Rite d’entrée dans l’adolescence : la première Porte

Le parrainage de Janus, le dieu romain des portes, au double visage, l’un tourné vers l’avant, l’autre vers l’arrière, est particulièrement approprié à l’adolescence, étape intermédiaire entre l’enfance et l’âge adulte. C’est le nom qui a été donné au groupe d’adolescents dont il est question ici. Il rassemble des jeunes de 13 à 18 ans et comporte deux rites de passage : le premier concerne l’entrée dans le groupe, le deuxième en accompagne la sortie.

Le rite d’entrée dans l’adolescence, la première Porte, marque l’entrée dans le groupe JANUS et une première étape vers l’autonomie. Il implique, outre les nouveaux arrivants, les animateurs, les parents ou leur représentant et les Janus plus âgés.

Préparation du rite

Chacun des nouveaux est parrainé par un ancien qui l’accompagne dès le début du séjour, pour l’initier au fonctionnement du groupe et en particulier lors d’activités préparatoires au rite.
Le rite se déroule à la tombée de la nuit, dans la nature, dans un terrain dégagé, délimité par de vieux murs et de grands arbres. Il est préparé par les adolescents plus âgés, qui ont eux-mêmes déjà passé la première Porte, avec l’aide des animateurs.

Le chemin  de lumière, bordé de bougies ou de torches allumées, conduit à une porte fermée par un rideau, derrière lequel est allumé un grand feu.
Pendant ce temps, les parents ou leurs représentants sont réunis avec un animateur et échangent sur les enjeux de l’adolescence, le sens et le déroulement du rite et ce qu’il implique pour eux : accompagner leur enfant sur la voie de l’autonomie.

 

Déroulement du rite

Dans un premier temps, les adolescents, les yeux bandés et en silence, sont guidés chacun par son parrain ou sa marraine, Janus plus ancien, dans un terrain qu’ils ne connaissent pas, afin de les désorienter et de leur faire perdre leurs repères.
Dans un deuxième temps, successivement, l’un des parents de chaque nouvel entrant s’il est présent ou leur représentant dans le cas contraire, le guide par la main, toujours en silence et les yeux bandés, le long d’un parcours qui les conduit au chemin de lumière. Là, il enlève le bandeau du candidat. À mi-parcours, il lui lâche la main et lui dit : « Va maintenant sur le chemin qui est le tien ». L’adulte rejoint l’endroit qu’on lui a indiqué à la périphérie. Le candidat finit seul le parcours et se présente devant la porte fermée par un rideau.
Le gardien des portes accueille le candidat par ces mots : «  Cette porte est la première porte de JANUS, celle qui marque le passage de l’enfance vers l’adolescence. Passe la porte ». De l’autre côté, le responsable Janus lui remet une bougie. Il invite le candidat, placé devant le feu, à y allumer sa bougie et à faire un vœu pour sa vie future, en lui disant : « L’adolescence est un pont entre l’enfance et l’âge adulte. Tu es en train de traverser ce pont. Je t’invite à faire un vœu sur ce que tu souhaites plus que tout pour la vie qui s’ouvre devant toi. Prends ton temps pour y réfléchir et exprime-le à haute voix devant le feu qui en sera le témoin. »
Ensuite, il invite l’adolescent à rejoindre les candidats qui l’ont précédé, déjà assis sur le sol en demi-cercle, derrière le feu… Un nouveau candidat se présente.
Lorsque tous sont passés, les adultes arrivent en chantant un chant cérémoniel. Les parrains et marraines apportent alors un toast et remettent un verre à chacune des personnes présentes.
Le responsable Janus donne un message. Après le toast, les adultes se retirent tandis qu’on apporte des bancs aux ados qui vont partager la veillée autour du feu avec leurs parrains et marraines.

Témoignages

Nous avons demandé à quelques anciens de nous dire comment ils avaient vécu ce rite.
« Le premier rite de passage, nous explique Alexandre, 20 ans, lorsqu’on arrive à Janus, est un grand moment de partage mais aussi une épreuve. Une épreuve car le parcours avec les yeux bandés est un moment qui, en pleine nuit, peut être angoissant. Il faut faire confiance à celui qui nous guide, on n’a pas le choix. C’est aussi pour le guide un moyen d’accueillir le nouveau dans la « tribu ». Il lui montre qu’il peut compter sur lui, qu’il est bienveillant.
Le passage de la porte est assez spectaculaire quand on le vit. C’est symbolique et ça fait très sérieux ! J’étais un peu impressionné et surtout très excité ! J’avais hâte de faire officiellement partie des plus grands, les Janus.
C’est enfin un grand moment de partage. Les animateurs nous laissent entre nous autour d’un feu afin de passer une merveilleuse soirée pour nous rapprocher et pour souder le groupe. »

Aglaé, 27 ans, de son côté, témoigne : « Tout d’abord, la peur lors des yeux bandés avec la perte de repères où les doutes m’envahissaient. Jusqu’au moment où je fus guidée devant la porte, au bout d’un chemin éclairé par de grandes torches. Cette image restera à jamais gravée dans ma mémoire. Alors, la peur s’est transformée en assurance car la voix qui m’accompagnait m’a dit : « Va sur ce chemin qui est le tien ! » Je me sentais à ma place et face à la porte, je savais qu’en la franchissant, je découvrirai quelque chose de nouveau.
Je me souviens d’un grand feu et de mes amis silencieux. Ce n’était pas une veillée comme les autres. Je n’ai compris que plus tard la symbolique de la porte mais je sais que ce rite m’a fait voir une partie du mystère qui est en moi. »
Écoutons enfin ce que nous dit Jean (17 ans) : « Yeux bandés, j’entendais le crépitement des aiguilles de pin sous nos pas: nous étions dans la forêt. Chacun son tour, nous sommes passés à travers un grand voile noir et, devant un grand feu, avons dû faire un vœu qui nous était cher pour l’avenir. C’est alors que j’ai compris la signification du moment. Et je m’en souviens comme du passage d’une réelle étape dans ma vie. Je fis le tri dans ma tête, dis adieu à mon caractère enfantin pour laisser place à une maturité que j’allais gagner au fil des prochaines années. Je résolus là l’équation qui me définit aujourd’hui : une maturité certaine dans une âme d’enfant. »

Par Marie-Françoise TOURET