Christian Maréchal, la pédagogie Montessori, développer les potentiels de l’enfant

« L’enfant, ne plus être considéré comme le fils de l’homme mais comme le créateur et le père de l’homme, un père capable de créer une humanité meilleure »
L’éducation et la Paix, Maria Montessori

Christian Maréchal est professeur des écoles de l’Éducation Nationale, éducateur et formateur de la pédagogie Montessori, depuis vingt-six ans. Actuellement, il dirige une classe d’enfants de 3 à 6 ans au sein de l’école Jeanne d’Arc de Roubaix, qui, depuis 1946, pratique la pédagogie Montessori en maternelle et primaire.

Pendant ses études d’instituteur à Lille, Christian Maréchal s’est intéressé à la pédagogie active (1) et plus particulièrement à celle de Maria-Montessori (2).

Revue Acropolis :Qu’est-ce qui vous a intéressé dans la pédagogie Montessori ?

Christian Maréchal : D’abord, le respect de l’enfant dans son entité. Comme le disait Maria Montessori : « L’enfant est le citoyen oublié ». Elle a cherché à comprendre ce qui permettait à l’enfant de se développer et s’est penchée sur ses caractéristiques.

A. : À partir de quel âge Maria Montessori s’est-elle intéressée à l’enfant ?

C.M. : Maria Montessori a été la première à considérer l’enfant et son développement depuis la conception jusqu’à l’âge adulte. En cela sa pédagogie est unique.

A. : Quelle est la spécificité de sa pédagogie ?

C.M. : La spécificité de Maria Montessori était d’aider le processus naturel de croissance intellectuelle. Elle enleva les obstacles qui pouvaient gêner le développement et amena des moyensqui aideraient autant que possible l’accomplissement des potentialités de l’enfant. Elle préconisa une grande observation et peu d’intervention avec les enfants.
J’observe l’enfant, je vois ses centres d’intérêts et je lui montre une activité en fonction de ce que j’ai observé. L’adulte a tendance à agir trop vite et à imposer sa façon de faire à l’enfant. Il suffit d’attendre et de le laisser travailler. Ainsi l’enfant crée par lui-même.
Il y a aussi le matériel qui porte son nom, qu’elle a étalonné et mis en place en fonction de ses découvertes (périodes sensibles, esprit absorbant…).

 A. Comment sont constituées les classes Montessori ?

J’observe l’enfant, je vois ses centres d’intérêts et je lui montre une activité en fonction de ce que j’ai observé.

J’observe l’enfant, je vois ses centres d’intérêts et je lui montre une activité en fonction de ce que j’ai observé.

C.M. : La base de la pédagogie Montessori est le mélange des âges. Il y a quatre niveaux d’âge : de la naissance/6 ans – 6/12ans – 12/18 ans et18/24 ans.
De la naissance à la marche assurée, il existe le Nido, de la marche à 3 ans, la communauté enfantine puis la maison des enfants de 3 à 6 ans.
Dans ma classe, les enfants restent trois ans. Chaque année, je ne reçois qu’un tiers de nouveaux enfants (sur les 28). Ces derniers sont accueillis par la classe existante.
Les plus grands prennent en charge les plus petits, les aident à s’habiller, leur présentent le matériel. Les plus petits observent les plus grands quand ils lisent et écrivent, et ils projettent ainsi à travers eux ce qu’ils deviendront plus tard.

A. : Maria Montessori a dit que l’enfant avait besoin d’un environnement adéquat pour se développer pleinement.

C.M. : Maria Montessori a créé un modèle de classe en fonction des caractéristiques humaines de l’enfant :
– Un espace vital suffisant. L’idéal est d’avoir 3m2par enfant,ce qui pour 28/30 enfants représente 90 m2. Ainsi les enfants sont plus calmes et peuvent se poser.
– Des étagères et objets placés à la hauteur et à la portée de l’enfant (carafes, tables, chaises…).
– Un matériel spécifique et complet pour chaque âge :  un matériel appelé « vie pratique », qui permet le développement de la concentration, un matériel sensoriel (visuel, auditif, kinesthésique) qui isole chaque sens afin de clarifier les sensations et qui favorise le développement du cerveau. Ce matériel est toujours d’actualité car il est étalonné selon les caractéristiques humaines.

A. : Chez Montessori il est dit que les enfants ont droit à l’erreur.

C.M. : Chez Montessori, l’erreur a une très grande place. Elle est considérée comme consécutive de la réussite. L’enfant accepte de se tromper et reproduit l’action par lui-même jusqu’à ce qu’il la maîtrise avec succès.
Quand je décèle chez l’enfant une difficulté au niveau du langage (un accord qu’il ne maîtrise pas) ou une étape d’apprentissage par lequel il passe, je ne le lui fais pas remarquer. Je travaille avec lui la difficulté ou l’étape qu’il traverse et je lui explique ce qu’il développe. Quelque temps plus tard, l’enfant a maîtrisé la difficulté sans s’en rendre compte.

