Rite d’accueil sur terre   

Lorsque mon dernier fils, alors âgé de trois ans et demi, m’a demandé un jour sans crier gare : « Ils étaient où, les bébés, avant d’être nés? », et que je lui ai dit : « Toi, tu penses qu’ils étaient où ? », il m’a répondu sans hésiter : « Dans la mer… »
Est-il rien de plus banal qu’une naissance ? Est-il rien de plus merveilleux ?

Qui a eu la chance d’assister à un accouchement connaît l’enchantement de voir le petit être qui arrive, tout recroquevillé et fripé et qui, en quelques instants, s’ouvre, se déploie jusqu’au bout de ses doigts minuscules, comme une fleur, à peine sortie du bouton, déplie ses pétales chiffonnés et révèle sa splendeur.

Après neuf mois d’un travail mystérieux dans les eaux obscures du ventre d’une femme, comme la graine après son séjour dans le ventre noir de la terre, voici que vient au jour un nouvel être, un compagnon à découvrir et à accompagner qui, pendant un certain nombre de décennies, accomplira son destin sur notre Terre avant de retourner, à travers un nouvel accouchement (1), au mystère d’où il nous arrive aujourd’hui.
Cela vaut un accueil chaleureux, fait de réjouissances, de respect, d’engagement, de gratitude. Celui que nous proposons ci-dessous peut être associé à tout autre rite (baptême chrétien ou autre), en fonction du choix des parents.

Quelques préliminaires pour les parents

Les parents ne sont pas propriétaires de leurs enfants. Ils ont la responsabilité de les amener à se sentir libres, responsables et capables un jour de choisir par eux-mêmes. Cela suppose pour les parents d’éviter de projeter leurs désirs sur eux et leur donner des outils qui leur permettent d’apprendre l’obéissance pour acquérir la liberté.>
Le rôle des parents et des adultes consiste à accompagner leurs enfants, pas à leur demander qu’ils nous suivent. À leur transmettre les vertus de base qui leur permettent d’être moralement armés. Même petits, ils devront apprendre à prendre des décisions qui les aideront à ne pas faire de bêtises.

Par ailleurs, l’enfant doit se sentir accueilli et pour cela il convient de lui donner la bienvenue. Qu’il se sente respecté non pour ce qu’on voudrait qu’il soit mais pour ce qu’il est.
Lui dire qu’on est curieux de savoir qui il est et ce qu’il peut apporter à sa famille, à la société et à l’humanité.

Pour ceux qui le souhaitent, on demande à son ange gardien d’être pour lui une bonne compagnie et une bonne protection. On peut lui faire une offrande (fruits, gâteaux, parfums…) « La croyance catholique en un ange gardien, qui veille sur l’enfant jusqu’à l’âge de sept ans, a des racines beaucoup plus anciennes que le christianisme lui-même. De l’Arcadie jusqu’à l’Amérique, tous croyaient que les enfants, en raison de leur pureté et de leur fragilité, avaient un esprit gardien qui leur évitait de nombreux accidents et les protégeait des bêtes sauvages, leur donnant ainsi des indications pour retrouver leur chemin lorsqu’ils étaient perdus. » (2)

Déroulement du rite

Le rite est préparé au gré de l’imagination et des vœux des parents, avec l’aide éventuelle du parrain et de la marraine, s’il y en a, ou d’une personne de leur choix, s’ils le désirent. Il est important que l’un des deux joue le rôle de maître des cérémonies pour introduire et expliquer aux participants le sens qu’ils donnent à ce rite, l’état d’esprit dans lequel ils les invitent à le vivre et pour veiller au bon déroulement de l’ensemble.
Dans un premier temps, généralement hors de la présence des invités qui attendent dans la salle prévue pour le rite, on range la chambre de l’enfant, on lui offre un vêtement neuf, qui symbolise son arrivée dans le monde, et on le lui met après lui avoir donné un bain et fait sa toilette avec soin.
Le rite lui-même a lieu dans une salle préparée et décorée à cet effet (nappe, fleurs, bougie, etc.). Il peut aussi se dérouler dans un coin de nature choisi.
Après l’ouverture de la cérémonie et sa présentation par le maître de cérémonie, a lieu l’accueil de l’enfant (voir plus haut). Certains parents ont souhaité dire à l’enfant ce qu’il peut attendre d’eux.
Nous avons repris les anciennes traditions selon lesquelles les fées distribuaient des bénédictions ou des malédictions aux nouveau-nés et dont témoignent les contes.

