L’éducation platonicienne à travers la musique et la gymnastique

 « La musique est pour l’âme ce que la gymnastique est pour le corps » Platon

Musique et gymnastique sont deux disciplines pratiquées à l’école au même titre que d’autres. Pour Platon, ces deux disciplines sont des exercices spirituels dont la pratique a pour vocation la maîtrise du corps pour permettre l’élévation de l’âme par la musique.

Le philosophe avait dans l’Antiquité un mode de vie qui se basait sur certains exercices spirituels, que ce soit d’ordre physique, comme le régime alimentaire ; ou bien intellectuel, comme le dialogue et la méditation ; ou intuitif, comme la contemplation. Mais tous ces exercices étaient destinés à opérer une transformation évolutive chez l’individu qui les pratiquait.

Platon et l’éducation

Dans les livres La République, et dans Les Lois de Platon, le problème de l’éducation est bien défini. Platon dit que la meilleure façon d’éduquer se fait grâce à la gymnastique et à la musique.
Mais aujourd’hui, gymnastique  et musique, de notre point de vue, obéissent à une image fausse.

La gymnastique est directement reliée à la maîtrise des passions du corps.

La gymnastique est directement reliée à la maîtrise des passions du corps.

La gymnastique, un exercice spirituel

Gymnastique vient de gymnos qui signifie être dénudé (d’où les mots comme gymnosophie). La gymnastique, c’est être dénudé de tout vice ou de toute impureté.
De sorte que les exercices physiques sont aussi des exercices spirituels (ou mieux dit, exercices pour l’âme) promus par Platon. La gymnastique est directement reliée à la maîtrise des passions du corps (Phédon, 94d). Une de ses finalités est de s’exercer à l’enthousiasme, à la force et à la formation du caractère. Elle concourt à la formation du caractère avec pour objectif final la transformation de l’individu.

Pour Platon, les exercices physiques sont donc des exercices spirituels. Cependant la gymnastique n’est pas une pratique isolée mais une de plus parmi d’autres pour lutter contre les passions du corps ; de telle façon que ces passions s’élèvent peu à peu vers le monde des idées(1).

La Musique était la base de l’éducation citoyenne pour son pouvoir d’élever l’âme vers un niveau supérieur de perfection.

La Musique était la base de l’éducation citoyenne pour son pouvoir d’élever l’âme vers un niveau supérieur de perfection.

La musique et l’élévation de l’âme

Cet aspect physique se conjuguait avec l’application spirituelle de la Musique. Par Musique on entendait l’exercice des arts des Muses (2) qui couvraient es domaines suivants : les Idées et la Parole, le chant et la mélodie, les autres arts, la philosophie et les sciences, selon les âges de la vie.Car comme le dit Platon dans le Phédon « la philosophie est la plus haute musique ». La Musique était la base de l’éducation citoyenne pour son pouvoir d’élever l’âme vers un niveau supérieur de perfection.

À travers ces deux grandes disciplines le jeune recherchait un corps sain et un esprit cultivé, un esprit porté aux arts et à l’humanisme.
Platon croyait qu’il existait une relation étroite entre le corps et l’âme. Les socratiques disaient que le corps était comme un vase et l’âme comme l’eau qui le remplissait, et qu’il est naturel que l’eau prenne la forme du vase qui la contient. C’est pourquoi il faut un corps sain dans toutes ses expressions et une vie saine, pour que l’âme puisse aussi faire émerger toutes ses valeurs les meilleures.

Un esprit sain dans un corps sain

La gymnastique a pour objectif de discipliner la partie concupiscible de l’âme (passions, instincts) et de garder le corps sain.

La gymnastique a pour objectif de discipliner la partie concupiscible de l’âme (passions, instincts) et de garder le corps sain.

Sur la base du binôme de la musique et de la gymnastique, on peut établir des modèles pour une éducation équilibrée du mental, des émotions et du corps (partie rationnelle, irascible et concupiscible selon les textes platoniciens).
Pour Platon, l’éducation est un tout et doit être comprise comme une formation physique, émotionnelle et mentale, dans une synthèse parfaite d’éthique et d’esthétique :« La bonne éducation est celle qui donne au corps et à l’âme toute la beauté, toute la perfection dont ils sont capables ».

L’objectif de ces deux disciplines n’est pas de s’occuper et de former respectivement l’âme et le corps mais que l’une et l’autre s’adressent à l’âme.
« Ceux qui ont établi une éducation basée sur la musique et la gymnastique ne l’ont pas fait, comme le croient certains, dans l’objectif que l’une d’elles s’occupe du corps et l’autre de l’âme […] L’une comme l’autre ont été établies principalement en vue de l’attention à l’Âme. »(La République, Livre III).

