La planète nous réclame de sortir de l’adolescence

 

J’ai passé une partie de mon été à accompagner des jeunes d’une ONG qui ont réalisé des travaux de volontariat dans des villages de Normandie en collaboration avec des associations locales. Il s’agissait d’enlever des embâcles qui empêchaient les poissons de circuler et de s’oxygéner, de construire des ponts en bois pour traverser les rivières et de restaurer des éléments du patrimoine local.

Ce fut une extraordinaire expérience de partage entre générations. Mais, chez la nouvelle génération, celle qu’on appelle génération Z – dont les aînés sont âgés de vingt ans –, est apparue très clairement l’importance de sortir de la compétition et d’agir dans des actions de coopération, de solidarité et d’intelligence collective. Nous avons constaté avec bonheur que les anciens faisaient l’effort de s’adapter à cette manière  différente d’agir, en libérant avec enthousiasme leur savoir-faire et leur savoir-être.

À l’instar de la très médiatisée Greta Thunberg (1) en Europe, ces jeunes sont très sensibles aux questions écologiques et à la nécessité de retrouver un nouveau rapport de l’homme à la nature. Tous n’ont pas une vision de catastrophisme. Mais sans aucun doute, ils s’interrogent sur la lucidité des adultes et leur capacité de répondre et d’agir, et non pas simplement de réagir, face aux difficultés du monde actuel qui ne se résument pas uniquement aux difficultés inhérentes au changement climatique, ce qui serait la facilité.

Actuellement, le changement des nouvelles générations se traduit par le passage d’une génération adolescente « canapé/selfie » sans aucun engagement, à une nouvelle génération qui passe à l’action.
Pour cela, et comme l’explique très bien le psychiatre pour adolescents Marion Robin (2), les jeunes doivent passer avec succès par trois étapes. Pour les aider dans ce périple et leur faciliter la traversée, les adultes qui les accompagnent doivent s’abstenir de toute moralisation qui pourrait les conduire vers des impasses. Apprendre à supporter la prise de conscience de sa propre finitude, modifier radicalement son rapport à autrui, et agir sur soi pour agir sur le monde, telles sont, selon cette spécialiste, les conditions pour qu’un jeune sorte de l’adolescence et ne s’enferre pas dans une passivité adulte aliénante. Alors que l’entrée dans l’adolescence permet de regarder le monde d’un œil neuf et de le remettre en question, la sortie de l’adolescence rend possible la construction et la véritable action dans le monde.
« C’est l’entrée dans l’adolescence qui rend possible l’intelligence visionnaire, mais c’est la sortie qui rend possibles la réalisation de cette intelligence dans les actes, l’engagement dans la vie, lorsqu’on a pressenti la mort, l’engagement dans la survie psychique et physique de l’espèce, lorsque ces remparts sont à ce point menacés ».

Nous ne devons rester ni stupéfaits ni en adoration frisant l’idolâtrie devant les mouvements adolescents qui dans le monde, réclament aux adultes de modifier leur mode de vie. Nous devons par contre, les écouter et les accompagner, pour qu’ils ne restent pas adolescents toute leur vie et qu’ils assument leurs responsabilités, en partageant avec eux notre envie de rendre le monde meilleur.

Pour cela, comme le dit Délia Steinberg Guzman, nous devons nous débarrasser de nos pollutions intérieures, qui sont à l’origine des pollutions extérieures (3) qui sévissent dans le monde. Devenons, comme le disait Gandhi, le changement que nous voulons voir dans le monde.

Je vous souhaite une belle rentrée positive et créative.

(1) Née en 2003, Greta Thunberg est une militante suédoise qui lutte contre le réchauffement climatique. À 15 ans, elle proteste devant le parlement suédois contre l’inaction face au changement climatique. Elle reçoit plusieurs prix et distinctions pour son militantisme et certains médias décrivent son impact au niveau mondial comme l’« effet Greta Thunberg »
(2) Auteur de Ado désemparé, cherche société vivante, éditions Odile Jacob, 2017, 192 pages
(3) Lire l’article Pollution extérieure et pollution intérieure de Délia Steinberg Guzman dans la revue page 22
Par Fernand SCHWARZ
Président de la Fédération Des Nouvelle Acropole