L’enfant, « spontanément philosophe ? »

La philosophie n’est pas réservée aux adultes. Elle commence à se pratiquer auprès des enfants. La philosophie leur permettrait-elle à comprendre et à apprendre à vivre ?

Existe-t-il un âge pour commencer à philosopher ? Les questionnements philosophiques sont autant de sujets fondamentaux qui concernent également les enfants et les questionnent dès le plus jeune âge.

Philosopher avec des enfants permet, outre le fait de développer leur pensée critique, de démocratiser cette pratique souvent perçue comme élitiste. En effet, loin de l’être, la philosophie appartient à tous car elle concerne des sujets propres à l’humanité toute entière. En ce sens, tout le monde peut faire de la philosophie, y compris les enfants. Pour certains, l’enfant est même « spontanément philosophe » (1). C’est tout naturellement qu’il s’interroge et interroge autrui sur des questions telles que la mort, le sens de la vie, la religion, le bonheur, l’amitié… Toutes ces questions témoignent d’une quête de sens que la réflexion philosophique peut tenter de combler. En accompagnant l’enfant, en le poussant à prendre de la distance avec l’émotion ressentie pour en faire un objet de pensée, l’adulte peut l’amener à construire des raisonnements philosophiques qui lui serviront à penser le monde dans lequel il vit. Car philosopher, c’est apprendre à comprendre mais aussi et surtout apprendre à vivre.

Aider l’enfant à philosopher : les discussions à visée philosophique

Sous l’impulsion des travaux du philosophe Mathew Lipman aux États-Unis dans les années 1970, de nombreux ateliers philosophiques à destination des enfants se sont développés à travers le monde. Reposant sur le principe de la « discussion à visée philosophique » (2), ces ateliers permettent aux enfants de mettre à distance et de problématiser des questionnements philosophiques par le biais d’ouvrages littéraires. La littérature permettrait de fait d’entrer dans une certaine réflexivité et de donner sens et intelligibilité aux questions qu’ils peuvent se poser. L’un des grands apports en France de la philosophie auprès d’enfants a été réalisé par Edwige Chirouter, qui a effectué de nombreuses expériences de pratiques philosophiques à partir d’ouvrages littéraires en milieu scolaire. Ses conclusions sont formelles : si l’étayage de l’adulte le permet, les enfants âgés de 8 à 11 ans peuvent tout à fait être capables de construire une lecture spécifiquement philosophique de ces textes littéraires.

Ainsi, enfance et philosophie sont bien compatibles. Mais, bien entendu, la pratique et l’entraînement sont nécessaires pour amener l’enfant à construire progressivement une pensée réflexive et philosophique. Ces discussions doivent ainsi être encadrées par un adulte disposant d’un bagage philosophique mais également de deux compétences : savoir mener un débat et savoir « faire philosopher ». En effet, amener la réflexion philosophique s’apprend. Tout comme Socrate avec ses dialogues menait une activité maïeutique, cet adulte guide doit amener l’enfant à approfondir sa pensée, l’exprimer, la préciser, l’éclaircir et lui permettre de prendre le recul nécessaire pour trouver les réponses à ses questions. L’étayage de l’adulte est ainsi primordial et ce dernier doit sans cesse permettre à l’enfant de ne pas perdre de vue la problématisation et l’argumentation de ses idées afin de garantir l’aspect philosophique du débat.

 Philosopher avec des enfants, quels enjeux ?

Ainsi, un enfant semble être tout à fait en mesure de philosopher. Toutefois, l’on peut se questionner sur l’intérêt d’une telle pratique.

Dans un premier temps, il semblerait que ce type d’activité amène l’enfant à développer – outre une certaine maîtrise de la langue – sa pensée critique, en lui permettant d’apprendre à penser par lui-même. Philosopher lui permet également de développer une réflexion sur la condition humaine dans sa globalité. En effet, ces questionnements ne touchent pas uniquement l’enfant lui-même mais concernent l’intégralité du genre humain. Ainsi, l’acte de philosopher permet de prendre conscience, même à un très jeune âge, de la notion d’universalité et de constantes irréductibles tant dans le temps que dans l’espace. Ceci permet sans nul doute de favoriser la compréhension mutuelle entre les hommes, compréhension qui passe d’abord par la connaissance et d’ainsi promouvoir la solidarité et de renforcer le lien entre individus.
Dans un second temps, philosopher tend à aider l’enfant à grandir en humanité puisqu’il prend conscience qu’il est un être pensant et que même en cas de désaccord avec ses pairs, la discussion philosophique lui permet de se confronter aux autres de manière raisonnée et constructive. De fait, en apprenant à maîtriser les codes du débat et de la discussion philosophique, l’enfant apprend à se comporter comme un citoyen réfléchi.
Enfin, permettre aux enfants de s’initier à ce type de pratique, c’est leur accorder le droit de décider dans quel monde ils souhaitent vivre. En effet, la philosophie va de pair avec la notion de responsabilité. Lorsque l’on pense de manière consciente, alors, nos choix peuvent également être faits en pleine conscience.

