Michel-Ange, sculpteur, peintre, poète, de l’infini. L’histoire du bâton de sagesse 

Parler de titans, comme Michel-Ange, alors que nous sommes de simples mortels, est un exercice de style périlleux face à la petitesse que nous pouvons ressentir au pied de tels géants.

Michel-Ange (1465-1564), apparaît dans l’histoire sous les traits d’un homme. Pourtant sa vie est bien l’œuvre d’un enfant de Gaïa et d’Ouranos (1). Reconnu par ses contemporains et ses biographes, comme porteur de ce sang mythologique, son empreinte partage celles de treize papes, quatre empereurs du Saint-Empire romain germanique et sept rois de France. Chacune de ses sculptures et peintures croisent les pas de ses souverains. La plupart, frôlent le chef d’œuvre et certaines inclassables, innommables, étreignent la perfection divine. Pour la valeur de cette haute réalisation, il est baptisé par tous, « Il Divino ». Un « titan divin », voilà la personne à laquelle ses lignes sont adressées, la tâche n’est pas simple.

Michel-Ange, l’escalade d’une montagne inaccessible ?

Un homme qui vécut quatre-vingt-neuf ans, alors qu’à son époque on mourrait à quarante ans, et qui sans relâche, jusqu’au dernier souffle de sa vie, fait entendre la frappe surnaturelle de son marteau ; une semaine avant de rejoindre ce Dieu qu’il a toujours cherché, « Il Divino » martèle avec l’assurance d’un maître non égalé, quasiment aveugle, le marbre de sa dernière sculpture, la Piéta Rondanini (2).

 

Évoquer un tel homme, c’est oser escalader une montagne dont le sommet semble inaccessible. C’est se trouver devant un Éverest, dont on se demande par quelle face débuter l’ascension. Sur la première, il y a Bacchus qui du haut de ses vingt-deux printemps provoque la perfidie du pape Borgia, Alexandre VI, et la vénalité de sa cour pontificale ; sur la deuxième, il y a la Piéta, Mater Dolorosa qu’il dépose à la basilique de Rome à vingt-quatre ans. Au-delà du talent que celle-ci révèle, il est inscrit dans le marbre, le caractère d’une âme trempée au fil de l’épée, sûre du destin qui l’attend. Pour taire tous les doutes suspicieux sur la paternité juvénile d’une telle perfection, le jeune maître, au péril de sa vie, grave sur le ruban qui enlace la Vierge, « Michel-Ange Buonarroti, Florentin, l’a fait ». Conscient du risque encouru par une telle insoumission, il ne signera plus aucune œuvre de sa vie. Peu importe, il sait qu’il a réussi, dorénavant, il n’aura plus besoin de graver son nom dans la pierre car il vient de le graver dans l’Histoire.

Avançons sur le chemin qui conduit vers les hauteurs. Sur la troisième face, trône David seigneur de Florence, sorti d’un bloc de marbre cyclopéen laissé à l’abandon dans le fond de la cathédrale depuis plus de vingt ans. Aucun de ses pairs n’en voulait, le considérant incapable de recevoir le moindre coup de poinçon (3). Michel-Ange, homme de vingt-six ans, mû par une intuition révélatrice des êtres d’exceptions, décèle la disgrâce du bloc de Carrare. Il en décrypte le langage, à la lecture de ses veines et à la connaissance de leur secret, tel Alexandre amadoue Bucéphale (4), il apprivoise l’indomptable ; rassuré par l’œil du génie, le géant de huit tonnes accepte d’être caressé, « Je vois l’ange dans le marbre et je sculpte jusqu’à ce que je le libère ». De leur communion, naîtra le seigneurial, le colossal David et depuis, du haut de ses cinq mètres dix-sept, tous deux veillent sur la capitale des arts, « David avec sa fronde et moi avec mon arc ».

