Melpomène, la muse de la tragédie L’existence est-elle une tragédie ?

Melpomène est la muse de la tragédie, inspiratrice des artistes. Au-delà de cet art, elle représente la tragédie de l’existence, celle qui inspire de nombreuses vicissitudes au lieu de nous inspirer confiance et sagesse.

Melpomène est la muse de la tragédie, inspiratrice des artistes. Elle représente la tragédie de l’existence.

Melpomène est la muse de la tragédie, inspiratrice des artistes. Elle représente la tragédie de l’existence.

Aujourd’hui, j’ai vu Melpomène, muse de la tragédie, inspiratrice des artistes tout au long de l’Histoire, aimée et crainte, image accusatrice de la vie.

Je l’ai vue comme on nous l’a toujours dépeinte, avec sa longue tunique tombant à ses pieds, avec son visage sévère et impassible, avec son sceptre, son poignard et le masque tragique à la main. Le sceptre faisait d’elle la reine absolue de l’existence, la maîtresse des destins qui, à un degré plus ou moins important, colore tous les événements de la vie. Le masque, au terrible rictus, rappelait les innombrables fois où nous, tous les humains, avons contrefait nos propres visages, gouvernés par la douleur ; il y avait dans ce masque une extraordinaire conjonction, où étaient totalisés tous les yeux, tous les regards, toutes les expressions de tous les hommes… Et la conjonction parlait, comme toujours, de douleur… Et le poignard… était du moins la promesse de pouvoir en finir avec les ombres, avec les mensonges et la souffrance obligée ; dans les mains de Melpomène, le poignard était plus doux et prometteur que le masque et le sceptre de puissante tragédienne.

Mais les visions de ce monde sont instables, et se ternissent comme des miroirs de mauvaise qualité… La vie elle-même, l’essence même de Melpomène, nous fait perdre de la clarté dans les images. Et c’est ainsi que ma première vision de la muse se transforma, jusqu’à se centrer complètement sur le masque prodigieux qu’elle portait dans la main.

Un masque inquisiteur

Le masque, un visage inquisiteur.

Le masque, un visage inquisiteur.

 Les anciens auraient parlé de magie, je parle tout juste de ce que j’ai vu. Ce qui est certain est que le masque se mit en mouvement sous mes yeux et cessa d’être la couverture vide qui associait tous les hommes.
Ce fut, soudain, un visage de plus parmi les visages, animé de vie, et circulant parmi les nombreux visages qui circulent à travers les nombreuses rues d’une ville populeuse.

Mais ce masque était un visage inquisiteur ; ses yeux, en réalité, ne cessaient jamais de paraître vides et creux, et à partir de cette vacuité ils demandaient sans parler : pourquoi ? Et tous les hommes baissaient les yeux, et tous les passants se détournaient vers d’autres lieux, pour ne pas rencontrer les yeux muets de la question muette, parce que chacun des humains se sentait incapable de répondre au pourquoi. Sa bouche (celle du masque) affichait un sourire tragique car il n’aurait pu être autrement ; et ce sourire était une moquerie pour chaque être, une moquerie de lui-même, de son incapacité, de ses rêves irréalisés, de ses peurs et de ses doutes… Et tous se détournaient pour éviter le sourire, sans pouvoir l’éviter, parce que dès lors, tous commencèrent à sourire de la même manière au fond de leur âme…
J’attendis, comme j’attends toujours, que la vision de Melpomène se soit éloignée, parmi les péplums et les étranges sons du passé. Et l’attente ne fut pas vaine. Melpomène s’évanouit parmi les ombres de son monde céleste, mais m’a laissé une image qui ne s’efface plus… Elle me laissa le masque vivant, la Tragédie de la Vie.

Le masque de la Tragédie de l’existence

Aujourd’hui, j’ai vu la muse de la tragédie, mais dorénavant, je ne pourrai cesser de voir la constante tragédie de l’existence. Aujourd’hui, j’ai vu Melpomène et j’ai compris que son image n’était que la concrétisation des nombreuses vicissitudes qu’il nous incombe de vivre.
Aujourd’hui, j’ai su que son masque n’est pas une décoration, n’est pas un simple attribut. Son masque est un miroir où se reflètent les visages crispés par la tragédie, masque qui accuse parce qu’il montre exactement ce que nous sommes… Et j’ai su aujourd’hui qu’il n’y a qu’une seule voie pour que le visage de l’Humanité change d’expression : percer le mystère de la vie et de sa tragédie, changer le doute pour la certitude de la foi, et la douleur de l’ignorance par le sourire de la sagesse.

Par Délia STEINBERG GUZMAN
Traduit de l’espagnol par Marie-Françoise Touret
N.D.L.R. : Le titre, le chapeau et les intertitres ont été rajoutés par la rédaction