Ainsi, philosopher c’est apprendre à penser mais également à agir. La pensée philosophique agirait ainsi comme une boussole qui permettrait comme le dit Patrice Vermeren « l’orientation de la conduite en fonction d’une réflexion personnelle et libre sur les valeurs de la condition humaine » (3).

Philosopher, c’est de fait devenir responsable de soi et des autres, et ce, indépendamment de l’âge.

Ainsi, c’est par son étonnement devant le monde qui l’entoure que l’enfant peut progressivement être amené sur le chemin philosophique. Les questions des enfants peuvent paraître naïves – l’on peut ainsi penser au Petit Prince d’Antoine de Saint Exupéry qui pourrait représenter l’archétype de cette naïveté enfantine mais toutefois véritablement philosophique –. Cependant, elles portent en elles des vérités profondes et intuitives qu’il convient d’aller explorer, préciser et encourager. Les enfants de par leur vision neuve des choses peuvent tout à fait prendre part à une réflexion critique sur des questions métaphysiques et s’approprier des concepts complexes, dès lors qu’ils sont encouragés et guidés par un adulte averti.

Rappelons enfin que l’UNESCO encourage fermement la pratique philosophique avec les enfants en tant que telle, car elle leur permettrait d’acquérir et ce, dès le plus jeune âge, un esprit critique mais aussi une autonomie de jugement et de réflexion qui leur permet de se préparer à « prendre en main leur destin » (4).

(1) Tozzi Michel, Faire philosopher les enfants constats, questions vives, enjeux et propositions Revue Diogène N°224, 2008, pages 60-73, 2008
(2) Terme développé par J. C. Pettier
(3) La philosophie saisie par l’UNESCO, 2003, document de programme et de réunion de l’Unesco, 160 pages
(4) Fournel Anda, Pourquoi mettre la philosophie à la portée des enfants ?, 2005
par Flossie LATTOCO
Bibliographie
– Chirouter E., & Lamarre J. M., Y a-t-il un âge pour philosopher? Controverse sur l’enfant philosophe, (IUFM des Pays de Loire), 2013
– Fournel Anda, Pourquoi mettre la philosophie à la portée des enfants ?, 2005, Iphilo, https://iphilo.fr/2015/03/03/pourquoi-mettre-la-philosophie-a-la-portee-des-enfants-anda-fournel/
– Pettier J. C., Peut-on fonder la discussion à visée philosophique avec les enfants sur les droits de l’homme, et en particulier les droits de l’enfant ? Chapitre 12 de l’ouvrage Apprendre à philosopher par la discussion, pourquoi et Comment ? Sous la direction de Michel Tozzi, Éditions de Boeck supérieur, 2007, 208 pages
– Tozzi Michel, Faire philosopher les enfants constats, questions vives, enjeux et propositions Revue Diogène N°224, 2008, pages 60-73
http://www.philotozzi.com/2009/12/faire-philosopher-les-enfants-constats-questions-vives-enjeux-et-propositions/
– Vermeren, Patrice, La philosophie saisie par l’UNESCO, 2003, document de programme et de réunion de l’Unesco, 160 pages
https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000132733

Les religions racontées aux enfants

Marc Geoffroy est l’auteur d’une collection de CD audio, dont le but est d’enseigner aux enfants les principaux concepts de sept religions telles que le catholicisme, le protestantisme, l’orthodoxie, l’hindouisme, le bouddhisme, le judaïsme et l’islam.
Pour chaque religion, un CD audio avec plusieurs voix de conteurs, des musiques classiques et traditionnelles et un livret de 16 pages. Chaque CD dure 46 minutes environ avec des différents sujets traités, que l’on peut écouter dans l’ordre qu’on veut. Une initiative intéressante et ludique.

Deux premiers titres sont sortis : Le Bouddhisme raconté aux enfants et l’Hindouisme raconté aux enfants.

 

Le bouddhisme raconté aux enfants
par Marc GEOFFROY
Éditions France Productions, 2020, 46 minutes, 14,90 €

Un moine cambodgien raconte à Louis et à sa maman et à son copain Somchaï, ce qu’est le bouddhisme : la vie de Siddharta Gautama, les premiers sermons de Bénares, Les Quatre Nobles Vérités, L’Octuple noble Sentier, la notion de karma…

 

L’hindouisme raconté aux enfants
par Marc GEOFFROY
Éditions France Productions, 2020, 46 minutes, 14,90 €

Louis et Chloé sont maintenant en Inde et Monsieur Lakmi et son fils leur font découvrir l’hindouisme, Les dieux indiens, le yoga, les textes sacrés Védas, le Karma… sans oublier les vaches sacrées.