Botticelli et Léonard de Vinci, de trente ans et vingt-trois ans son aîné, s’inclinent au regard d’une telle beauté, mais aussi devant le risque encouru par le jeune sculpteur face au bloc de marbre inapprivoisable. Impressionnés par une telle prouesse, ils demandent aux autorités de la ville, que David et par voie de conséquence son auteur, occupent une place d’honneur à Florence. Les grands maîtres du moment sont écoutés, l’emplacement initial est reconsidéré, David siègera sur la place de la Seigneurie, à l’entrée du palais officiel de la ville, le Pallazzo Vecchio (5). Consacré par les grands, l’enfant de Caprese sort de l’histoire pour entrer de son vivant dans la légende.

« Moïse », une traversée du désert de quarante ans

Sur la quatrième face de la montagne à gravir, est écrit une épopée de quarante ans : l’inimaginable aventure d’un tombeau, aux cinq papes, aux quatre contrats, aux six projets, celui du pape Jules II, dit « Jules César II » ou « Le terrible ». Le tombeau met en scène Moïse, non en chair mais en marbre, rendu presque vivant par les mains habiles et le cœur vaillant de son créateur. Il lui manque que la parole : « Parle, sacré nom de Dieu, parle ! » s’acharne à demander « le titan » au prophète. Sculpté, poli, resculpté, repoli, Moïse s’installe à la basilique Saint-Pierre-aux-Liens en 1545 (6). Là, prêt à se lever, il nous accueille. Souverain dans sa position, son regard d’autorité livre une histoire ; elle nous raconte une odyssée, la traversée de quarante ans que fut la sienne et le périple de ses compagnons de route : les statues inachevées, l’esclave mourant et l’esclave rebelle, les sculptures de Rachel et Léa », personnifications de la foi et de la charité. Mais surtout elles désignent, l’alliance de la vie contemplative et de la vie active, les deux piliers de la réflexion philosophique et artistique de Michel-Ange, auxquelles il fut éduqué dès sa jeunesse.

Michel-Ange, Vie active et vie contemplative

Toute sa vie, le « titan-divin » ne cessera de s’interroger sur la richesse des entrelacs de la vie active et de la vie contemplative, symbole d’une herméneutique (7) retrouvée à la Renaissance. Il fait leur découverte au sein d’un palais qui l’accueille à quatorze ans, le palais des Médicis. Les conversations entendues sur le sujet, entre son père adoptif, Laurent de Médicis, et le médecin de la famille, Marcil Ficin, attisent son esprit d’adolescent. Considéré comme un enfant de la famille, il partage avec sa nouvelle fratrie, pendant cinq années (1489-1494), les leçons de deux grands humanistes de la Renaissance, conseillers et amis de Laurent le Magnifique : le poète, Le Politien et le prince de la Concorde, Pic de la Mirandole. Nourri au savoir de l’antique, il s’abreuve à la source de la philosophie platonicienne et de la tradition hébraïque (Kabbale, Midrash, Talmud). En 1494, la mort voile son cœur, ses pères nourriciers, Laurent, Le Politien, Pic de la Mirandole, ne sont plus ; et les prêches du moine Savonarole le pétrifient, son sang se glace dès qu’il les entend. La capitale des arts va connaître son bûcher des vanités (8). Cette ville n’est plus la sienne. Il doit partir. Son destin l’appelle.

À dix-neuf ans, éveillé à l’Idéal de la Renaissance et celui du gentilhomme, il quitte la cité au lys rouge (9). Il s’en va sur la route sans un florin ; seules, la vie contemplative et la vie active l’accompagnent. Pour marcher avec lui, elles s’enroulent comme deux serpents autour d’un bâton ordonnateur, construit patiemment aux côtés des maîtres florentins. Enlacées autour de cet axe, elles forment un caducée de sagesse. Il devient son bâton de marche. Jamais il ne cessera de s’appuyer dessus ; dans sa quatre-vingt-neuvième année il l’accompagne toujours : il l’a mené au sommet de la montagne.

