À Lire N°319

Paru récemment

Alchimistes du Moyen-âge
par Brigitte BOUDON
Éditions Ancrages, Collection Petites conférences philosophiques, 2020, 80 pages, 8 €

Découvrir l’alchimie, science qui au Moyen-âge prétendait fabriquer de l’or, posséder le secret de l’immortalité et transmuter la matière et soi-même grâce à la pierre philosophale ? Découvrir également ceux qui ont contribué à son succès : les anonymes et Avicenne, Albert le Grand, Raymond Lulle, Nicolas Flamel et Paracelse. Mieux comprendre cet art.

Les Tudors
La démesure et la gloire, 1485 -1603
par Bernard COTTRET
Éditions Perrin, 2019, 446 pages, 25 €

Ce livre est consacré à la dynastie des Tudors 1485-1603), dynastie mythique d’Angleterre, de Grande Bretagne qui a régné pendant trois générations, affichant leur réussite et leur richesse mais également une sévère répression (des têtes coupées, des reines exécutées, des catholiques étripés…). Dominée par l’antique déesse Fortuna, cette dynastie a amené de grands changements et un esprit de conquête qui s’étendit à tout l’espace atlantique.  Aujourd’hui encore, les Tudors sont vénérés par les Anglais, voire les Britanniques et et également par les Français avec qui ils partagent la culture celtique et de nombreux films et une série télé sur les Tudors. Par un professeur spécialiste de l’Angleterre.

L’homme qui parle
suivi de Quel Dieu pour le XXIe siècle ?
par Gilles COSSON
Éditions Pierre Guillaume de Roux, 2019, 288 pages, 18 €

Un conte philosophique qui pourrait être un scénario de science-fiction de fin du monde, d’un monde qui a perdu le sens et dont l’ « homme qui parle » pourrait bien aider à retrouver le sens. Un roman basé sur l’amour et le don de soi. Dans le second texte, l’auteur s’interroge sur le sens de Dieu aujourd’hui, dans un monde en profonde mutation qu’il est utile de comprendre pour construire celui de demain, un monde plus spirituel.

Aimer s’apprend aussi
Méditations spinoziennes
par Sébastien CHARBONNIER
Éditions Vrin, 2018, 266 pages 16 €

L’amour s’apprend par la pratique d’actions du quotidien : apprendre à aimer ce n’est ni admirer, ni mépriser ; c’est refuser de contredire ; c’est dialoguer ; c’est construire avec d’autres de nouvelles idées qui nous aident à devenir meilleurs et à rendre notre société meilleure qu’elle ne l’était auparavant.  Apprendre à aimer, c’est apprendre à se connaître soi-même et d’apprendre à s’aimer soi-même – et c’est seulement après avoir rencontré soi-même que l’on peut rencontrer les autres. C’est le but de la philosophie en somme. Par un enseignant chercheur en philosophie de l’éducation et en didactique de la philosophie.

Notre vie a un sens
Une sagesse contre le pessimisme ambiant
par Bertrand VERGELY
Éditions Albin Michel, 2019, 336 pages, 21,50 €

Bertrand Vergely se pose la question du sens de la vie. Le monde qui ne propose que le confort pour l’individu ne propose aucune réponse satisfaisante sur le sens de l’existence, à savoir le sens moral et spirituel. Pourtant, il existe une source de sens supérieure à la vie et à l’homme, le sens inouï de l’existence. L’auteur se réfère aux philosophes, écrivains, poètes mystiques qui ont tenté de répondre à cette question. Nous ne sommes pas qu’un paquet d’atomes jeté dans l’univers, soumis au hasard et à la nécessité. La vie humaine n’est pas un accident mais une promesse, elle n’est pas une fatalité mais une destinée.

À moi la gloire
par Fabrice HADJADJ
Éditions Salvator, 2019, 160 pages, 15 €

L’auteur, journaliste, essayiste et dramaturge s’interroge sur le sens de la gloire dans notre vie mais également dans la religion chrétienne. Si la gloire est une notion omniprésente dans la Bible, elle est souvent considérée avec mépris et méfiance par les chrétiens. Si le christianisme est une religion de l’humilité, le Christ n’interdit pas la gloire. Qu’est-ce que la gloire ? Est-ce simplement être brillant, passer sur les réseaux sociaux et y avoir des likes ? Est-ce illuminer, éclairer autre chose que soi-même ? Gloire et humilité sont très liés.