Evelyne qui, à l’occasion du baptême de sa petite-fille, a repris l’idée, témoigne : « Avant l’apéritif, alors que tout le monde était réuni sur la terrasse, j’ai expliqué que nous allions faire une petite cérémonie d’accueil à Céleste. Une de mes nièces a lu un texte sur les fées marraines (2). Puis j’ai demandé à chacun de nommer la qualité qu’il souhaitait à la nouvelle arrivée. Et nous avons fait une ronde de qualités : courage, enthousiasme, bonté, joie, humour, responsabilité, etc. C’était très beau. Tous l’ont fait spontanément, très naturellement et sincèrement. Je sentais que chacun avait conscience de l’importance du mot qu’il allait prononcer.
J’avais sorti sur un beau papier parcheminé les textes qui avaient été lus et, à la fin, chacun y a inscrit la qualité qu’il avait énoncée, avec son nom. Les parents ont été très touchés de tous les souhaits émis pour leur fille. »

Trois cadeaux symboliques

On peut s’arrêter là. Mais on peut aussi aller plus loin et offrir à l’enfant 3 cadeaux symboliques pour chacune des 3 composantes de sa personnalité, en vue de ce qui l’attend et qu’il pourra exploiter quand il sera grand.

  • Un cadeau pour son corps, gants de boxe, haltères, arc et flèche, kimono d’arts martiaux… (exemples parmi ceux qui ont été offerts) : « parce que – lui dit la personne qui le lui offre, le maître de cérémonie ou un invité de marque éventuel – la vie est un combat ».
  • Un cadeau pour sa partie affective et psychique : instrument de musique, nécessaire à peinture ou à modelage… « parce que ton âme se nourrit de beauté ».
  • Un cadeau pour son intelligence (à ce jour cela a toujours été un livre qui aide à comprendre le monde) : « parce que l’univers est ta patrie. »

Ces cadeaux seront gardés, visibles, dans la chambre de l’enfant et quand, plus grand, il posera des questions, on lui en expliquera la provenance et  la fonction.
C’est l’occasion, si on le souhaite, d’ouvrir un album dans lequel chacun écrira la qualité dont il a fait le vœu pour le nouvel arrivé et qui suivra les différentes étapes de la vie de l’enfant.

Le rite se termine par une fête, collation ou repas convivial où, le plus souvent, chacun apporte quelque chose.

Parmi les textes qui peuvent être lus

Extrait de Riquet à la Houpe, dans les Contes de Perrault (3)

« Il était une fois une reine qui accoucha d’un fils si laid et si mal fait, qu’on douta longtemps s’il avait forme humaine. Une fée qui se trouva à sa naissance assura qu’il ne laisserait pas d’être aimable, parce qu’il aurait beaucoup d’esprit ; elle ajouta qu’il pourrait, en vertu du don qu’elle venait de lui faire, donner autant d’esprit qu’il en aurait à la personne qu’il aimerait le mieux.
Tout cela consola un peu la pauvre reine, qui était bien affligée d’avoir mis au monde un si vilain marmot. Il est vrai que cet enfant ne commença pas plutôt à parler, qu’il disait mille jolies choses, et qu’il avait dans ses actions je ne sais quoi de si spirituel qu’on en était charmé. J’oubliais de dire qu’il vint au monde avec une houppe de cheveux sur la tête, ce qui fit qu’on le nomma Riquet à la houppe, car Riquet était le nom de sa famille.
Au bout de sept ou huit ans, la reine d’un royaume voisin accoucha de deux filles. La première qui vint au monde était plus belle que le jour ; la reine en fut si aise, qu’on appréhenda que la trop grande joie qu’elle en avait ne lui fît mal. La même fée qui avait assisté à la naissance du petit Riquet à la houppe était présente, et pour modérer la joie de la reine, elle lui déclara que cette petite princesse n’aurait pas d’esprit, et qu’elle serait aussi stupide qu’elle serait belle. Cela mortifia beaucoup la reine, mais elle eut, quelques moments après, un bien plus grand chagrin, car la seconde fille dont elle accoucha se trouva extrêmement laide. « Ne vous affligez pas tant, madame, lui dit la fée, votre fille sera récompensée d’ailleurs, et elle aura autant d’esprit qu’on ne s’apercevra presque pas qu’il lui manque de la beauté. – Dieu le veuille, répondit la reine ; mais n’y aurait-il pas moyen de faire avoir un peu d’esprit à l’aînée, qui est si belle ? – Je ne puis rien pour elle, madame, du côté de l’esprit, lui dit la fée ; mais je puis tout du côté de la beauté, et comme il n’y a rien que je ne veuille pour votre satisfaction, je vais lui donner pour don de pouvoir rendre beau ou belle la personne qui lui plaira. » (4)

(1) La mort, ici, est considérée comme un autre accouchement, celui qui nous fait naître à l’au-delà, et fait ainsi pendant à la naissance sur  terre
(2) Pour plus de détails sur les anges gardiens et le rôle traditionnellement attribué aux fées, lire Les Esprits de la Nature, de Jorge Livraga, Éditions Nouvelle Acropole, collection Acropolis, 2014, 132 pages
(3) On peut lire aussi, outre Riquet à la Houppe, le début de La Belle au Bois Dormant (Contes de Grimm) et le très beau poème de Khalil Gibran, Parle-nous des enfants (Le Prophète), etc.
(4) Je remercie Fernand Schwarz pour l’aide qu’il a apportée dans l’élaboration de ce rite, tout particulièrement ce qui concerne les 3 cadeaux symboliques
Par Marie-Françoise TOURET