Éducation

Mon village sous l’occupation allemande (3)

Ce troisième épisode de « Mon village sous l’occupation allemande », la rubrique « Raconte Grand-mère », raconte l’occupation allemande et comment la maison dans laquelle a habité l’auteur étant enfant, a servi à héberger un officier allemand.

Mon père trouva du travail à Blois, dans le Loir-et-Cher. Il revenait quand il pouvait à la maison. Il lui est arrivé, quand il n’y avait pas de train, de faire à bicyclette les presque cent kilomètres que cela représente, ce qui n’était pas sans danger. Il prenait les petites routes pour éviter les déplacements des troupes allemandes.

Les Allemands occupent le village

Le bruit courait que les avions allemands lorsqu’ils passaient au-dessus d’un village laissaient tomber des bonbons empoisonnés. On disait aux enfants, s’ils en trouvaient, de ne surtout pas les manger mais des les apporter à leurs parents. 

Le soir, c’est le couvre-feu. Lorsqu’il fait nuit, on calfeutre les fenêtres. Aucune lumière ne doit filtrer, pour que les avions ne puissent pas repérer les lieux habités et les bombarder mais aussi pour qu’on ne puisse pas faire de signaux lumineux aux résistants censés être dans les parages, sans qu’on sache où, dans les bois environnants. 

Les résistants

Des bruits souterrains couraient, auxquels nous n’entendions pas grand-chose, nous les petits. On apprenait un matin, en écoutant les nouvelles que partageaient à demi-mot les adultes quand ils se rencontraient et dont nous ne comprenions pas la portée, que des résistants, parachutés dans la nuit, dans les bois, en provenance d’Angleterre, avaient été pris par les Allemands ou, au contraire, qu’ils étaient sains et saufs. 

Un vieux grand-père, qu’on appelait le père Jaffret, venait, de temps à autre, voir ma mère à qui il parlait, hors de notre présence. 

Il y avait, dans notre jardin potager, peu visible, un petit escalier métallique qui permettait d’accéder à une petite pièce nichée dans l’angle entre le mur qui isolait le jardin en contrebas de la rue et celui de la maison. J’ai su, des années plus tard, que le père Jaffret venait demander à ma mère si elle pouvait y loger un résistant pour la nuit, en attendant qu’on le conduise le lendemain dans le groupe de résistants qu’il devait rejoindre. 

Un officier allemand à la maison

Il y avait dans notre maison, au premier étage, une chambre fermée à clef, dans laquelle la propriétaire avait mis ses propres affaires, lorsqu’elle l’avait louée à mes parents. Cette pièce était pour nous, les enfants, un mystère : un peu inquiétante parce qu’interdite comme dans le conte de Barbe-bleue mais aussi attirante qu’une caverne d’Ali-Baba.  

Un jour, des hommes sont venus inspecter la maison comme ils le faisaient dans tout le village, pour voir si on pouvait y loger un officier allemand. Mon père a dû ouvrir la chambre interdite et ils ont décidé de la réquisitionner. Mes frères et moi avons alors réussi à y jeter un coup d’œil rapide sans pouvoir cependant y entrer. Elle était pleine de meubles, de tapis, de bibelots et d’objets, pour nous plus riches et magnifiques les uns que les autres. D’autres hommes sont venus pour l’aménager et la rendre habitable. 

Quelques jours plus tard, arrive un officier allemand, qui porte non pas un calot comme les simples soldats mais une sorte de casquette. Il s’installe dans la chambre, qu’il quitte le matin pour y rentrer le soir. Très discret, il n’est pas encombrant. Il est poli et aimable avec ma mère, très réservée avec lui et dont je sens la gêne et la réticence.

Nous, les petits, sommes perplexes en ce qui le concerne. Il est gentil : un jour, contrairement à ses habitudes, il est venu dans la cuisine  pour nous apporter deux poires, fruits peu courants pour nous. Mais nous savons aussi qu’il fait partie des ennemis. On nous a demandé d’être poli avec lui mais de ne pas lui parler. 

Aménagement de la cave

Un jour, mon père nous annonce que nous allons aménager la cave pour pouvoir nous y réfugier et y dormir en cas de besoin. En effet, on craint des bombardements et c’est la solution toute trouvée partout en France pour se mettre à l’abri. À l’époque, en effet, toutes les maisons ou presque ont une cave. Nous savons qu’en cas de bombardements imminents, une sirène prévient du danger. Mon frère aîné et moi, qui avons 7 et 6 ans et demi et ne nous rendons absolument pas compte de ce qu’est un bombardement, sommes enthousiastes. Quelle magnifique aventure, coucher dans la cave ! Nous participons avec ardeur à l’aménagement : on range la cave, on y descend des matelas et des couvertures, de l’eau, des provisions… Et nous attendons avec impatience le premier bombardement ! Lorsque, une fois tout danger passé, après la libération, mon père nous annonce que nous allons tout remettre en état et déménager la cave, nous sommes désolés… Jamais nous n’y sommes descendus, jamais nous n’y avons couché…

par Marie-Françoise Touret
Formatrice de Nouvelle Acropole Paris V
© Nouvelle Acropole

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