À lire N°308

Philosophie ordinaire
Le dialogue
Par Gyslain-Jean MARTIN et Marie-Françoise RIVET
Édition du Panthéon, 2017, 224 pages, 18,90 €

Les auteurs ont imaginé un dialogue philosophique à la mode platonicienne entre un homme et une femme sur des questions universelles et atemporelles. Le dialogue était pour les Grecs une forme de pédagogie, dans l’art d’accéder à la sagesse. Et les thèmes abordés sont de tous les temps.

Être soi-même
Une autre histoire de la philosophie
Claude ROMANO
Éditions Gallimard/ Folio essais, 2019, 765 pages, 15,90 €
L’auteur enseigne la philosophie à la Sorbonne et a déjà écrit de nombreux ouvrages dans ce vaste domaine. Celui-ci est une longue enquête archéologique sur ce qu’est « l’existence en vérité » depuis ses formes les plus anciennes jusqu’à « l’authenticité personnelle » dans notre culture occidentale, ce qui implique différentes approches, philosophiques mais aussi théologiques, spirituelles, rhétoriques, littéraires, esthétiques. C’est une enquête sur les formes de vie et les modes d’existence.

Agir pour le climat
Entre Éthique et profit
par Valéry LARAMEE de TANNENBERG
Éditions Buchet Chastel/ Dans le Vif, 2019, 137 pages, 12 €

Depuis plus de trente ans, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) fait régulièrement le point sur l’état des connaissances dans ce domaine. En 2014, un rapport a été publié faisant état de la nécessité de contenir le réchauffement à la surface de la Terre en dessous de 2°C et de poursuivre les efforts pour le limiter à 1,5°C. En 2015, le rapport a évalué l’impact de ce réchauffement et a évoqué la nécessité de limiter l’augmentation de la température sinon la planète encourt des risques majeurs pour la sécurité en eau, aliments, santé, activité économique… Ce rapport étudie également l’application de transitions éthiques et justes permettant d’améliorer le bien-être de tous et d’atteindre les objectifs du développement durables des Nations Unies (entre autres, obtenir le zéro emission de gaz à effet de serre). Aujourd’hui, face à l’urgence, des acteurs non étatiques, entreprises, ONG, juristes, organisations philanthropiques se mobilisent pour infléchir et faire pression sur les politiques gouvernementales, face à l’urgence. De nouveaux acteurs dans la Transition.

Addiction et spiritualité
Spiritus contra Spiritum
par Jacques BESSON
Éditions Érès, 2017, 160 pages, 14,50 €

Quel rapport y-a-t-il entre addiction et spiritualité ? Spiritus contre spiritum. Spiritus désigne à la fois la cause de la maladie (l’alcool attaque l’esprit) et son traitement (l’esprit combat l’alcoolisme). Pour l’auteur, addictologue, professeur et chef du service de psychiatrie à Lausanne, l’addiction représente une pathologie du lien et du sens. Les relations entre addiction et spiritualité sont explorées par les dernières recherches neuroscientifiques sur la médiation, la prière. À travers des exercices, il nous apprend à cultiver la gratitude, s’entraîner à la fraternité, se forger un idéal, tisser des liens forts avec la nature, faire des rencontres qui nous transforment, laisser le regard des enfants stimuler notre action. L’engagement pour les autres s’avère un puissant levier pour expérimenter une vie plus épanouie et tournée vers autrui.

La vie secrète de l’âme
par Sabine WERY VON LIMONT
Éditions Guy Trédaniel, 2019, 422 pages, 22,90 €

L’auteur, psychothérapeute allemande décrit l’être humain, ses comportements physiques, psychiques, sa santé, ses maladies, ses troubles pour finalement aborder sa foi, sa religion, sa spiritualité dans une vision assez matérialiste en affirmant « corps et âme = une équipe bien rodée …. Notre âme stimule constamment nos organes et elle entretient un rapport particulier avec chacun d’eux. Elle a toutefois un rapport particulièrement intime avec l’un d’eux : le cœur ».

