Philosophie

Nous dansons sur un volcan

Les Anciens pensaient que lorsque les hommes agissaient en respectant les lois de la nature, l’harmonie s’installait plus ou moins dans leur vie et leur société, puisqu’ils participaient de l’ordre intelligent du cosmos. Lorsqu’on ne parvient pas rendre ses comportements plus ou moins conformes aux lois de la nature, l’ordre naturel est perturbé et s’ensuivent des rajustements violents et douloureux. 

Comme l’exprime le philosophe des sciences Olivier Rey : « Le monde est devenu plus confortable, mais il ne nous parle plus. » (1). Dans son livre, il essaie de faire ressentir à nouveau la puissance physique, imaginaire et symbolique de l’eau. Il rappelle que le mot grec cosmos signifie bon ordre, agencement harmonieux, opposé de chaos. « En qualifiant l’ensemble de ce qu’est le cosmos, les philosophes de la Grèce ancienne exprimaient une conception du tout, qui, composée d’éléments bigarrés, n’en constituait pas moins une harmonie dans la mesure où chaque élément y occupait la place qui lui revenait. » 
Pour la science actuelle, l’agencement spontané du monde, dit-il « n’a plus de valeur morale ». Ce n’est qu’une résultante factuelle « des lois » de la physique.
La nature est devenue une ressource et nous ne nous considérons presque plus comme en faisant partie. 

Aujourd’hui il est clair que nous dansons sur un volcan, tel que le disait Narcisse-Achille de Salvandy (2), peu avant la révolution de 1830, en parlant de la société superficielle de l’époque, notamment la bourgeoisie indolente qui dansait dans les salons. Elle ne percevait pas, dans son insouciance, les mouvements sociaux qui allaient faire irruption.

Cette année, le bilan des incendies, déjà pour la France est hors norme. Presque 60.000 hectares ont déjà  brûlé en 2022. Les terribles incendies de cet été, ainsi qu’une sècheresse inégalée, nous rappellent nos manquements aux lois qui nous permettent de nous respecter et de respecter la nature. 
Aux effets de nos propres insouciances individuelles et collectives concernant le dérèglement climatique et ses conséquences, s’ajoute depuis six mois en Europe, le désordre provoqué par la guerre à nos portes. La transgression des lois de l’humain est évidente. 

Pour un grand nombre d’entre nous, un dilemme pourra se poser en cette rentrée : faut-il se préoccuper plutôt des fins de mois ou de la fin du monde ou d’un monde ? Mais si nous voulons aspirer à une nouvelle civilisation qui tienne compte de la dimension humaine et de l’harmonie avec la nature, nous ne pouvons plus nous considérer seulement comme des consommateurs, mais comme des citoyens qui renouent un dialogue avec la nature et leurs contemporains. 
En même temps, l’éco-anxiété qui touche aujourd’hui la majeure partie de notre jeunesse, doublée d’une crainte vis-à-vis de l’avenir, incite un bon nombre d’entre elle à s’engager dans des projets de volontariat et dans des actions concrètes, même si parfois ils peuvent sembler une goutte d’eau. Ces petits engagements au quotidien engendrent des courants d’action et de pensée vers de nouvelles destinées. 

Tous ces éléments catastrophiques sont peut-être une opportunité de réapprendre à utiliser la liberté pour construire notre avenir, c’est-à-dire, nous assurer une destinée. Liberté et destinée sont indissociables. Grâce à la liberté, nous faisons des choix en conscience, ce qui nous permet d’évoluer et devenir meilleurs. 
Mais, nous avons oublié depuis des décennies que la liberté a toujours un prix à payer. Notre insouciance pour gagner plus de confort et d’avantages, sans nous soucier du prix à payer pour notre propre sécurité, qu’elle soit au niveau climatique ou pour assurer la paix, a conduit une grande majorité d’entre nous à se replier paradoxalement dans l’individualisme, incapables de ressentir de la solidarité et le lien à autrui. Cette situation peut amener à se réfugier dans la survie, plutôt qu’à développer un enthousiasme créateur de nouvelles perspectives.  

Le destin se conquiert, il ne faut pas le confondre avec le fatalisme mais avec la détermination de ceux qui croient en quelque chose de supérieur à eux-mêmes, à des valeurs qui libèrent l’homme de sa propre petitesse. Pour réussir et profiter de cette opportunité, il convient de faire comme les Anciens, d’accepter de se conquérir soi-même et de se relier à autrui à travers le meilleur de chacun. C’est l’unité et l’harmonie du genre humain qui sont en jeu. 

(1) Auteur de Réparer l’eau, Éditions Stock, 2021, 200 pages
(2) Homme politique et écrivain français (1795-1856). Il aurait prononcé ces mots à l’occasion d’une fête regroupant quatre mille invités, donnée le 31 mai 1830 par le duc d’Orleans, frère du roi Charles X, en l’honneur du roi de Naples en visite à Paris
par Fernand SCHWARZ
Fondateur de Nouvelle Acropole France
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