La plus belle histoire de la Voix
par Jean ABITBOL
Éditions De Boeck sup, 2019, 304 pages, 29 €

Orl, phoniatre et chirurgien cervico-facial, l’auteur s’occupe la voix de chanteurs, comédiens, avocats, enseignants et professionnels de la voix. Dans cet ouvrage abondamment illustré, il nous invite à un voyage dans l’histoire dans le monde de la voix, à travers de nombreuses personnalités mais également l’exploration anatomique et fonctionnelle, les usages variés de la voix (pour parler mais également pour chanter).

Paradis du Nouveau monde
par Nathan WACHTEL
Éditions Fayard, collection Histoire, 2019, 336 pages, 24 €

Professeur honoraire au Collège de France, où il fut titulaire de la chaire Histoire et anthropologie des sociétés méso-américaines et sud-américaines, Nathan Wachtel explore les Paradis terrestres et les mouvements indiens dits « messianiques » ou prophétiques dans le continent américain (XVIe – XIXe siècle) : Migrations vers la Terre sans Mal, attente du retour de l’Inca, visions extatiques du retour des morts dans la Ghost dance. Un ouvrage pour restituer aux Indiens leur place dans l’histoire.

La crise du Coronavirus : drame ou tragédie ?

Hubert Védrine (1) déplore l’absence d’une véritable communauté internationale révélatrice d’une mondialisation fondée essentiellement jusqu’ici sur une dérèglementation financière et une localisation des productions industrielles là où les coûts salariaux sont les plus faibles. La communauté internationale n’est pas préparée à faire face à une pandémie mondiale.

Selon Marcel Gauchet (2) « la paix et la prospérité, jointes au court-termisme de la performance économique, ont évacué la dimension stratégique de l’existence politique. L’accroissement des droits individuels et des moyens matériels de chacun est devenu le seul horizon concevable ». Pour Hubert Védrine, « on a la confirmation que l’U.E. (3), le marché unique et la politique de la concurrence ont été conçus pour un monde sans tragédie ». Ce modèle a été conçu par une Europe naïve, incapable de voir les signes annonciateurs des crises qui s’accumulaient. À l’avenir, il faudrait que l’Europe et les Européens deviennent plus pragmatiques.

En traitant de la crise du coronavirus, le sociologue Michel Maffesoli (4) explique que la pandémie ébranle l’idéologie progressiste des sociétés modernes et sa prétention à tout résoudre, avec sa propension à la domination de la nature et au non-respect des lois primordiales. « Le point nodal de l’idéologie progressiste, c’est l’ambition, voire la prétention de tout résoudre, de tout améliorer afin d’aboutir à une société parfaite et à un homme potentiellement immortel (comme le prétendent les transhumanistes). »
Il s’agit là d’une conception du monde « dramatique », « c’est-à-dire, reposant sur la certitude que par l’obtention de nouvelles solutions, on parviendra à un monde parfait ».
Mais, comme l’écrit Jacques Julliard, la crise provoquée par la pandémie nous rappelle à notre condition humaine, avec une nouvelle prise de conscience cruciale de la vulnérabilité et de la mort, ramenant notre société à une conception « tragique » et non plus dramatique de l’existence.
Notre société a vu s’opérer à un basculement de sa représentation de la vie résolument optimiste où tout allait s’arranger. Nous commençons à comprendre que la vie est ce qu’elle est et qu’il y a peut-être des choses pour lesquelles il n’y aura pas de solution ou du moins, pas les solutions que l’on souhaiterait.

