Rite de passage des 7 ans

Dans un premier article nous avons abordé le rite de la naissance. Aujourd’hui nous étudions le rite de passage des sept ans. Un rite particulier dans l’évolution de l’enfant.

Je me souviens du jour où mes deux fils, âgés de 7 et 8 ans, sont venus me trouver et, solennellement, m’ont fait savoir que j’étais trop sévère avec leur petit frère de 4 ans. Comme ils me trouvaient insuffisamment réceptive à leur requête, l’aîné s’est campé devant moi, a planté son regard dans le mien et m’a déclaré : « Je suis Zorro ! »

7 ans (plus ou moins) : une étape déterminante dans l’évolution de l’enfant. Reconnue comme telle à travers l’histoire comme la géographie.

Un âge singulier

Au XIIIe siècle, en Occident, le concile de Latran emploie l’expression annus discretionis, l’année du discernement, celle des 7 ans où, pour l’Église catholique, l’enfant peut communier pour la première fois. Âge qu’au XVIIsiècle, Mme de Sévigné (1) qualifie d’âge de raison, toujours d’actualité.

Le Malien, Amadou Hamâté Bâ (2), raconte dans son ouvrage, Amkoullel, l’enfant peul : « Quand j’eus atteint l’âge de 7 ans, un soir, après le dîner, mon père m’appela. Il me dit : “Cette nuit va être celle de la mort de ta petite enfance. Jusqu’ici ta petite enfance t’offrait une liberté totale. Elle t’accordait des droits sans aucun devoir, pas même celui de servir et d’adorer Dieu. À partir de cette nuit, tu entres dans ta grande enfance. Tu seras tenu à certains devoirs …” » Le lendemain matin, sa mère lui fit prendre un bain, et ses parents l’emmenèrent chez un maître où eut lieu le rituel traditionnel qui marque, dans la tradition peul, le début des premières responsabilités de l’enfant.
C’est aussi l’âge de la grande école et de l’apprentissage de la lecture ; l’âge auquel à Rome, dans l’antiquité, les enfants – du moins ceux qui étaient concernés – garçons ou filles, allaient à l’école.

cute cartoon teeth with tooth fairy play happily

C’est l’époque où l’enfant perd ses dents de lait qui seront progressivement remplacées par sa dentition définitive. Dans de nombreuses parties du monde, il existe un rituel associé à leur perte. Dans beaucoup de pays, sous les noms de petite souris ou de fée des dents, lorsque l’enfant a perdu une dent, il la dépose sous son oreiller et, dans la nuit, la petite souris passe la récupérer et laisse à la place une pièce de monnaie ou un petit cadeau. Aux Philippines, les enfants lancent leur première dent de lait par-dessus le toit de la maison. Une souris lui en rendra une autre, aussi blanche et aussi solide que les siennes, celles d’un rongeur.

Si un tel accent est mis un peu partout sur l’importance de cet âge, c’est que, vers 7 ans, se situe l’époque où se développent chez l’enfant ses facultés intellectuelles et morales. Il prend conscience de lui-même, devient capable d’exercer son propre jugement, de distinguer ce qui est bénéfique de ce qui est nocif, ce qui est dangereux de ce qui ne l’est pas. Il devient capable de responsabilité, de développer une conscience morale et de distinguer le bien du mal. Il entre dans ce qu’on appelle la période de latence, qui sépare la petite enfance de l’adolescence.

Le rite de passage : une proposition

Le rite de passage des 7 ans que nous proposons se déroule en famille. Il est organisé par les parents seuls ou avec qui ils le souhaitent. Les enfants de moins de sept ans n’assistent pas au rite. Ils rejoindront famille et invités, lors de la collation ou du repas qui clôturera la fête.
La préparation de l’enfant  peut se commencer à l’avance et, dans tous les cas, avant le moment de la célébration. La personne qui en est chargée, père, mère, parrain ou marraine…,  lui explique que, lorsqu’il était bébé et petit enfant, il n’était pas assez grand, pas assez fort, pas assez habile, il connaissait trop peu de choses  pour s’occuper de lui-même, se protéger et se débrouiller seul.

