Terpsichore, la muse de la danse, se mouvoir en rythme et en beauté

Terpsichore est la muse de la danse. La danse que fait la nature qui se meut en rythme mais également du corps dans des gestes de beauté. Que penserait-elle des danses modernes ?

Terpsichore, muse de la danse

Terpsichore, muse de la danse

Aujourd’hui, j’ai vu la muse de la danse. Les Grecs l’appelaient Terpsichore, et son nom lui-même a un je ne sais quoi de rythme et d’harmonie.
Mais c’est un nom que personne ne prononce plus et un art qui ne se pratique plus. Alors que le monde présente des signes de corruption à tous les niveaux, les bâtards du mouvement et de la cadence ont usurpé le trône de la muse, travestissant en danse la lourdeur de la bestialité instinctive en action.

Terpsichore ne fut pas une invention des anciens Grecs, la danse ne fut pas un divertissement ou un passe-temps. Muse et danse furent le résultat d’une observation méditative de la Nature, où tout se meut rythmiquement, en décrivant des figures et en indiquant, ponctuant, scandant des lois.

Pour comprendre l’esprit de la danse, il suffit de s’immerger dans l’épaisse frondaison d’un arbre et de sentir la façon dont les meut le vent… Sans se détacher de leur tige, les feuilles dansent et chantent, offrant une symphonie en vert qui enchante les yeux et les oreilles. Il suffit de s’asseoir un moment face à la mer, et de se laisser porter par le rythme inexorable du martèlement esthétique des vagues sur le rivage. Il suffit de voir voler un oiseau, ou même une feuille tomber en dansant lorsque l’automne lui indique son heure… Il suffit de voir courir les nuages, qui dansent dans le ciel, assumant mille formes fantastiques. Il suffit, enfin, de savoir lire dans le livre ouvert que nous offre chaque jour la vie mais dont nous apprécions uniquement – et de temps à autre – les couches extérieures.

Il suffit de s’asseoir un moment face à la mer, et de se laisser porter par le rythme inexorable du martèlement esthétique des vagues sur le rivage.

J’ai imploré Terpsichore. Je l’ai appelée avec la nostalgie devenue force qui s’enracine au fond de l’âme, par-delà mille apparences contradictoires.
Et elle est venue à moi. C’est alors que je l’ai vue, enveloppée dans ses tuniques, irradiant la grâce dans chacun de ses mouvements. Elle cheminait à travers le temps, et sa démarche était une danse, j’ai retenu chacun de ses gestes et ils étaient musique. Je croyais qu’elle était morte mais le Beau ne meurt jamais… Je croyais que personne ne remarquerait sa présence, mais le Vrai s’impose…
Ce fut une vision fugace, où le temps et l’espace perdent leur terrible catégorie, et où la mode honteuse se cache devant ce qui toujours est, a été et sera…

La muse de la danse est passée un instant parmi nous, personne ne connaît plus son nom ni ne reconnaît son art, mais elle a laissé la nostalgie imprimée dans quelques pauvres corps qui, leurs ailes perdues, ne savent ni voler ni marcher ; seulement lever les yeux devant des visions fugitives, tandis que l’âme prie pour qu’elles deviennent réalité.

L’âme, elle, sait danser, elle vit en dedans, en chacun d’entre nous, plus ou moins prisonnière des grilles que nous avons voulu lui imposer. Lorsque l’âme vibre, les Grecs l’appelaient Terpsichore, nom de grâce et d’harmonie ; lorsqu’en nous elle pleure, comment devrons-nous l’appeler ?

Par Délia STEINBERG GUZMAN
Traduit de l’espagnol par M.F. TOURET
N.D.L.R. : le titre et le chapeau ont été rajoutés par la rédaction