Ainsi gymnastique et musique sont deux aspects orientés vers une même finalité, l’âme, même si l’une d’elles travaille avec le corps.

La gymnastique a pour objectif de discipliner la partie concupiscible de l’âme (passions, instincts) et de garder le corps sain. La musique, de son côté, ennoblit et élève l’élément irascible (émotions), en même temps qu’elle éduque la raison, pour qu’elle puisse exercer son gouvernement bénéfique sur les deux autres.

Les mots-clés sont modération et tempérance, que les pythagoriciens ont repris.

La musique, de son côté, ennoblit et élève l’élément irascible (émotions), en même temps qu’elle éduque la raison.

La musique, de son côté, ennoblit et élève l’élément irascible (émotions), en même temps qu’elle éduque la raison.

Dans le domaine de la Musique, l’important est que les œuvres expriment beauté, noblesse, proportions, car la contemplation d’une œuvre d’art doit laisser une empreinte inoubliable : « Nous avons besoin d’artistes capables de suivre les traces de la nature du beau et de l’harmonique, pour que nos jeunes reçoivent sans cesse d’elles de nobles impressions pour les yeux et les oreilles et que, dès l’enfance, tout les incite à imiter et à aimer le beau et à établir entre cette beauté et leur propre cœur une concorde absolue » (La République, Livre III, 401c).
À l’Académie, on devait aussi apprendre la géométrie et d’autres sciences mathématiques pour la clarification et la purification du mental, tout comme faire l’acquisition d’habitudes éthiques. De plus, on enseignait la dialectique comme technique de discussion, non pour montrer qui avait raison, mais pour promouvoir la transformation de l’individu, la maîtrise de la parole et du raisonnement.
« Lorsque j’entends un homme qui parle de la vertu et de la science, et que c’est un homme véritable digne de ses propres convictions, il m’enchante, c’est pour moi un plaisir inexplicable de voir que ses paroles et ses actions sont parfaitement en accord ; et je crois que c’est l’unique musique qui soutient une harmonie parfaite » (Platon).
C’est lorsque la relation entre paroles, idées et actions devient un modèle d’Harmonie, que s’accomplit l’idéal philosophique de vivre avec vertu.

(1) Lire l’article de Lionel Nosjean, Gymnastique selon Platon, discipline du corps et de l’âme dans le Hors-série N° 8, Éduquer à la Transition, page 43
(2) Les neuf filles de Zeus et compagnes d’Apollon  : Calliope (poésie épique etéloquence, celle des grands poètes), Clio (Histoire et beaux-arts), Erato (poésie lyrique), Euterpe (musique instrumentale), Melpomène (tragédie), Polymnie (mémoire, hymnes sacrés) Thalia (comédie, théâtre), Terpsichore (danse) et Ourania (astronomie, philosophie et sciences exactes).
Lire les articles sur les Muses parues dans les revues N° 293 (fevrier 2018),  294 (mars 2018), 295, (avril 2018)  296 (mai 2018), 297 (juin 2018), 298 (juillet 2018), 299, (septembre 2018), 302 (décembre 2018) et 303 (janvier 2019)
Article extrait d’un texte Sur l’éducation, musique et gymnastique de Délia STEINBERG GUZMAN
Traduit de l’espagnol par Marie-Françoise Touret
N.D.R.L.R. : le chapeau et les intertitres ont été rajoutés par la rédaction
Par Délia STEINBERG GUZMAN
Présidente internationale de Nouvelle Acropole

Paru
Hors-série N° 8
Revue Acropolis, septembre 2018, 6,50 €
Éduquer à la Transition

Nous vivons dans un moment de transition. Le monde vit de grands changements, favorisés par des découvertes extraordinaires dans tous les domaines et en même temps, d’un point de vue culturel, politique, et moral, notre monde est en crise et les modèles existants sont impuissants à renouveler nos sociétés. De nombreuses initiatives surgissent partout dans le monde, offrant des solutions alternatives, pour transformer durablement notre manière de vivre et d’agir, qui nécessitent de changer de paradigme et de réviser en profondeur nos modes de pensée et nos valeurs. La clé pour accompagner cette transition réside dans l’éducation : une éducation permanente et intégrale, pour une évolution et un développement permanents des potentialités humaines. Se changer soi-même pour changer le monde, redonner à l’être humain sa dignité, sa légitimité et lui permettre de construire en lui et autour de lui ce moment de transition.