Le confinement : vivre avec philosophie !

Le moment que nous vivons est incroyable, dans le sens fort du terme. Il y a quelques semaines à peine nous regardions d’un œil vaguement indifférent l’arrivée d’un virus venu de Chine, avec un étonnement à peine voilé devant l’ampleur des mesures prises en Asie, incertains sur l’opportunité de confiner chez eux tant de millions de gens. Et maintenant, nous y voilà, les confinés c’est nous, par dizaines de millions !

Comment la philosophie peut-elle nous aider à donner du sens à ces temps difficiles ?
Arrêtons-nous pour réfléchir aux leçons clés que cette pandémie nous enseigne.

Tout peut arriver

« Demain ne nous appartient pas », est la première leçon de COVID-19 qui nous rappelle que nous sommes vulnérables à la maladie et à la mort. Bien que le taux de mortalité de cette maladie particulière soit considéré comme relativement faible, des milliers de personnes ont déjà perdu la vie, et bien d’autres à venir.
Cette confrontation à la maladie et à la mort nous rappelle que l’idée prométhéenne de contrôler la vie est non seulement une illusion, mais cause de souffrance. Car la vie est imprévisible, incertaine, et incontrôlable.

L’impermanence de la vie est un sujet particulièrement mis en avant par le bouddhisme.
L’impermanence exprime à la fois le caractère éphèmère et précieux du vivant sous toutes ses formes avec en conséquence le besoin de vigilance et d’attention pour saisir la valeur de l’instant présent.
Devant l’impermanence, suivons le conseil des Égyptiens, qui préconisaient une attitude totalement flexible devant la vie. Ils disaient : « tu dois recréer le monde chaque matin ». En changeant de posture et en acceptant l’éphémère, l’impermanence n’est plus une source de souffrance.

Cela n’arrive pas qu’aux autres

« La nature ne connaît pas les frontières humaines » est le deuxième enseignement de la pandémie.
Nous prenons conscience à travers cette épreuve commune que l’humanité est une. « Nous sommes les vagues de la même mer, les feuilles du même arbre, les fleurs du même jardin » écrivait poétiquement le stoïcien Sénèque.

Avec cela, notre interdépendance en tant qu’humains devient soudainement évidente. Notre santé n’est plus la seule à protéger, car le comportement de notre voisin détermine notre probabilité de contracter le virus. Nous sommes donc tous dépendants les uns des autres.
Comme le disent les philosophes, la manifestation est le produit d’un tissage qui rend toutes les choses interdépendantes les unes des autres. Ignorer ou nier l’interdépendance, le fait que nous soyons intimement reliés, produit le séparatisme et l’isolement, propres de l’individualisme dont nous voyons combien il peut être dangereux pour la collectivité.
Acceptons donc notre solidarité intrinsèque et interrogeons-nous sur ce que notre attitude peut apporter de positif aux autres dans cette période. Comment pouvons-nous être source de soutien pour les autres ?

Accepter l’inévitable

Face à l’anxiété que nous pouvons ressentir dans la situation présente, écoutons les conseils des bouddhistes : « Quel est le secret de la sérénité ? Coopérer inconditionnellement avec l’inévitable. »
En effet, non seulement nous ne pouvons pas changer les choses qui sont, puisqu’elles sont déjà là, mais il est également difficile de juger la valeur des choses sur l’instant.
« Un homme qui pense ne devrait pas être spécialement troublé par l’adversité. Il y a beaucoup d’événements qui semblent mauvais au premier abord, mais qui finalement se révèlent bénéfiques. Chacun devrait toujours mettre un frein à sa joie et son mécontentement, et tenir éloignées ses réactions émotionnelles. » écrit le philosophe juif Maimonide (1138-1204).
En effet, il existe aussi des avantages à la situation présente, comme la diminution de la pollution dans le monde. Et qui sait si cet épisode ne pourra pas nous amener à rebattre les cartes et envisager un paradigme différent pour l’avenir ?

Alors cessons de nous focaliser sur les problèmes et tentons de calmer nos réactions émotionnelles en tenant la liste de tous les bénéfices qui découlent ou découleront de cette situation pour nous-mêmes et pour les autres.

Remercier

La perspective d’une maladie grave nous rappelle d’être reconnaissants pour notre santé, et nous permet de reconnaitre notre dépendance aux autres pour ceux qui luttent pour nous protéger, pour nous servir.
Vivre la gratitude, en remerciant la vie et les héros du quotidien, ouvre notre cœur, ce qui nous permet de sortir de l’anxiété et nous donne une force et une joie intérieure insoupconnées.
Car comme le dit Platon « en cherchant le bien dans nos semblables, nous rencontrons le nôtre ».

Cultiver la beauté

Coupés du futile nous pouvons de nouveau contempler la beauté du monde, la poésie de la vie, le merveilleux de la nature, la force du vivant.
La philosophe Simone Weil recommandait une éducation qui fasse une large part « à l’art roman, au chant grégorien, à la poésie liturgique et à l’art, à la poésie, à la prose des Grecs de la bonne époque. Là on peut boire à flots de la beauté absolument pure à tous égards. »
C’est l’occasion de (re) découvrir l’art classique, qui n’est pas classique parce qu’il est ancien, mais parce qu’il est atemporel, au-delà des modes et des cultures, parce qu’il s’adresse à ce que nous avons d’universel en nous.
Dans ces temps de confinement on nous offre de magnifiques musées virtuels à visiter, des concerts gratuits des plus grands artistes et mille autres expressions artistiques. Alors profitons-en.

Regarder à l’intérieur de soi

Bien sûr, beaucoup soulignent que ces temps de confinement nous ramènent à l’essentiel. Les philosophes nous enseignent que dans la solitude, l’esprit acquiert de la force et apprend à se reposer sur lui-même.
La vie intérieure est indispensable au bonheur. Bouddha disait : « La paix vient de l’intérieur, ne la cherchez pas à l’extérieur. »
Cultiver la vie intérieure c’est avant tout prendre le temps, le temps de lire, de réfléchir, de se poser des questions sur soi-même, ses réactions, son comportement ; des questions sur sa vie, les choses essentielles, celles qui nous manquent et celles qui ne nous manquent pas ; des questions sur les événements, comment en est-on arrivé là, les véritables causes.
Prenons le temps de méditer, d’écrire, d’écouter de la musique,… pour se relier à nous-mêmes, à la personne que nous sommes vraiment et/ou que nous voulons être, loin des représentations sociales.
Ainsi, comme le disait Sylvain Tesson, ce coronavirus «S’il épargne l’intégrité de notre organisme, révélera la solidité de notre âme.»

Par Isabelle OHMANN