Le don

« Il y a en chacun de nous un infini à donner. Il nous faut découvrir la façon de le donner. Donner appartient à notre véritable nature. Dans l’objet du don et dans la manière de donner se trouve l’art de la vie spirituelle. C’est seulement quand nous donnons au lieu de prendre, que nous sommes capables de purifier tous les détours de notre nature et de permettre aux forces de l’Amour de sourdre et de déborder dans toutes les directions. Dans l’attitude de donner réside la vraie dignité », ainsi s’exprimait Sri Ram (1).

Nous sommes allés rechercher un enseignement issu de La Bhagavad Gîtâ, récit sacré de l’Inde ancienne, qui n’a cessé d’imprégner l’âme indienne tout au long des millénaires. Ses enseignements conservent leur richesse et leur fraîcheur originale et nous révèlent le mythe éternellement renouvelé de la conquête de soi-même. Mieux se connaître, pour mieux se transformer, pour mieux donner.

La Bhagavad Gîtâ enseigne que la nature est tel un réservoir plein d’eau. Elle connaît un état d’équilibre parfait, qui n’est pas un équilibre statique, immobile, mais un équilibre de tension. Cette nature est en effet composée de trois qualités appelées les gunas qui s’appellent Sattva (la pureté), Rajas (l’activité, la force) et Tamas (l’inertie). Tout ce qui existe en ce monde est le résultat de l’union, à des degrés divers, de ces trois qualités qui composent la nature de l’univers comme la nature humaine.
Mais plus que des qualités, ce sont des mouvements : l’équilibre, l’action (aller de l’avant), l’inaction (reculer). Ces mouvements s’inscrivent dans nos propres comportements, vision du monde, jugement des situations et mettent à leur tour notre âme en mouvements intérieurs.

Les différentes façons de donner

Le don n’échappe pas à ces mouvements. Il y a diverses façons de donner. L’aptitude juste à donner est un art, si difficile à réussir, mais au final si facile à observer. Nous avons tous déjà donné par pure convenance, voire convention, parce qu’il le fallait… Nous avons fait des cadeaux parfois avec un désintérêt quasi total de la manière avec laquelle notre interlocuteur allait apprécier… Une forme d’indolence, de mépris des meilleures conditions de lieu, de temps et d’objet à donner. Ce don tamassique est un leurre. Est-il vraiment un don ?

Nous avons déjà donné de manière intéressée, pour se faire valoir, se faire apprécier, pour attendre en retour une reconnaissance. Avide d’affection, attaché au « merci », sans lequel on critique son interlocuteur… Ou la sempiternelle réflexion : « Si peu de reconnaissance avec tout ce que j’ai fait pour lui (elle) … ». Le don rajassique peut être fait à regret, avec un tel attachement au désir, qu’il aveugle celui qui croit donner, laissant même parfois indifférent celui qui reçoit. Est-il vraiment un don ?

Mais nous connaissons aussi cet acte totalement désintéressé, issu de la racine du cœur, qui donne pour l’amour de donner et de faire le bien, sans rien demander en retour. C’est avoir la finesse de savoir qu’est-ce qui fera plaisir à l’autre, dans quel moment le plus propice on pourra partager cette magie du don. Et en fonction de la personne qui va recevoir, savoir quoi donner.

À votre tour de vous interroger.

 Exercice philosophique :
Nous invitons chacun à méditer sur un exemple de sa vie où il s’est donné et a donné en se dépassant et sans calcul, avec une naturelle générosité.

Se questionner ensuite :
« Pourquoi donner ? »
« Qu’est-ce que j’avais à donner ? »

Exercice d’écoute musicale, pour laisser « infuser » cette vertu du don en soi :
Pergolesi – Stabat Mater (avec Philippe Jaroussky et Emöke Barath)
https://www.youtube.com/watch?v=P65oBJBdSXM

(1) Sri Ram, président de la Société théosophique internationale de 1953 à 1973. Extrait des Pensées à l’usage des aspirants
par Catherine PEYTHIEU
Formatrice de Nouvelle Acropole de Paris V
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