Michel-Ange et La Chapelle Sixtine

Continuons l’ascension, nous voici revenus sur la première face, une spirale plus haut, pour regarder le monde depuis la chapelle Sixtine où durant quatre années de 1508-1512, allongé à se tordre le coup sur un échafaudage construit de ses propres mains, qui prouve son savoir-faire d’ingénieur-bâtisseur, il accepte son sort : « Je me trouve ici en un lieu qui ne me convient pas, et je ne suis pas peintre ». « À travailler tordu, j’ai attrapé un goître, […], j’ai le ventre, à force, collé au menton. Ma barbe pointe vers le ciel, je sens ma nuque sur mon dos, j’ai une poitrine de harpie, et la peinture qui dégouline sans cesse sur mon visage en fait un riche pavement […] ». Une fois la fresque monumentale accomplie, démontré  soit demonté, l’échafaudage et les plans sont détruits, comme pour empêcher à tout homme de s’en approcher de plus près. Voulait-il interdire la vue de certains détails ? Ici à Rome, « Le sang du Christ se trafique à pleines mains » écrit-il (10). Toujours est-il, là-haut, perché à 20 mètres du sol, seul, plongé dans sa solitude, il tend le doigt vers Dieu. L’ordre du pape Jules II est exaucé (11). Sur une voute en berceau de mille mètres carrés, une œuvre titanesque a vu le jour, un miracle est né : ce qui ne pouvait être réalisé a été réalisé. Cette fois-ci, plus la peine de dire :« Michel-Ange Buonarroti, Florentin, l’a fait », tout le monde le sait…

Michel-Ange, vingt et un ans de vie productive

Poursuivons notre marche vers ce sommet qui commence à se confondre avec le ciel, un travail de vingt et un ans l’attend (1513-1534), le pendant de la Chapelle Sixtine mais à Florence, la Sixtine de pierre, la chapelle des Médicis, et la bibliothèque du même nom, qui révèle son talent d’architecte. L’ensemble est commandité par son frère et son cousin adoptifs, les papes Léon X (Jean de Médicis, fils de Laurent) et Clément VII (Jules de Médicis, fils de Julien, le frère de Laurent) ; fâché, épuisé, sa tête mise à prix (12), il ne satisfera jamais la troisième commande, la façade de l’église San Lorenzo.

Puis, comme dans toute escalade, nous voici plongés dans la tourmente de l’ascension, l’année noire, celle de la dépression, 1532. Averti et touché par une telle tristesse, Clément VII, fait preuve de mansuétude, il pardonne au maître sa rébellion florentine contre les membres de sa famille, et le rappelle à Rome pour lui offrir santé et protection. Entre les orages, une nouvelle lumière resplendit : sculpté, sur les nuages de la ville éternelle, apparaît l’amour de sa vie, Tommaso dei Cavalieri, plus connu sous le nom de « Génie de la victoire » (13). Aux côtés de son inspirateur, décidé à ne plus faillir, il installe définitivement son camp de base près du Capitole, sur la colline du Janicule (1534), et ainsi, chaque jour, il peut nourrir son émerveillement devant le Torse du Belvédère et Le Laocoon (14), ce qu’il fera jusqu’à sa mort (1564).

Michel-Ange, encore quinze ans d’œuvres

Pendant quinze ans (1534-1549), apaisé par la vie au camp de base, il continue à gravir ce sommet qui lui ouvre le ciel vers un infini. Toutes ces années, il satisfait les demandes du pape Paul III. Vingt-quatre ans après l’avoir quitté, il retourne à la Chapelle Sixtine (1536-1541), accomplit avec ses pinceaux, mais surtout avec la puissance de ses idées et la délivrance de sa passion pour le très haut, une fresque qui nous terrasse, celle du Jugement dernier ; puis, il se rend à la chapelle Pauline, il y exécute deux autres fresques, La conversion de Saint-Paul et Le martyre de Saint-Pierre, en même temps il revoit les plans du dôme de la basilique papale, laissés par Bramante et Raphaël (15).

Près de la fin de l’ascension, jamais lassé d’avancer vers cette perfection qui l’aspire au sommet de lui-même, « Seigneur, accordez-moi la grâce de toujours désirer plus que je ne peux accomplir », viennent les dernières années (1550-1564). « […] Peindre et sculpter n’ont plus le pouvoir d’apaiser mon âme, orientée vers ce divin amour qui, pour nous prendre, sur la Croix ouvrit les bras » (16).