A. : Alexandre Mourot a réalisé un film sur votre classe, « Le Maître et l’enfant ».Comment s’est passé le tournage ?

C.M. : Alexandre Mourot (3) s’est intéressé en profondeur à la pédagogie Montessori. Il a beaucoup lu, étudié et rencontré des formateurs Montessori. Puis il s’est formé à Montessori car en tant que parent il s’est posé des questions, comme on le voit au début du film. Il a filmé la classe pendant dix-huit mois, en observant et en s’intégrant dans le décor. Aucune scène du film n’a été provoquée mais tout est filmé de façon naturelle, très respectueuse et très discrèt

A. : Comment se comportent les enfants qui ont étudié dans les classes Montessori ?

C.M. : Les enfants sont très autonomes. Chez eux, certains préparent eux-mêmes le petit déjeuner, savent se servir de certains outils (couper une orange avec un couteau…). Ils pratiquent l’entraide et la solidarité. Ils développent la concentration, la volonté, l’imagination et l’estime d’eux-mêmes. Ils savent faire des choix et corriger leurs erreurs. Ils ont le goût pour le voyage…
Maria Montessori avait remarqué qu’en plaçant l’enfant dans un environnement adéquat qui respectait ses caractéristiques, il avançait en toute confiance, appréhendait le monde dans sa grandeur et s’épanouissait.

Maria Montessori était visionnaire. À son époque, elle avait pressenti que l’enfant devait être appréhendé dans sa globalité. L’enfant est le « père » de l’homme. Il crée l’homme de demain. Le respect de ses caractéristiques favorise sa socialisation et ainsi l’on peut créer un monde de paix (4). L’enfant serait l’avenir de l’homme.

(1) Pédagogie mise au point par :
. Ovide Decroly (1871-1932), pédagogue, médecin et psychologue belge. En 1907, il a créé l’école Decroly à Uccle, qui pratique des méthodes de pédagogie active, de la maternelle au secondaire
. Célestin Baptistin Freinet (1896-1966), pédagogue français. Avec son épouse Élise, il a mis au point une pédagogie fondée sur l’expression libre des enfants
. Carl Rogers (1902-1987), psychologue humaniste américain qui a œuvré dans les champs de la psychologie clinique, de la psychothérapie, de la relation d’aide, de la médiation et de l’éducation
. Saint Jean Bosco ou Don Bosco (1815-1888), prêtre italien qui a voué sa vie à l’éducation de jeunes enfants de milieux défavorisés. Il a créé la Société de Saint François de Sales dite la congrégation des salésiens
(2) Médecin et pédagogue italienne, (1870-1952), mondialement connue pour sa pédagogie. Auteur de livres et de conférences sur l’enfant
(3) Réalisateur du film Le Maître et l’enfant. Lire l’article dans le Hors-série, page 32
(4) Lire l’article de Brigitte Boudon L’éducation à la Paix selon Maria Montessori, dans le Hors-série page 28
À lire
– L’éducation et la Paix, Maria Montessori, Éditions Desclée de Brouwer, 2001, 160 pages
– Montessori au collège, Sylvie d’ESCLAIBES, Éditions Balland, 2017, 195 pages
Montessori, un autre regard sur l’enfant, la pédagogie Montessori, la clé de l’épanouissement de votre enfant, Patricia SPINELLI et karen BENCHETRIT, Éditions Livre de Poche/Marabout, 2017, 224 pages
Éduquer le potentiel humain – pédagogie Montessori, Maria MONTESSORI,Préface de Patricia SPINELLI, Traduit par Maria GRAZZINI, Éditions Desclée de Brouwer, 2016, 156 pages
– Revue Sciences Humaines, Éduquer au XXIsiècle n°263, octobre 2014
– Revue Sciences Humaines, Grands dossiers, Les grand penseurs de l’éducation, trimestriel n°45, dec 2016, janv-fev 2017
– Revue Sciences Humaines, Les intelligences de l’enfant– Mai 2018 n°303
– Revue Sciences Humaines, Grands dossiers, Ces pionnières qui ont fait l’histoire, trimestriel n°49, dec 2017, janv-fev 2018
– Articles de Marie-Agnès Lambert Le Maître est l’enfant et Rencontre avec Alexandre Mourot, parus dans les revues Acropolis N° 288 (septembre 2017) et N°289 (octobre 2017)
www.revue-acropolis.fr
Propos recueillis par Marie-Agnès LAMBERT
  • Le 29 mars 2019

Leave a Reply