L’enfant
Par Maria MONTESSORI
Traduit par Charlotte POUSSIN
Éditions Desclée de Brouwer, 2018, 315 pages, 17,90 €
C’est une nouvelle édition qui propose l’intégralité de l’œuvre L’enfant, texte de référence de Maria Montessori sur la pédagogie de l’enfant de la naissance à six ans. Celle-ci a pour but de libérer le potentiel qui est en lui, en enlevant les obstacles sur son chemin et en lui offrant un environnement adéquat pour actualiser ce potentiel et répondre à ses besoins. Ce livre est une force de propositions éducatives, à partir de laquelle tout parent éducateur ou professeur peut mieux comprendre ce qui se passe en l’enfant et trouver une direction, une attitude qui permettent de mieux répondre à sa quête, à trouver son humanité. L’enfant est l’avenir de l’homme et des sociétés à venir. Dans cette nouvelle édition, des sujets essentiels tels que les rapports entre les générations et le droit des enfants sont abordés.

Quelle agriculture pour demain ?
Témoignage et réflexions
Par André BOUTTEAUD
Éditions La nage de l’ourse, 2018, 70 pages, 11 €
Quelles sont les perspectives de l’agriculture pour demain si nous voulons nourrir nos concitoyens en préservant leur santé, protéger la planète et laisser un monde convenable pour les générations futures ? L’auteur a présidé la Chambre régionale d’agriculture du Poitou-Charentes pendant 15 ans. Son fils a converti la ferme familiale à l’agriculture biologique et son petit-fils s’apprête à assurer le relais.

Qu’avez-vous fait de Jésus ?
Par Christine Pedotti
Éditions Albin Michel, 2019, 172 pages, 15 €

Dans un cri de douleur et de détresse, Christine Pedotti interpelle les responsables de l’église catholique en ramenant leurs actes, comportements et enseignements aux paroles et aux agissements du Christ dans les évangiles. L’église est en danger et l’auteure s’alarme de l’incroyable incurie des évêques, qui couvrent les prêtres responsables de pédophilie, en s’appuyant sur la théologie : « le péché n’est pas une faute commise contre autrui mais contre Dieu ».
Il y a urgence à sortir de la crise, c’est une question de survie car c’est le cœur même du système qui est touché.

Jamais seul
ces microbes qui construisent les plantes, les animaux et les civilisations
Par Marc-André SELOSSE
Éditions Actes-sud, 2017, 352 pages, 24,50 €
L’auteur, professeur au Muséum national d’histoire naturelle témoigne de son haut niveau de connaissances en science naturelles. Cependant, il veut aussi convaincre tous les lecteurs quelque soient leurs niveaux, de la complexité de la vie grâce aux microbes souvent nocifs mais qui sont partie intégrante du vivant comme, par exemple, le microbiote intestinal.
En véritable philosophe il conclut sur la beauté de la vie par ces paroles :« Ainsi, moi-même et tous ceux qui m’entourent, sommes-nous construits comme des émanations de l’invisible qui est en nous, en vertu de quoi nous ne sommes jamais seuls. »

La fête de l’été et le feu de la Saint-Jean        

Le solstice a lieu le 21 juin, premier jour de l’été, le plus long de l’année. C’est l’époque où le soleil atteint sa hauteur maximale. Il est célébré, entre autres, avec des feux de joie qu’on allume au soir et qui brûleront toute la nuit.

Les flammes et le feu, associés au soleil qui brûle d’un feu puissant et vital, font partie intégrante des célébrations de la Saint-Jean et de l’été

Les flammes et le feu, associés au soleil qui brûle d’un feu puissant et vital, font partie intégrante des célébrations de la Saint-Jean et de l’été

À Paris, autrefois, c’était le roi qui allumait le feu de la Saint-Jean, sur la Place de Grève, aujourd’hui Place de l’Hôtel de ville. Il est aussi traditionnel de veiller toute la nuit – la plus courte de l’année – pour accueillir, à l’aube, le jour le plus long. C’est également un moment privilégié pour aller, au petit matin, cueillir les plantes médicinales, appelées simples au Moyen-Âge.

