« Le sens de l’hospitalité » de Jacqueline Kelen

Alors que l’on parle de « crise migratoire » et que l’on débat au sujet de l’accueil des migrants, Jacqueline Kelen nous propose un autre regard sur l’hospitalité, comme une démarche intérieure, afin de prendre quelque hauteur pour réfléchir à cette notion et à sa pratique ancestrale.

L’accueil de l’autre est donc une tradition ancestrale, une vertu personnelle, un devoir moral et un droit inhérent à l’être humain.

Loin de n’être qu’un problème social et économique que les gouvernements ont à régler, l’accueil de l’autre, de « l’étranger », interroge en effet chacun de nous à titre individuel. Parce qu’elle ne se résume pas aux conditions matérielles de l’accueil, l’hospitalité pose la question du libre don et de l’obligation, de la confiance et du discernement, de la générosité et de la justice.

L’hospitalité, un pacte

Les mots ont de l’importance et le choix de ceux-ci est essentiel quand on se penche sur une question aussi cruciale et complexe que celle de l’accueil.
Dans la langue française, le mot « hospitalité » est de la même famille que « hôpital » ou « hôtellerie », et « hôte » désigne à la fois celui qui reçoit et celui qui est accueilli. Un même mot pour dire que les deux parties sont liées par un pacte, et qui donne à réfléchir sur l’idée d’une réciprocité.
« Hospitalité » est un mot qui a aussi la même racine que hostis, qui signifie ennemi. Qu’elle soit exercée par des particuliers ou un État, l’autre s’engage à respecter nos us et coutumes, nos lois, et il n’est pas question de méconnaître les risques d’ouvrir sa porte à n’importe qui.

L’hospitalité, un devoir sacré

Quelle est la conduite bonne et juste à adopter ? Est-ce sous la contrainte que l’hospitalité doit se faire ? Ou bien est-elle un élan du cœur ou une décision mûrement réfléchie ?
En fait il y a de nombreuses questions que l’on pourrait se poser pour approfondir le sens de l’hospitalité.

L’auteure, spécialiste du déchiffrement des mythes, s’appuie sur la Bible et des récits fondateurs comme L’Odyssée (1) d’où se dégagent des leçons d’humanité, pour montrer pourquoi l’hospitalité est un devoir sacré, que « recevoir repose sur une volonté libre, un cœur ouvert, une foi vive, un esprit curieux, sans omettre la prudence, l’intelligence ».
Chez les Grecs de l’Antiquité, c’était en référence à Zeus que l’on recevait l’étranger.

« Dans nos sociétés matérialistes qui refusent ou qui renient toute transcendance, au nom de qui ou de quoi j’accueillerais volontairement ou pas celui qui viendrait dans mon pays ou ma région ? » La réponse est dans les droits de l’homme, « mais ce n’est pas une transcendance… » prévient Jacqueline Kelen.

L’accueil de l’autre est donc une tradition ancestrale, une vertu personnelle, un devoir moral et un droit inhérent à l’être humain.

Le sens de l’hospitalité est un ouvrage à la fois historique, sociologique et spirituel. Parce que c’est en connaissant le passé que nous pouvons comprendre le présent, que Jacqueline Kelen, au fil des pages, nous raconte une histoire, et nous pousse à réfléchir sur la situation présente, mais sans donner de solution.<
Ainsi, dans le dernier chapitre elle aborde la question des réfugiés qui affluent vers l’Europe. Elle reconnaît « … l’arrivée de très nombreux réfugiés n’est pas comparable à la venue d’un seul passant qui demande un repas et un toit. », et accueillir une ou plusieurs personnes chez soi « n’est pas transposable » à l’accueil de milliers de réfugiés, mais ce sur quoi elle insiste, c’est sur l’échange et le partage, « au mieux une amitié qui peut naître ».

Ce livre lumineux nous rappelle que nous sommes avant tout des êtres de relation et est autant un appel à la prudence qu’à la rencontre. La vraie.
À nous de rester ouverts aux autres au lieu de vivre barricadés dans nos peurs. Quel beau message !

Le sens de l’hospitalité
par Jacqueline Kelen
Éditions Guy Trédaniel, 2017, 144 pages, 15 €
Par Virginie DUJOUR