De la « Piéta » de la jeunesse à la « Piéta » de sa vieillesse

Il est l’heure de relier, l’alpha et l’oméga de sa vie, la Piéta de sa jeunesse et la Piéta de sa vieillesse, soixante-cinq années les séparent. L’une ne va pas sans l’autre. La première, réalisée à vingt-quatre ans avec les yeux du corps, signe la perfection dans le monde sensible ; la deuxième, la Piéta Rondanini, sculptée à quatre-vingt-neuf ans, avec les yeux de l’âme, effectuée presque aveugle, signe l’aboutissement de toute une vie, le retournement d’un regard.
Le chemin parcouru pour aller de l’une à l’autre est le fruit d’une grande ascèse, d’une simplicité trouvée grâce à une synthèse opérée en lui, il n’y a plus rien à ajouter car ce qui devait être enlevé a été enlevé. Il voit de l’intérieur.

La quête de Michel-Ange, l’insaisissable grandeur de Dieu, trouve-t-elle sa réponse dans une abstraction totale, une absence de tout support, un non finito, l’écoute d’un infini en soi ? La Piéta Rondanini en signe le témoignage et les poèmes du maître la confirmation ! « […] Je sers pour l’amour de Dieu dans lequel j’ai mis toute mon espérance ». « Ah Seigneur ! dans mes heures dernières, tends vers moi tes bras cléments ; enlève-moi à moi-même, et fais de moi un être qui te soit agréable. » Michel-Ange ; Madrigal LIV (1540).

Qui est cet homme qui a glorifié son art avec tant de piété ? Un titan de la sculpture et de la peinture retient l’histoire. Oui, mais entremêlé dans les outils du sculpteur et la palette du peintre, vit l’âme d’un immense poète (17), celui qui avant toute chose, a toujours cherché Dieu et voulu le servir, « Je vis et j’aime dans la lumière particulière de Dieu ».

Merci pour toujours, Monsieur Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni, « Il Divino », vous qui avez su sculpter, peindre, édifier, écrire, un indicible que la Nature a logé en nous. Votre amour du Vrai, du Beau vous y a conduit, il a pour vous le visage de Dieu et pour nous l’appel d’un infini…