Solstice d’été et feux de la Saint-Jean

Dans la tradition chrétienne, alors que le solstice d’hiver est associé à la Saint-Jean d’hiver (saint Jean l’évangéliste, le 27 décembre), le solstice d’été est associé à la Saint-Jean d’été (saint Jean-Baptiste) et se fête le 23 juin. Il marque le début des récoltes et on se réunit traditionnellement autour de feux de joie pour une grande fête champêtre. Ces derniers représentent la chaleur et la lumière du soleil, particulièrement intenses au moment du solstice.
Les flammes et le feu, associés au soleil qui brûle d’un feu puissant et vital, font partie intégrante des célébrations de la Saint-Jean et de l’été. Les feux de joie sont à la fois une célébration et une offrande : l’énergie du soleil va en s’amenuisant jusqu’au solstice d’hiver, allumer des feux est donc une façon de soutenir la puissance du soleil, de lui rendre un peu de ce qu’il nous a donné en nourrissant ses flammes de sa propre énergie. Les feux symbolisent et favorisent la fertilité, la force et la chance pour la moisson à venir.

Le soleil est fréquemment représenté sous la forme d’une roue : faire rouler des roues en feu le long d’une pente, pour évoquer la force déclinante du soleil, fait partie des rituels du solstice.

Et le soir, tout le monde avait pris rendez-vous pour assister aux feux de la Saint-Jean

Et le soir, tout le monde avait pris rendez-vous pour assister aux feux de la Saint-Jean

En Bretagne, au XIXe siècle

Le récit de la fête de la fête de la Saint-Jean que nous présentons ci-dessous est extrait d’un roman pour la jeunesse paru en 1886. L’histoire se passe en 1860, dans le golfe du Morbihan, entre Locmariaquer et la Trinité, non loin de Carnac (1).
« Le lendemain… était le 24 juin. Ce jour-là, les jeunes gens de Kerlo, garçons et filles, n’allèrent guère à la pêche ni aux champs ; tous, dès le matin, se répandirent sur les landes pour cueillir le plus de fleurs possible, afin de fêter joyeusement la Saint-Jean… Ils faisaient main basse sur le genêt aux fleurs d’or, sur la bruyère aux grelots roses, sur la gentiane d’un bleu sombre ; tout leur était bon : coquelicots, marguerites, bleuets…
Et le soir, tout le monde avait pris rendez-vous pour assister aux feux de la Saint-Jean. Sur toutes les hauteurs, les villageois avaient formé des bûchers avec le bois mort ramassé dans les landes ou les champs, et les avaient entourés de guirlandes tressées avec les fleurs.…

Un bûcher gigantesque avait été formé en arrière de Men-er-Trésoul, et M. Kerbrel (le curé), selon la coutume, devait le bénir. Les villageois, après avoir couru dans toutes les rues de Kerlo, en chantant et en frappant sur les larges bassines qui servent à cuire la bouillie de blé noir, arrivèrent à l’entrée de la lande ; les joueurs de biniou les avaient devancés, et ils avaient déjà joué leurs airs les plus gais en l’honneur de Mme de Pers et de ses invités (la châtelaine du village). Tous, armés de torches, s’approchèrent bientôt du bûcher, et un paysan présenta un tison allumé à Marc, (le fils de la châtelaine, veuve), qui eut l’honneur d’y mettre le feu. Autrefois, à Paris, c’était le roi lui-même qui jouissait de ce privilège. Bientôt le bois commença à craquer, des étincelles pétillèrent, et de joyeuses flammes se firent jour à travers les branchages des bourrées. Les paysans criaient, selon l’antique usage :
« Sautez, Vari,
« Sautez, Anna,
« Sautez, Yann »

Et quand le bûcher fut bien allumé, M. Kerbrel le bénit ; alors tous, se prenant par la main, exécutèrent une ronde qu’ils accompagnèrent d’anciennes ballades, de cantiques, de refrains joyeux. C’était un gai spectacle… Quand les flammes cessèrent de s’élever, chacun se jetant en avant du brasier, saisit un tison qui, une fois éteint, devait être emporté précieusement dans les chaumières, pour y être déposé au chevet du lit, à côté de la Sainte Vierge, afin de préserver les habitants des Korrigans et de leurs malices. Ensuite, plusieurs, ramassant des poignées de cendres, les jetèrent au vent.
« Elles emportent ainsi tous les maux d’un pays », disaient les plus entendus, tandis que les plus jeunes se précipitaient sur les guirlandes, et en arrachaient les fleurs, qu’ils gardaient toute l’année contre les maladies ou les orages. »

(1) La Tour du Preux, écrit par Mlle E. Carpentier, paru en 1886 dans la Bibliothèque Rose illustrée (Hachette), pages 279 à 282
Par Marie-Françoise TOURET