quelque chose sur la fonction symbolique de l’organe.
4e faisceau : après le nom, le mythe et la forme nous interrogerons le zodiaque puisque chaque partie du corps est reliée à un signe : Bélier = tête, Taureau = cou, Gémeaux = bras, Cancer = estomac, Lion = cœur, Vierge = intestins, Balance = reins, Scorpion = organes génitaux, Sagittaire = cuisses, Capricorne = genoux, Verseau = mollets, Poissons = pieds.

5e faisceau : Tout se met en ordre lorsque l’on comprend que le corps humain raconte une grande histoire qui suit le mouvement trifolié d’involution, d’évolution et de transvolution. L’énergie-conscience descend d’abord par la tête, c’est le processus d’involution qui suit les lois naturelles du vivant, puis elle remonte des pieds vers le visage : il s’agit de l’évolution où le sujet se construit d’abord dans le ventre puis il contacte le Soi dans l’espace cardiaque et, finalement, rejoint le temple crânien. La transvolution commence lorsque la conscience-énergie s’installe dans la glande pinéale et la glande pituitaire. On entre alors dans ce Sri Aurobindo appelait « la descente du Supramental » c’est-à-dire dans le processus d’une transformation ontologique de la nature humaine. L’Esprit et la Matière entrent enfin dans une danse commune et ne sont plus vécus comme deux dualités fondatrices. Chaque partie du corps ne sera pas lue de la même manière dans l’involution, l’évolution et la transvolution.

Lorsque toutes ces informations pointent vers une même direction, elles permettent de comprendre le symbolisme du corps humain.

A. : Comment établissez-vous la correspondance entre les quatre éléments ; eau-terre-air-feu et respectivement les membres inférieurs-ventre-thorax-tête en parlant de la possibilité de quatre naissances de l’homme accompli ?

L.B. : Il suffit de regarder. Je pars d’un modèle objectif qui est le corps. Pourquoi associer la Terre aux membres inférieurs ? Parce que ce sont les seuls qui peuvent contacter la terre avec les pieds qui marchent, les genoux par la génuflexion et les cuisses par la position assise. Le bassin gère l’eau avec le liquide amniotique, les urines par les reins, le chyle dans les intestins, tous entrent en résonnance avec l’élément Eau. En montant, on trouve ensuite le système cœur-poumons qui gère l’élément Air. La tête s’occupe de l’élément Feu à travers les yeux. On pourrait dire qu’elle gère également l’Eau par la salive et l’Air par le nez et les oreilles. Mais la tête récapitule l’ensemble du système corporel. C’est-à-dire que la salive correspond au bassin et à l’espace psychique du désir, le nez et l’organe de l’écoute correspondent au cœur-poumon et les yeux sont les seuls à capter la lumière.
Il y a deux éléments baptismaux : l’Eau et le Feu, chaque élément correspond à une nouvelle naissance.

A. :  Pouvez-vous donner un exemple en vous inspirant de la mythologie ?

L.B. : La vie d’Hercule décrit ces quatre naissances. Il fut exilé à la ferme dès son plus jeune âge. il portait des seaux de purins, s’occupait des vaches… tous ces travaux sont associées à l’élément Terre. La première naissance consiste à construire ses racines et sa solidité intérieure dans l’action pratique. Puis il épousa Mégara et devient le roi de Thèbes, en d’autres termes il fonde une famille et se fait un nom. C’est la seconde naissance, celle de l’affirmation du moi et de son influence dans le monde. Cela se passe symboliquement dans le bassin, autour de notre nombril, là où notre « nom brille ». Lorsque sa conscience-énergie passe la barre du diaphragme, Héraclès devint fou. Il brula ses acquis, mit à mort ses enfants et jeta sa peau de lion chèrement gagnée. Puis il s’enferma seul dans une salle obscure : nous dirions aujourd’hui qu’il fit une grave dépression. « Diaphragme » signifie « séparer » et à pour sens littéral « se mettre à part pour naître ». Pour s’en sortir le héros alla consulter la Pythie qui lui conseilla de faire les fameux douze travaux. Ceux-ci correspondent symboliquement aux douze côtes qui sont ces passages étroits qui entourent le cœur. Hercule est un héros solaire, donc cardiaque, et ses douze travaux sont autant de tâches destinées à l’ouverture de son cœur. Le thorax est l’espace symbolique du guerrier car il affiche trois armes. Les côtes avec ses arcs costaux, le sternum en forme d’épée formé par l’appendice xiphoïde (« en forme de glaive »), la lame elle-même et le manubrium qui désigne la « poignée de l’épée ». Quant au thorax, il vient d’un mot grec qui signifie « cuirasse ». Nous portons donc trois armes pour réussir nos combats héroïques, pour réussir l’ouverture du cœur et le contact avec l’Immense.

En résumé :
1ère naissance : élaboration de nos corps.
2ème naissance : harmonisation, élaboration du moi et réussite socio-professionnelle autour du nombril, là où notre nom-brille.
3ème naissance : contact avec le Soi et l’Immense dans l’espace cardio-pulmonaire.

