La première histoire racontée

En 2017, une grotte a été découverte à Sulawesi, Indonésie, avec un ensemble de peintures rupestres qui, après deux ans d’étude, a été daté d’une antiquité de presque 44 000 ans. C’est un ensemble pictural composé d’une scène de deux sangliers et quatre buffles nains entourés de huit figures beaucoup plus petites, d’aspect humain.

C’est une scène de chasse, la narration d’une histoire, la première narration. Jusqu’à présent, l’exposition d’art figuratif la plus ancienne était dans la grotte Lascaux en France, mais cette scène de Sulawesi est antérieure. Les figures animales sont des espèces actuelles parfaitement reconnaissables : le sanglier verruqueux de Célèbes et le buffle nain ou anoa.
Mais des personnages d’apparence humaine ont un bec et ont été décrits comme des thérianthropes (figures humaines mythiques, moitié humaines et moitié animales). Autrement dit, dans la même composition apparaissent des êtres réels mélangés à des êtres imaginés, un monde qui existe avec un autre qui n’apparaît que dans le l’imagination de l’auteur. Cependant ils sont très antérieurs à « l’homme-oiseau » de France ou à « l’homme-lion » d’Allemagne.

Cette découverte est très remarquable pour plusieurs raisons: elle signifie que l’on doit donner beaucoup plus d’ancienneté à l’apparition de l’art figuratif, narratif, utilisant également un mélange d’êtres réels avec des êtres imaginaires; en outre le contexte géographique est complètement différent et très éloigné des cadres européens ayant la plus grande ancienneté jusqu’à présent. Cela indique que l’Homo sapiens, à qui l’on attribue les peintures, a déjà quitté l’Afrique (si l’on garde l’hypothèse de l’origine africaine de notre espèce) avec le « kit de pensée magique », selon les mots du chercheur espagnol Juan Luis Arsuaga.

Synthèse actuelle

La publication de cette découverte a été faite dans la revue Nature et elle est précédée d’autres découvertes très importantes dans le domaine de l’art rupestre: le premier dessin de l’Humanité, une ligne en zigzag attribuée à Homo erectus il y a 400 000 sur l’île de Java, le dessin le plus ancien d’Europe, réalisé par Homo néanderthalensis dans une grotte en Cantabrie il y a 65 000 ans et le premier dessin exécuté par un sapiens, en Afrique du Sud, il y a 73 000 ans.
Toutes ces découvertes parlent sans équivoque de processus d’humanisation (le processus de développement des traits de la culture et de l’éducation), se développant de plus en plus à travers le temps. Nous avons fréquemment souligné que le paradigme dans lequel la science explique l’évolution humaine est complètement différent du paradigme dans lequel l’expliquent d’autres voies de connaissance, sans possibilité d’intégration de l’une dans l’autre. Oui en ce sens, l’augmentation de l’ancienneté de l’apparition des caractéristiques humaines est l’un des rares liens communs aux deux paradigmes.

Lire sur internet

https://elpais.com/elpais/2019/12/11/ciencia/1576085162_065582.html
https://www.nature.com/articles/s41586-019-1806-y.epdf referrer_access_token=boBYZFMSpG_3mQhPGGBQvtRgN0jAjWel9jnR3ZoTv0OrHLJXX3frqDE-UdL7M7YyKWotJktQ9HbxocXSBjzKQoKJfbiwIoZ4hac92euJg3LkYf32cWO9OxGT_np63cNtYC50L3ImkMRpjrpZDg2VOfXn7IMR1-te-Evw1pX_HTILdJJjQx1mEJkBvsBsMSZQmAtcVnmhsJCdpnsIHo39xUif3I_bHhectAxeZbllGlf
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par Michèle MORIZE
  • Le 24 novembre 2020
  • Art