L’écologie spirituelle, une nouvelle façon de répondre à la crise

Aujourd’hui, le monde traverse une crise écologique sans précédent. Cette crise n’est pas isolée loin de là. À la crise écologique, s’ajoute une crise économique, morale, sociale. Et si toutes ces crises avaient un fond commun ?

Le mot « crise » vient de crisis qui veut dire changement. Toutes les tensions qui existent dans le monde sont le symptôme d’un changement : un changement de société, de mentalité, de paradigme.
Ce changement de point de vue, Satish Kumar, disciple de Gandhi, l’aborde à travers l’écologie spirituelle. Ancien moine jaïn, il a quitté les monastères pour se rendre utile en agissant sur le monde. Avec un ami, ils effectuèrent une marche de 40 000 km traversant Moscou, Paris, Londres jusqu’à Washington, sans argent, mangeant végétarien et devant vivre grâce à la générosité des citoyens. Ils traversèrent ainsi les quatre capitales qui, en 1962 possédaient l’arme nucléaire, pour protester contre celle-ci. En passant par la Georgie,  une femme, inspirée par ce courage, donna un sachet de thé à ces deux aventuriers de la paix. Chaque sachet de thé devait être offert aux représentants des pays, afin que, avant d’appuyer sur le bouton rouge, les dirigeants prennent une minute, et boivent ce fameux thé. Ce périple héroïque pour la paix fit le tour du monde. Satish Kumar rencontra autant de soutiens que d’obstacles, notamment en France, où il fut emprisonné. Il n’a jamais renoncé et s’est sacrifié pour un idéal plus grand que lui.

Aujourd’hui Satish Kumar est un homme engagé pour l’éducation, notamment grâce à sa fondation, le Schumacher College qui propose à Totnes, en Angleterre, une formation holistique de pratiques de vie durable. C’est un lieu d’enseignement et de rencontre autour de la transition économique, écologique et spirituelle.

La terre, un être vivant ?

Il constate que nous considérons encore trop souvent la Nature, comme une simple ressource naturelle. La Nature, la Terre, serait un stock de matières premières qu’il faudrait préserver, au nom du développement durable, pour les générations futures. Ainsi, nous devons « consommer en respectant la planète ». La Terre est un être vivant, bien plus sage de 4 milliards d’années que l’Homo Sapiens. Elle exprime les lois de l’Univers. L’homme moderne a pensé lui, que son destin était de posséder. Ainsi il voit la planète comme sa propriété. Satish Kumar pense que la Terre, a aussi une Âme, tout autant que l’Homme.
« C’est d’abord parce que l’Homme est pollué à l’intérieur qu’il pollue la Nature. »

Nous parlons bien de l’intériorité de l’homme, celle qui contient ses pensées, ses émotions, son imaginaire, ses rêves, sa profondeur. Or aujourd’hui quelle est la relation que nous avons avec celle-ci, si ce n’est une grande part d’intérêt personnel, de séparativité et de violence ? Nous devons d’abord faire la paix en nous-mêmes si nous voulons faire la paix avec les autres et ainsi avec la Nature. Nous devons donc agir sur nous-mêmes avant d’agir sur le monde.

Qu’est-ce que la spiritualité ?

Apprendre à rentrer en relation avec soi, c’est ça la spiritualité, répète Satish Kumar. La spiritualité c’est le lien, la relation, la conscience. La spiritualité n’est pas quelque chose d’inaccessible que seuls quelques initiés ou gourous peuvent vivre. Elle est à la portée de tous. Spiritualité vient du mot spirit qui veut dire le souffle. C’est le souffle de vie, l’air que chaque être partage. L’air est en relation avec le Tout, c’est ce qui nous unit. « La religion sépare, la spiritualité unifie ». La religion est liée à la spiritualité, mais la religion est une structure organisatrice, elle apparaît dans un contexte particulier et veut répondre aux problèmes spécifiques d’un contexte historique. Même si la source de l’enseignement des religions est la même, la religion divise les peuples à travers l’Histoire. Cette dernière se répète à travers les différents cycles de la vie. Chaque époque, chaque mode de pensée, naît, vit puis meurt. Comme les saisons de chaque année, tout a un début et tout a une fin. La fin est toujours signe d’un renouveau. Le changement arrive quand l’homme accepte de se dépouiller d’une partie de lui-même, tel l’hiver cédant au printemps.

« L’Homme doit développer sa manière d’être et non la capacité à faire » Satish Kumar

Le disciple de Gandhi rappelle que la spiritualité commence par la générosité, c’est-à-dire avoir le cœur ouvert. La générosité va au-delà du don matériel, elle ne se mesure pas et commence par le don de soi. L’amour universel n’attend rien, c’est un amour qui donne et partage la souffrance d’autrui. Le constat actuel est que l’homme moderne a le cœur fermé car il a peur, il a peur de donner. Le premier acte spirituel est de combattre cette peur ainsi que toutes les autres. La vie spirituelle c’est être au service du bien commun. La société individualiste ne sait plus ce qu’est être au service, sans rien attendre en retour. Pourtant, ne rien attendre en retour, la Terre le fait à chaque instant. Ainsi l’écologie spirituelle, c’est simplement être au service de la Nature. Agir comme la Nature, c’est vivre l’écologie spirituelle.

Satish Kumar est un exemple d’héroïsme, il n’y a pas un seul jour, malgré toutes les difficultés qu’il a rencontrées, où il a manqué de confiance. Il a toujours combattu sa peur même face à l’impossible. Pour lui, le bonheur c’est augmenter la capacité de se contenter. Se contenter simplement de ce qui est, tout en conservant son discernement face aux circonstances, assumer le réel et devenir acteur pour quelque chose de plus grand que soi.

Satish KUMAR, Pour une écologie spirituelle, édition Belfond, 2018, 192 pages, 17€
Lire les articles sur Satish Kumar parus dans les revues :
– N° 280 (décembre 2016),Tu es donc je suis de Satish Kumar par Brigitte Boudon
– N° 283 (mars 2017), Rencontre avec Satish Kumar Terre, Âme, Société, la nouvelle trinité par Manjula Nanavati
– N° 303 (janvier 2019), Rencontre avec Satish Kumar, par Marie-Agnès Lambert
Par : Raj ASGARALY