A. : Et pour la quatrième naissance ?

L.B. : Après, il y le grand passage du cou, le coup fatal de la quatrième naissance. On peut se référer ici  à Hegel ou à des courants ésotériques, mais tous disent la même chose : c’est le moment où la conscience doit mourir pour que s’ouvre l’espace du temple, le crâne. Que veut dire « la conscience meurt » ? Cela signifie qu’à un moment de l’évolution humaine, comme la conscience est une dimension intermédiaire entre l’Esprit et la Matière, elle s’efface pour que dansent ensemble la Vie pure – l’Esprit – et la Matière. C’est aussi ce que nous dit à sa manière l’organisation osseuse de la tête : les huit os du crâne symbolisent la structure du temple, les quatorze os du visage parlent d’un palais bien administré. Notre tête nous dit que l’accomplissement de l’homme est à la fois d’ordre temporel et spirituel en mariant la Matière avec l’Esprit.

A. : L’homme n’est-il pas fini ?

L.B : Non, il n’est pas fini. Dans la mythologie grecque, on dit que les dieux marchent sur la tête des hommes. Donc il faudrait joindre nos pieds à notre tête. Quand on regarde la civilisation aujourd’hui, la conscience de la société en est globalement au niveau du ventre car nous avons développé un monde focalisé sur la consommation et que nous vivons généralement sur les valeurs de la famille. Nous ne sommes pas encore dans une société de compassion qui serait située dans l’espace cardiaque, et encore moins dans une organisation sociale qui porterait haut les valeurs spirituelles symbolisées par la tête.
L’évolution de l’homme n’est pas finie parce que, pour la plupart des humains, la conscience est focalisée soit dans l’espace du désir qui est le petit bassin, soit dans l’espace du ventre par besoin de sécurité, plus rarement dans l’espace du cœur  avec sa dimension d’altruisme et de partage, et quasi exceptionnellement dans l’éveil de la tête qui initie le mouvement de la transvolution.
Mais, en même temps, il n’y a pas de hiérarchie. Un corps humain est un corps sans coupure. Seuls les vêtements – c’est-à-dire la culture – coupent et limitent symboliquement la fluidité corporelle : un collier, un soutien-gorge, une ceinture…
Chez un être humain accompli la conscience et l’énergie circulent librement sur tous les plans, physique (membres inférieurs), psychique (abdomen), spirituel (thorax) et   transcendantal (tête), sans être bloquées ni cristallisées. Le modèle social serait à l’avenant  au lieu de se focaliser uniquement sur les besoins en nourriture et les peurs viscérales de l’abdomen comme aujourd’hui.

(1) Symbolisme du corps humain. Vol 1: Pieds, chevilles, tibia, genoux, cuisses, hanches : le Parchemin Magnifique, Luc BIGÉ, Éditions Réenchanter le Monde, collection Le Parchemin Magnifique, 2019, 233 pages
(2) Philosophe français (1921-2012) connu pour ses travaux sur l’imaginaire et la mythologie
Propos recueillis par Laura WINCKLER

 

Le coronavirus vu par Luc Bigé

Luc Bigé analyse le conoravirus à travers les quatre quadrants

Quadrant N°1 : c’est la guerre, le virus est un ennemi qu’il faut combattre par tous les moyens avec les fameuses trois lignes de front : infirmières, policiers et public confiné. Chacun attend avec impatience le médicament qui tuera l’ennemi et le vaccin qui l’éradiquera. Ici la logique est celle du contre : antibiotique, surveillance, enfermement.

Quadrant N°2 : le virus est un symptôme qui montre la fragilité de notre civilisation. Il montre que l’homme déséquilibre l’ensemble de la biosphère par sa pollution, sa circulation et  son alimentation. Le virus est alors une tentative de la Nature pour rétablir une harmonie globale, c’est aussi un signal d’alerte pour que nous repensions la mondialisation. Nous sommes tous interconnectés sur cette planète, pas seulement entre humains, mais aussi avec toutes les formes de vie, si petites soient-elles. Ici la logique de l’interdépendance domine.

Quadrant N°3 : Le virus est une ruse de la Vie qui porte dans son nom la couronne (corona).Dans notre monde, si orienté business, peut-être nous invite-t-il à remettre la couronne à sa place, autour du cœur. Il s’agit en effet du seul organe de notre corps qui la porte d’une manière légitime puisqu’il s’agit des coronaires, ces artères qui nourrissent en sang oxygéné l’organe de l’amour. Jusqu’à présent la couronne était portée sur la tête dans un monde qui bichonnait l’intelligence, la pensée, la critique et les résultats aux examens. Le microbe se love dans les alvéoles des poumons, ces poches d’air qui oxygènent le sang. C’est, au fond, une pensée idéaliste (le feu de l’air, l’oxygène) qui ne trouve pas les moyens de s’engager dans l’action (le sang rouge). Il signe l’échec des idéaux du cœur dans un monde envahi par l’utilitarisme du premier quadrant.  « Covid 19 » serait-il un passage à vide qui dit du neuf ?  Dans la lecture symbolique les mots, les formes, les situations sont porteuses de sens.

Quadrant n°4 : l’effet opératif de la pandémie est immédiat. La moitié de l’humanité est confinée à la vie intérieure. Non seulement la hiérarchie des valeurs change – les nouvelles « premières de cordée » sont les infirmières – mais nous avons collectivement l’opportunité de revenir vers l’essentiel, c’est-à-dire vers notre essence. Si le confinement dure assez longtemps notre regard sur le monde aura changé.

  • Le 19 avril 2020

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