(1) Gaïa et Ouranos sont les parents des titans dans la mythologie grecque
(2) Dernière œuvre réalisée par Michel-Ange. On sait par une lettre de Daniela da Volterra qu’il y travaillait, presque aveugle, encore six jours avant sa mort. Elle est interprétée à la lumière de la crise spirituelle qu’il traversa pendant les dernières années de sa vie, souhaitant « renoncer complètement au monde et reporter toutes ses pensées à Dieu ». Œuvre exposée au Musée Rondanini à Milan
(3) Agostino di Duccio en 1464 et Antonio Rossellino en 1476 ont essayé de sculpter le bloc de marbre mais se sont ravisés
(4) Cheval qu’Alexandre le Grand réussit à dresser à l’âge de douze ans
(5) En juin 1504, une commission (Botticelli, de Léonard de Vinci, de Filipino Lippi…) statue que l’emplacement du colosse ne doit pas être face à la cathédrale comme prévu initialement, mais sur la place publique, devant le palais de la Seigneurie et remplacer Judith de Donatello
(6) Elle abrite la version définitive du tombeau de Jules II, qui y exerça sa charge de cardinal en tant que cardinal Giuliano della Rovere
(7) Désigne la réflexion philosophique interprétative, des mythes et des symboles et des textes classiques antiques et d’une culture
(8) Jérôme Savonarole (1452-1498), pendu et brûlé à Florence le 23 mai 1498, frère dominicain, qui institua et dirigea la dictature théocratique de Florence de 1494 à 1498 et le bûcher des vanités le 7 février 1497
(9) Nom littéraire de Florence
(10) Dans le dos du prophète Zacharie, représentant le pape Jules II, un ange fait un geste non recommandable (doigt d’honneur à l’époque de la Renaissance), geste, non visible vingt mètres plus bas
(11) L’histoire entre Michel-Ange et Giuliano della Rovere (1443-1513), pape Jules II (1503-1513), est l’histoire d’un « je t’aime moi non plus », qui valut à Michel-Ange, à la fois un affront et un honneur, celui de peindre le plafond de la Chapelle Sixtine
(12) Après le sac de Rome (6 mai 1527), la jeunesse Florentine se rebelle (1529-1530) contre les descendants de Laurent de Médicis. Michel-Ange y participe, sa tête est mise à prix
(13) Sculpture (1532-1534) relatant cette rencontre avec Tommaso dei Cavalieri appelé aussi « L’homme âgé prisonnier »
(14) Le 14 janvier 1506 sont découverts un torse fragmentaire (marbre grec du 1er siècle av. J.-C.) appelé Torse du Belvédère, et le Groupe Laocoon, copie romaine en marbre (1er siècle après J.-C.), d’une sculpture grecque antique en bronze. Michel-Ange sera fasciné par ces deux sculptures et s’en inspirera toute sa vie
(15) 18 avril 1506 : Le pape Jules II, pose la première pierre de la basilique Saint-Pierre de Rome au Vatican. Bramante, Raphaël, Michel-Ange entre autres, participent à la construction du plus grand temple chrétien. C’est Le Bernin qui achève l’édifice en 1666
(16) Extrait du Sonnet envoyé à Vasari 1560
(17) Michel-Ange a écrit plus de trois cents poèmes, sous la forme de madrigal et de sonnet
Bibliographie
. Michel-Ange le corps et l’âme, Figaro magazine hors-série octobre -novembre 2020
. Les secrets de la chapelle Sixtine, B. Blech et R. Doliner, Éditions Michel Lafon 2008
. Les premiers Médicis, D. Beresniack, Éditions Detrad 1984
. Histoire pour tous : https://www.histoire-pour-tous.fr/arts/4012-le-david-michel-ange.html

Sonnet de Michel-Ange N° XXVII à Tommaso Cavalieri

Grâce au feu seul le forgeron courbe le fer
Selon qu’il a conçu son cher et bel ouvrage,
Et sans feu nul orfèvre ne portera l’or
Au suprême degré de son raffinement.

L’unique phénix, de même, ne ressuscite
Qu’après avoir brûlé ; si je meurs en brûlant,
J’espère resurgir plus radieux parmi
Ceux que le temps épargne et que la mort grandit.

C’est merveille, le feu dont je parle, qu’il soit
Prêt à me rénover, logé encore en moi
Qu’il faut presque ranger, déjà, parmi les morts.

Si par nature il monte au Ciel, où est sa sphère,
Et qu’il me voit en feu mêmement converti,
Comment laisserait-il de m’y prendre avec lui ?

 

Sonnet de Michel-Ange sur la Chapelle Sixtine

À travailler tordu, j’ai attrapé un goître
comme l’eau en procure aux chats de Lombardie
(à moins que ce ne soit de quelque autre pays)
et j’ai le ventre, à force, collé au menton.

Ma barbe pointe vers le ciel, je sens ma nuque
sur mon dos, j’ai une poitrine de harpie,
et la peinture qui dégouline sans cesse
sur mon visage en fait un riche pavement.

Mes lombes sont allées se fourrer dans ma panse
faisant par contrepoids de mon cul une croupe
chevaline et je déambule à l’aveuglette.

J’ai par-devant l’écorce qui va s’allongeant
alors que par derrière elle se ratatine
et je suis recourbé comme un arc de Syrie.

Enfin les jugements que porte mon esprit
me viennent fallacieux et gauchis : quand on use
d’une sarbacane tordue, on tire mal.

Cette charogne de peinture
défends-là, Giovanni, et défends mon honneur :
suis-je en bonne posture ici et suis-je peintre ?

 

Par Olivier LARRÈGLE
Directeur de Nouvelle Acropole de Biarritz
© Nouvelle Acropole

 

  • Le 23 mai 2021
  • Art