L’interdépendance dans la nature, la forêt amazonienne ne pourrait survivre sans le Sahara

Représentant à elle seule environ la moitié des forêts tropicales de la planète, l’Amazonie est un écosystème important pour la régulation de toute la Terre. Et pourtant, son équilibre dépendrait de la poussière du désert !

Sans les poussières venues d’Afrique, le lessivage des sols viderait le réservoir amazonien de phosphore en l’espace de quelques siècles voire en quelques décennies.
Le premier auteur de ce travail, Hongbin Yu, chercheur à l’université du Maryland et à la NASA, souligne à quel point la poussière « est une composante essentielle du système Terre. La poussière a un effet sur le climat et, à l’inverse, le changement climatique aura un effet sur la poussière. »
Chaque année 27,7 millions de tonnes de sable sont transportées par les vents depuis le Sahara jusqu’en Amazonie, en traversant l’Océan Atlantique. Sur cette quantité, 22.000 tonnes de nutriments équilibreraient les pertes dues au ruissellement des pluies sur les sols de cette région d’Amérique du Sud.
Pour obtenir ces chiffres, les équipes de l’université du Maryland, en partenariat avec le Goddard Space Flight Center de la NASA, se sont basées sur des données collectées par le satellite CALIPSO entre 2007 et 2013.

Ce que le vent transporte, ce sont des éléments arrachés aux squelettes des poissons et aux algues qui ont habité pendant des millénaires les eaux d’un lac poissonneux immense, le méga-lac Tchad, qui recouvrait tout le centre du Sahara. Ces résidus sont constitués d’apatite, des composés phosphorés. Très légers, une partie de ces aérosols traversent l’Océan atlantique pour se déposer sur le massif amazonien, à raison de 29 kg par hectare, et le phosphate est essentiel pour la croissance des végétaux. Qu’on soit arbre ou humain, champignon ou escargot, rien n’est possible sans phosphore.

Au passage, l’océan profite aussi de cette manne : la production de plancton est stimulée par le phosphore et le fer contenus dans les poussières du désert. Celles-ci jouent donc un rôle majeur dans le pompage du CO2 atmosphérique, car le phytoplancton, comme les végétaux de la forêt tropicale, s’en nourrit pour fabriquer sa propre matière organique.

Que se passerait-il en cas de changement dans le régime des vents ou de l’épuisement des sédiments sahariens ?

Ainsi, si deux écosystèmes aussi opposés que sont le désert du Sahara et la Forêt amazonienne sont en interdépendance, malgré des milliers de kilomètres qui les séparent, il semble évident que d’autres éco-systèmes jouent ailleurs le même rôle et qu’en touchant à l’un, l’autre en subisse des conséquences positives comme négatives. Et il paraît également logique que l’homme, contrairement à ce que la civilisation industrielle a voulu montrer, soit lui aussi en étroite interdépendance avec la Nature et que le sort de l’un soit lié à celui de l’autre.

Par Michèle MORIZE
Lire sur Internet :
Futura sciences :
https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/environnement-sable-sahara-fertilise-foret-amazonienne-57312/
Le monde.fr passeur de Science Pierre Barthelemy

L’Amazonie fertilisée par… la poussière du Sahara


Science et Vie (Octobre 2018)
https://www.science-et-vie.com/archives/biogeochimie-la-foret-amazonienne-tire-sa-richesse-du-sahara-39798
https://www.youtube.com/watch?v=LmSbgNNjF3U