La vision tragique de l’existence propose, non pas de chercher à dominer la nature mais de s’y accorder.
« La mort pandémique est le symbole de la fin de l’optimisme propre au progressisme moderne. On peut le considérer comme une expression du pressentiment, quelque peu spirituel, que la fin d’une civilisation peut être une délivrance et, en son sens fort, l’indice d’une renaissance. » (5)
Intégrer la mort à la vie fut la révolution anthropologique par excellence qui a permis l’humanisation de notre espèce. L’art et les rituels funéraires pour se représenter l’absence ont transformé la condition humaine en faisant appel à l’imagination.
Cet apprivoisement de la mort au cœur de nos consciences nous permet de vivre les morts de tous les jours : mourir à l’ignorance, à l’illusion, à l’attachement, etc. nous rend meilleurs.

Aujourd’hui, on utilise les mots « dramatique » et « tragique » sans tenir compte de leur véritable sens.
En fait, les Grecs, ces grands inventeurs du théâtre occidental, avaient divisé les œuvres en trois genres, nous explique le professeur Jorge Livraga (6) : la tragédie, le drame et la comédie.
« La tragédie est l’œuvre théâtrale dans laquelle le Destin et les Dieux règnent sur les actions des hommes et les dirigent . Ces derniers sont soumis à une loi : Diké (que les Hindous nomment karma) selon laquelle toute action engendre des réactions équivalentes suivant une mécanique morale inexorable. Les actions des hommes suivent les voies que la Nature leur a tracées et l’usage immodéré de la liberté conduit au péché d’excès (hybris) d’un côté ou de l’autre. »
Pour le philosophe Aristote, la tragédie est ce qui purifie les esprits d’une passion, à travers la terreur et la compassion. Il s’agit de résoudre la lutte entre les passions humaines et les lois universelles éternelles pour gagner sa dignité morale.
Selon Jorge Livraga, « le drame se distingue par le fait qu’il représente les vicissitudes humaines mêlées à celles des Dieux et au Destin. Cependant, les protagonistes ne sont pas confrontés à des situations limites ni profondément en prise avec les lois de la nature […]. Dans ce cas, la douleur et l’effort sont les formes de rédemption les plus faciles. Pour les commentateurs grecs et romains de l’époque classique, c’est le stade commun à l’Humanité civilisée. » Ainsi, la modernité était-elle déjà présente dans l’Antiquité pour une bonne partie des humains.
« La comédie, enfin, était la forme la plus superficielle où l’aspect ludique de la vie ne se trouve ni purifié ni inquiété par la philosophie. Les hommes naissent, vivent et meurent de façon banale […]. Le Destin les guide mais sans se manifester car leurs actions sont puériles. »
La tragédie met l’individu à l’épreuve en l’obligeant à se transcender, à faire émerger sa nature héroïque, à libérer de nouvelles potentialités pour se transmuter et devenir meilleur.
Le drame le confronte à des difficultés dans un cadre relativement connu et protégé (comme l’Europe de la paix dont parle Védrine). Celles-ci permettent une meilleure qualification sans développement de nouveaux états de conscience ni de moyens autres.
La comédie ne confronte pas à des épreuves ou à des difficultés. Elle propose un divertissement ou une distraction pour décharger les tensions et continuer à vivre dans la banalité, sans s’interroger sur le sens de l’existence.
La pandémie nous oblige à assumer la profondeur de la condition humaine, à dépasser l’homme-enfant insouciant et l’adulte dominateur, avec ses vélléités de toute puissance, pour redevenir humble, héroïque et accomplir notre véritable destinée.
Antoine de Saint-Éxupéry écrivait : « Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible. »

(1) Article de Anne Fulda paru dans le quotidien Le Figaro du 23/03/2020 Hubert Védrine : « Le choc du coronavirus est en train de pulvériser des croyances très enracinées »
(2) Article d’Alexandre Devecchio, paru dans le quotidien le Figaro du 26/03/2020, Marcel Gauchet : « Si cette crise pouvait être l’occasion d’un vrai bilan et d’un réveil collectif ! »
(3) L’Union européenne
(4) Article de Michel Maffesoli paru dans le quotidien Le Figaro du 24/03/2020, La crise du Coronavirus ou le grand retour du tragique
(5) Ibidem
(6) Le théâtre des mystères en Grèce, la tragédie, Éditions Nouvelle Acropole, 1992
Par Fernand SCHWARZ
Président de la Fédération Des Nouvelle Acropole