En grandissant, on comprend, peu à peu, ce qui est dangereux, ce qui est mauvais pour nous, ce qu’on peut manger ou pas, dire ou faire. On apprend ce qui est bon pour nous, ce qui ne l’est pas. On apprend à ne pas faire n’importe quoi. On apprend aussi qu’on ne peut pas faire n’importe quoi aux autres, ce qui est bon et ce qui est mauvais pour eux.
À 7 ans, on est assez grand pour pouvoir commencer à s’occuper de soi-même, comprendre ce qui est bon pour soi, pour les autres, pour la nature. On commence à penser dans sa tête. On commence à comprendre qu’on est responsable. Ca veut dire qu’on peut se dire : « Ça, tu ne peux pas le faire, même si tu en as envie. Ceci, tu peux le demander. Cela, non. Cela peut me faire du mal, je ne vais pas le faire. Cela peut faire mal aux autres, je ne le ferai pas. Cela est bon pour moi, je vais le faire, etc. »

Déroulement du rite

Avant, le héros du jour range sa chambre, fait sa toilette et s’habille seul dans la tenue qu’il a choisie et attend que son accompagnateur vienne le chercher. Tous deux vont alors rejoindre les invités qui l’attendent dans la salle qui a été préparée. On y trouve, entre autres, une table couverte d’une nappe sur laquelle on a déposé la première dent de lait de l’enfant (qu’on a pensé à garder), un bouquet de fleurs… Ce peut être, dans les familles où elle existe, la table des saisons.
On confie à l’enfant une petite responsabilité qui lui permet de participer aux tâches familiales.
Le rite se termine par la fête d’anniversaire, la distribution des cadeaux et une collation ou repas qui réunit tous les participants ainsi que les plus jeunes enfants qui n’ont pas participé au rite.

Témoignage : les 7 ans de Jules

Sa maman (elle est divorcée et le papa n’est pas présent) l’a prévenu à l’avance que cet anniversaire n’est pas comme les autres.
Le parrain de Jules l’emmène dans sa chambre et lui explique que l’on fait une fête spéciale pour cet anniversaire et que seuls les plus de 7 ans y assistent. Il lui demande ce que veut dire pour lui être un grand. Il lui explique la différence entre les grands et les petits et insiste sur l’autonomie qu’il acquiert et qui le différencie des petits ; sur la confiance qu’on va maintenant lui faire car on sait qu’il ne se mettra pas en danger. Il sait s’habiller seul, sait mettre la table du petit déjeuner et aller chercher des croissants le dimanche matin. Ses 7 ans valident  ces responsabilités.
Ils rejoignent alors les adultes et les grands enfants qui forment un tunnel dont l’arche est formée par des branches de laurier que tiennent tous les participants, rejoints par le parrain. Au bout du tunnel, une flamme et un cadeau symbolique. Une musique douce et sereine aide à l’intériorisation. Jules passe sous le tunnel. Quand il arrive au bout, on lui dit qu’il a  7 ans, on applaudit tous, on pousse des cris de joie.
Sa maman lui offre le cadeau : c’est une clochette. Il aura désormais une responsabilité : il sonnera la cloche dans la maison à l’heure des repas quand sa maman le lui dira pour inviter ses petits frères à se mettre à table. Ces derniers n’auront pas le droit d’utiliser la clochette. Jules est très heureux (3).
Ensuite, on va chercher les plus petits. Tous offrent leur cadeau, embrassent Jules et lui souhaitent un bon anniversaire. Puis vient le repas, qui se termine par le gâteau d’anniversaire
Toute la soirée, Jules est resté calme, centré.

Remerciements à l’ange gardien, s’il y a lieu

Explications à donner à l’enfant : quand on a 7 ans ou un peu plus, l’ange gardien se dit : « Il est assez grand, maintenant, il sait réfléchir et se demander ce qui est bon et ce qui n’est pas bon. Il peut se débrouiller sans moi. Je vais aller m’occuper d’un autre enfant qui vient de naître et qui a besoin d’un ange gardien. »
Une bougie est allumée qui représente l’ange gardien. L’enfant se place devant et le remercie. Il a pu préparer, pour le lui offrir, un petit texte, prière ou poème, un morceau de musique s’il joue d’un instrument, un bouquet de fleurs… en fonction de ses talents et de ses goûts. Après l’adieu à l’ange gardien, on éteint la bougie.

(1) Connue en littérature pour la correspondance qu’elle a entretenue avec sa fille
(2) Écrivain malien (1900-1991), membre du Conseil exécutif de l’UNESCO
(3) Attention : le grand frère est seulement responsable de sonner la clochette et de se mettre lui-même immédiatement à table et non de faire venir ses petits frères à table, responsabilité qui n’est pas de son âge
par Marie-Françoise TOURET