« Le Petit Prince, un voyage philosophique entre Ciel et Terre »

C’est l’histoire du Petit Prince, un petit bonhomme tout doré, suspendu à un trapèze volant, qui s’élève au-dessus de la pesanteur de son logis, pour s’élancer dans l’inconnu d’une évasion. Au fil des chapitres, d’astéroïde en astéroïde cette évasion revêt le visage d’un voyage avec ses haltes singulières et ses rencontres insolites. C’est également l’histoire d’un voyage initiatique que l’auteur, Olivier Larrègle, raconte dans le premier tome de son livre « Le Petit Prince, Un Voyage Philosophique Entre Ciel et Terre, 1-La préparation », issu de la collection « Petites conférences philosophiques ». Êtes-vous prêts pour le voyage ?

C’est le 6 avril 1943, que le Petit Prince a vu le jour. Il est le fruit d’une destinée atypique. Resituons-nous. Fin 1940, Antoine de Saint-Exupéry atterrit sur le sol américain. Il est seul dans son cockpit. Il vient se poser sur le sol américain avec une intention, sensibiliser le nouveau continent au conflit de la grande guerre qui sévit en Europe.

Il multiplie conférences, émissions, articles, livres et au fil des mois la Providence vient frapper à sa porte.

Nous sommes en 1942, il vient d’écrire et de publier l’ouvrage Pilote de Guerre qui est un vrai succès (premier des ventes pendant six mois). Malgré cela, il est plongé dans une profonde mélancolie. La cause est qu’il souhaite une France unifiée pour combattre l’Allemagne, pour cela il n’a pas pris parti pour le général De Gaulle. Les exilés français lui reprochent, voire l’accusent d’être pétainiste ; il est profondément affecté. En août 1942, à New York, à la célèbre brasserie Arnold, il rencontre ses éditeurs pour un déjeuner. Les époux Reynal voient en Saint-Éxupéry un homme touché, comme s’il avait reçu une balle. Ils veulent l’aider. Lors du déjeuner, comme à son accoutumée, il griffonne sur la nappe gaufrée du restaurant un curieux personnage. À sa vue, une fulgurance surgit chez les Reynal. Ils lui proposent d’écrire un conte pour Noël 1942 dont le curieux petit bonhomme serait le personnage principal.

Au début, il refuse, prétextant qu’il se consacre à son livre Citadelle ; de plus les contes pour enfant, il n’en a jamais écrit. Il ne connaît que la littérature pour adulte. Madame Reynal insiste, elle trouve les mots, il dit Oui. Le Petit Prince est conçu. Il est le fruit d’une rencontre guidée par la main de la Providence.

Le 13 avril 1943, Saint-Exupéry décollera du tarmac américain pour l’Europe. Il souhaite reprendre du service : « Tu vois, je ne pourrai pas vivre si mes actes ne correspondaient pas à ce que j’écris, et ce que j’écris correspond toujours à ce que je peux… » avait-il écrit à Paul Emile Victor. Il quitte la tourmente des exilés américains qu’il juge loin des réalités de combat et rejoint en Algérie le groupe 2/33 (1). Il part sans son enfant qui a vu le jour il y a une semaine sous les presses Reynal Hitchcock. Au fil des mois, l’inquiétude le gagne. Son enfant est-il toujours en vie ?

Il adresse une lettre à son éditeur. « Je ne sais rien du Petit Prince (je ne sais même pas s’il a paru !). Je ne sais rien sur rien : écrivez-moi ». (Oudjda – Maroc – 8 juin 1943).

Il reçoit une réponse en date du 3 août de son éditeur : « Enfants et adultes ont fait au « Petit Prince » l’accueil le plus enthousiaste (…). Nous approchons le cap des 30 000 exemplaires en langue anglaise, et 7 000 en français, et les ventes se poursuivent régulièrement, en dépit des fortes chaleurs, au rythme de 500 à 1000 exemplaires par semaine… Voilà un enfant tout plein de vie. »Le Petit Prince vit en Amérique, c’est là-bas qu’il grandit, loin de son père. Le 31 juillet 1944, Saint-Exupéry rejoint la rose de sa planète, sans rien connaître de la croissance de son enfant. Ce n’est qu’en 1946, deux ans après la mort de son créateur que Le Petit Prince fera le voyage en France avec les éditions Gallimard.

