Rite de sortie de l’enfance

Ce rite, qui fait suite au rite d’accueil sur terre et du passage des 7 ans, est vécu dans le cadre d’un séjour estival qui réunit chaque année un groupe d’enfants, de 7 ans – à la fin du cours préparatoire – jusqu’à leur treizième année incluse.

La première fois que nous avons fait vivre ce rite, alors que nous cherchions à lui trouver un nom, un des garçons concernés avait une sœur aînée, connue de tous, qui passait le bac. Par analogie, suggestion a été faite de l’appeler le BAP (Bon À Passer), puisque cela marquerait le passage des participants, l’année suivante, dans le groupe des adolescents. Le nom, adopté, est resté.

Un double objectif

  • Différencier les âges : La différenciation facilite la relation entre les enfants et évite les difficultés entre plus grands et plus petits. La solution à l’hétérogénéité n’est pas dans une uniformisation (séparer en petits groupes aussi homogènes que possible), de toute façon impossible à atteindre, mais dans la la règle d’or dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises : une place pour chacun, chacun à sa place.
  • Donner aux enfants envie de grandir : aider les plus grands d’une part à prendre conscience de leurs capacités (physiques, affectives, mentales, morales) et le leur faire toucher du doigt en les mettant à l’épreuve ; leur permettre d’autre part de commencer à développer une appartenance consciente au groupe. Et les responsabiliser par rapport à cela. Leur permettre de comprendre qu’ils se préparent à quitter l’enfance, qu’ils entrent dans l’adolescence et leur donner envie de vivre cette nouvelle étape, et de rejoindre, s’ils le désirent, le groupe des ados.

Permettre aux plus petits de constater en voyant ce que font les plus grands qu’ils le feront aussi un jour, et de vivre le côté un peu mystérieux de quelque chose qui leur sera ouvert plus tard.

Le passage se prépare pendant les deux derniers séjours, avec les enfants qui sont dans leur douxième et treizième année.
Les « pré-BAP » participent seulement à certains apprentissages. Cela permet à la fois des apprentissages plus efficaces, mieux maîtrisés, plus nombreux et plus variés et une différenciation supplémentaire au niveau des âges.

Les étapes et leur contenu – Mise en route

Le premier jour du séjour (les enfants sont arrivés la veille), les animateurs qui vont les encadrer leur présentent ce qui les attend : ils sont les plus âgés, auront 13 ans dans l’année, participent pour la dernière fois au séjour du groupe des 7-12 ans. Nous mettons en perspective leur groupe d’âge dans le cadre des 3 groupes qui se réunissent chaque année en fonction de leur âge.
Nous allons leur apprendre plusieurs choses, d’une part parce qu’ils sont assez grands et assez habiles pour cela, ce qui n’est pas le cas des plus jeunes. D’autre part, parce que savoir faire quelque chose, c’est acquérir un pouvoir, et qu’un pouvoir peut s’utiliser en bien ou en mal (nous parlons des incendies de forêt en été, des utilisations possibles d’un couteau). Eux sont capables de comprendre cela et donc d’appréhender les conséquences de la manière dont ils les utiliseront : ils sont assez grands pour être responsables.  En effet, un pouvoir sur quelque chose suppose un pouvoir sur soi, celui de contrôler l’usage qu’on en fera.
Nous allons aussi leur donner des responsabilités par rapport à la collectivité car ils sont désormais assez grands pour se rendre compte de ce que demande la vie d’une collectivité, et pour y participer à leur niveau.
Ils vont sortir de l’enfance et entrer dans l’adolescence.

Lorsque nous avons lancé ce rite, la première fois, un participant s’est empressé de répondre aux questions des plus jeunes et de les mettre au courant. Le lendemain, nous leur avons expliqué qu’ils n’étaient pas obligés de rien raconter aux plus jeunes. Que c’était leur activité propre en tant que grands et que les autres la découvriraient lorsqu’ils seraient en âge. Nous n’avons jamais eu à intervenir à nouveau par la suite à ce niveau.
Rien n’est fait en cachette mais dans un lieu un peu isolé et les plus jeunes, qui ont leurs propres activités dans le même temps, savent qu’il n’y ont pas leur place.

Apprentissages

Nous avons choisi un certain nombre d’apprentissages pratiques qu’ils pourront mettre en œuvre dans leur vie de tous les jours et leur seront utiles dans leur vie à venir. Apprentissages qui peuvent varier et ne sont pas limitatifs.
Savoir allumer (et éteindre) un feu ; savoir faire de la purée et de la vinaigrette, savoir faire un ourlet et coudre un bouton ; savoir faire deux nœuds utiles différents. Savoir se servir d’un marteau et pouvoir enfoncer un clou…
Chaque apprentissage donne lieu à plusieurs séances, en fonction des problèmes rencontrés, à raison de 1 ou 2 par jour.

Responsabilités

Les « BAP » font chaque soir, à tour de rôle, une ronde approfondie de rangement et de sécurité avec l’animateur responsable, pour s’assurer que tout est en ordre et que les portes sont bien fermées. Et, en alternance, lorsque le lieu s’y prête, une ronde quotidienne d’entretien des plantes en pots : ils les arrosent, et font ce qu’il faut pour qu’elles ne soient pas endommagées pendant les jeux. On leur explique, à l’occasion de ces rondes, ce que veut dire protéger, tant pour les garçons que pour les filles. L’avant-dernier jour ou les deux derniers jours, les « pré-BAP » se joignent à ces rondes de sécurité et d’entretien de la vie. Ils font aussi, à deux, sous la houlette de l’animateur responsable de la logistique, le service du déjeuner, en plus de la participation de tous  par équipe, en fonction des âges, au travail quotidien.

Par ailleurs, à travers la présentation de leur « Maison » qu’ils dessinent, ils apprennent comment sont constitués les êtres humains et par conséquent eux-mêmes (1).

Passage du rite

L’avant-veille du départ, chacun choisit  deux des apprentissages pratiqués. Ils peuvent consacrer le temps nécessaire à s’exercer selon les besoins de chacun, avec l’aide de l’animateur responsable de l’apprentissage concerné. Selon les participants, lors du passage lui-même, est vérifiée leur maîtrise d’un, de deux ou de tous les différents apprentissages.
La veille du départ a lieu le passage des épreuves. Un rattrapage est possible à condition que la deuxième réalisation soit bonne. (C’est le rôle de l’animateur concerné de faire en sorte que cela soit possible, l’objectif étant que chacun réussisse légitimement.)
Pour finir et avec une certaine solennité, le jury (ceux qui ont fait passer les épreuves)se réunit pour apprécier les prestations de chacun. Chaque candidat est convoqué individuellement. 0n lui pose quelques questions et on lui donne un conseil sur une qualité qu’il lui serait utile d’acquérir ou de travailler.
Les candidats sont alors réunis et on leur annonce les résultats : ils ont obtenu le BAP (Bon À Passer

Au repas de fête, le dernier soir, les résultats sont proclamés et on célèbre les héros du jour. Instants toujours émouvants pour tous car c’est le dernier moment qu’ils passent dans le cadre de ce séjour. Et une nouvelle étape s’ouvre pour eux.

(1) Voir l’article, Comment ils sont faits, les gens : notre Maison, paru dans la revue Acropolis N°291, décembre 2017
par Marie-Françoise TOURET