Pour une écologie spirituelle, prendre soin de la Terre, de l’Âme et de la Société

Le dernier livre de Satish Kumar « Pour une écologie spirituelle », développe la nécessité de concevoir l’écologie comme une construction globale qui suppose que l’homme milite activement et simultanément pour l’éveil de l’âme, la protection de la nature et une société juste.

« Si la terre est mon extérieur, l’âme est mon intérieur… Quand je me sens bien à l’intérieur, je me sens bien à l’extérieur. Je suis en bons termes avec mes semblables… En associant à la terre, l’âme et la société, nous souhaitons montrer à quels points les éléments essentiels sont liés, interconnectés et interdépendants. Ensemble ils forment une trinité novatrice qui célèbre la perfection de la vie sous ses innombrables formes. »
Satish Kumar – Pour une écologie spirituelle

Satish Kumar s'inspire de la Bhagavad Gîtâ pour comprendre les relations à soi-même, à la nature et à la société.

Satish Kumar s’inspire de la Bhagavad Gîtâ pour comprendre les relations à soi-même, à la nature et à la société.

C’est en s’inspirant de La Bhagavad-Gîtâ hindoue, que Satish Kumar a cherché à mieux comprendre et améliorer ses relations à lui-même, à la nature et à la société, et a pu ainsi mettre en lumière une nouvelle manière de penser l’écologie, comme la recherche d’une harmonie entre trois composantes indissociables : la Terre, l’Âme et la Société. Il est pour lui impossible d’envisager qu’un individu puisse espérer aller bien, si la planète et ses habitants sont en souffrance, et donc impossible de limiter la spiritualité à une quête anthropocentrique d’équilibre. Il faut une spiritualité qui intègre une relation harmonieuse à la nature et des pratiques sociales vertueuses qui améliorent le bien commun.

La Bhagavad Gîtâ parle de trois concepts, qui, pratiqués simultanément assurent l’équilibre des forces et sont donc porteurs d’une paix durable : Yajna (le sacrifice), Tapas (l’austérité) et Dana (le devoir de charité).

Yajna, le sacrifice rituel, cherche à établir avec la terre une relation équilibrée, respectueuse, de réciprocité, autant de vertus qui ont disparu avec une vision du monde matérialiste qui se caractérise par la domination de l’espèce humaine sur toutes les autres espèces et l’abandon de toute relation de révérence et de spiritualité entre les hommes et la nature. La nature est devenue simplement la source d’alimentation des moteurs économiques ou un sujet d’étude extérieur à l’âme des hommes. Il est urgent que l’homme sorte de l’utilitarisme et puisse redevenir humble pour se reconnecter à elle.

Yajna nous invite à retrouver auprès de la nature l’inspiration des poètes, et célébrer ainsi sa beauté, sa grandeur et son abondance.

Yajna nous invite à retrouver auprès de la nature l’inspiration des poètes, et célébrer ainsi sa beauté, sa grandeur et son abondance.

Yajna nous invite à rendre à la nature ce que nous lui avons pris, à nourrir à nouveau la Terre qui nous nourrit, à retrouver auprès d’elle l’inspiration des poètes, et célébrer ainsi sa beauté, sa grandeur et son abondance.

Pour Satish Kumar, le fondement de l’écologie est l’harmonie. Pour cela il faut, pour lui, une cohérence entre la science, qui nous permet de connaitre les lois d’harmonie, l’art, qui nous permet de les exprimer et la spiritualité ou la religion qui permet une pratique quotidienne de l’harmonie.

Tapas, l’austérité ou l’auto-discipline, permet de vivre en harmonie avec nous-mêmes. Sans autodiscipline et ascèse, nul ne parvient à se transformer pour éclore et naître à lui-même. La Bhagavad-Gîtâ emploie le terme de Tapas pour désigner l’ensemble des pratiques permettant de nourrir et d’affermir notre âme. « Il s’agit essentiellement de prendre le temps d’accéder à une forme de pureté intérieure, grâce à la méditation, à la spiritualité, à la recherche d’élégance et de simplicité dans la vie quotidienne ». Satish Kumar, comme le préconisait et le pratiquait quotidiennement Gandhi, note l’importance d’accorder une attention égale au travail intérieur et au travail extérieur. Nous protégerons d’autant mieux la planète que nous aurons pris soin de notre âme. De même il faut apprendre à se connaître, pour pouvoir se mettre au service d’autrui.

Pratiquer Dana, c’est se mettre au service du bien commun, pour combattre l’injustice et l’inégalité.

Pratiquer Dana, c’est se mettre au service du bien commun, pour combattre l’injustice et l’inégalité.

Dana, le devoir de charité, permet de nourrir la société et, aux hommes, de vivre en harmonie. Satish Kumar dénonce le matérialisme, la quête immodérée de profits et la soif de pouvoir des principaux dirigeants de la planète, et milite pour un nouvel ordre social permettant d’instaurer justice, égalité et liberté, pour le bien-être de tous.

Dana désigne la faculté de partage et de générosité, le fait de servir avant de se servir. Pratiquer Dana, c’est comprendre à quel point nous sommes redevables à la société. C’est elle qui a accompagné notre naissance, nous a nourris, éduqués, cultivés, fait progresser. En retour, en réciprocité, nous devons la nourrir, la respecter, la servir, en contribuant au développement de la civilisation et du bien commun. Pour cela il nous faut dépasser les limites de nos intérêts personnels.

Pratiquer Dana, c’est se mettre au service du bien commun, pour combattre l’injustice et l’inégalité. C’est une voie de combat pacifique, écologiste et spirituel.

Satish Kumar nous invite à retrouver le respect, la révérence, la gratitude et la réciprocité, pour tout ce qui nous est donné par la nature et la société. Il nous donne en cette fin d’année 2018 une vision positive et digne de ce que nous avons à faire aujourd’hui : travailler ardemment pour l’édification de notre âme, pour le rétablissement d’une justice sociale et pour protéger, soigner et préserver la nature. Une proposition qui vaut vraiment la peine de s’engager. Alors 2019 sera sûrement une bonne année !

Pour une écologie spirituelle
La Terre, l’Âme, la Société, une nouvelle trinité pour notre temps
Par Satish KUMAR
Traduction par Karin REIGNIER-GUERRE
Éditions Belfond, 2018, 192 pages, 17 €