Le scénario semblait bien écrit. La vie du Petit Prince échappe à son auteur. Il vole sans son pilote. Saint-Exupéry et Le Petit Prince, c’est l’histoire d’un Gepetto qui façonne un Pinocchio dont le destin ne lui appartient pas.

Aujourd’hui, au fil des ans Le Petit Prince s’offre déjà comme la propriété de tous les hommes. Ce n’est pas l’enfant d’un homme, d’un pays ou d’une langue, mais le porte-parole de l’universel, évocateur d’un humanisme impérissable qui transcende les époques et les générations. Sinon, comment Le Petit Prince pourrait-il parler plus de 257 langues et dialectes et dépasser les 300 millions d’exemplaires vendus ?

« Le Petit Prince », pour les petits et les grands

 Pour certains, c’est un conte pour enfants, pour d’autres une poésie pour adolescents, pour quelques-uns un conte philosophique. Pour nous décider, laissons parler le grand chroniqueur du New-York Times, John R. Chamberlain qui, le 6 avril 1943, jour de la parution du livre, écrit dans le célèbre journal : « Le Petit Prince est une fable passionnante pour les grandes personnes… ». Maintenant que nous savons à quoi nous attendre avec la lecture du Petit Prince, allons à sa rencontre.

Un voyage philosophique entre Terre et Ciel

C’est sous l’ardeur d’un traîneau céleste, conduit par onze oiseaux sauvages qu’un petit bonhomme rendu aussi léger qu’une plume, s’envole de sa planète : « Je crois qu’il profita, pour son évasion, d’une migration d’oiseaux sauvages ».Ainsi, s’ouvre le premier tableau du Petit Prince.
Saisissons la migration au vol. Glissons-nous, dans le sillage de ces oiseaux sauvages. Laissons-nous transporter. Une lecture vue du ciel nous attend. Celle qui ouvre les portes pour regarder le monde autrement.

Un héros extraordinaire

Le voyage du Petit Prince répond à un modèle particulier. Bien qu’indépendant de la volonté de son auteur, il épouse les caractéristiques du voyage initiatique en trois étapes définies par le grand mythologue américain Joseph Campbell (1904 -1987) : la préparation, la traversée, le retour. Ces trois étapes, en quoi font-elles du Petit Prince un héros extraordinaire ? Comment s’appliquent-elles à ce petit bonhomme qui n’a rien du « Caïd » (2) à la carrure classique ?

La préparation au voyage

La première étape, la préparation, c’est l’histoire philosophique des neufs premiers chapitres du Petit Prince, avant qu’il ne s’envole de sa planète « … profitant d’une migration d’oiseaux sauvage… » comme dit le livre. Ils mettent en scène la vie du Petit Prince sur sa planète avec l’histoire des volcans, des baobabs, de la fleur qui deviendra rose, mais aussi l’attitude avec laquelle il faut lire Le Petit Prince.
Je ne vous en dis pas plus, effectuez votre voyage. Vous me direz ce que vous en pensez. Si l’envie de continuer cette lecture philosophique du Petit Prince persiste, un deuxième livre, en préparation, vous racontera l’histoire de la traversée et du retour du Petit Prince.
Amis lecteurs n’oubliez pas : certains disent que Le Petit Prince, c’est Saint-Exupéry, oui c’est exact. Mais, à travers lui et avec lui, c’est de nous qu’il parle.

(1) Groupe de l’armée de l’Air, chargé de survoler en avion bombardiers des zones de reconnaissance pendant la seconde Guerre mondiale
(2) Surnom donné à Saint-Exupéry

Le Petit Prince
Un Voyage Philosophique Entre Ciel et Terre
1-La préparation
par Olivier LARREGLE
Éditions Ancrages, Petites conférences philosophiques, 2019, 96 pages, 8 €

https://www.youtube.com/watch?v=B7n_m872z1o

Par Olivier LARRÈGLE