« La personne humaine dans l’œuvre de Carl Gustav Jung », Tome 2, Âme et spiritualité »

 C’est dans un authentique rapport avec le monde des dieux que l’âme garde sa jeunesse. Le premier tome de cet ouvrage avait pour objet de définir la nature de la personne humaine dans l’esprit de Jung dans des contextes multiples. Le présent essai le présente, prenant en considération les croyances de toute la planète, posant le problème de leur confrontation avec le monde moderne.

« Pas d’âme au bout du scalpel » disait un philosophe du siècle des Lumières ! Pourtant, bien qu’invisible, l’âme n’en demeure pas moins un concept fort passionnant. Certaines cultures dites traditionnelles ont considéré que chaque homme avait plusieurs âmes, une croyance qui ne fait que traduire la complexité de la nature humaine. Notre savant voyait en elle un pont entre la conscience raisonnable et le monde immense gisant au-dessous d’elle.

Au-delà de l’inconscient personnel, C.G. Jung affirmait qu’existait une partie commune à laquelle il a fini par donner le nom d’inconscient collectif. En celui-ci existait des énergies puissantes appelées archétypes, s’exprimant à travers les mythes, les contes, les légendes. Dynamisé par ces forces, l’homme est relié à l’univers. C’est le thème du héros, symbole de la construction de la personnalité et de la difficulté à la mener à bien.
Dans la deuxième moitié de la vie, il est loisible à certaines personnes de travailler à leur individuation. La toison d’or, le Graâl sont des expressions de notre Soi, Dieu au plus profond de soi-même. « Il n’y a pas la moindre raison pour que l’on doive, ou ne doive pas, nommer le Soi transcendant Christ, ou Bouddha, ou Purusha, ou Tao » (1)

Spiritualité chrétienne et monde moderne

C’est avec recul que Jung considérait le culte chrétien. Réalité difficile à saisir, Dieu a longtemps été réservé à une minorité d’initiés, une pluralité de dieux ayant un caractère plus sécurisant. « Notre véritable religion est un monothéisme de la conscience, un état de possession par la conscience accompagnée d’une négation fanatique de l’existence de systèmes fragmentaires autonomes » (2). Ce fut la gloire du peuple hébreu de proposer au monde la foi en un Dieu unique, permettant une unification de toutes les virtualités de la nature humaine. Jung, cependant, considérait qu’elle gardait un caractère inachevé ainsi que l’exprime le drame de Job.

C.G. Jung considérait que la Foi en un Dieu unique gardait un caractère inachevé ainsi que l’exprime le drame de Job.

C.G. Jung considérait que la Foi en un Dieu unique gardait un caractère inachevé ainsi que l’exprime le drame de Job.

Cette distance ne devait plus exister dans le Nouveau Testament. En venant connaître la condition humaine et être confronté à la souffrance, Dieu comble ce fossé. « C’est de la souffrance de l’âme que germe toute création spirituelle et c’est en elle que prend naissance tout progrès de l’homme en tant qu’esprit » (3).

Il fallait encore que la présence du Christ soit installée dans le cœur de la créature après sa mort. C’est le sens pris par la troisième personne de la Trinité, le Saint Esprit, Dieu intériorisé en soi. « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieux » répondit Jésus aux pharisiens. En l’individu existait dès lors une distinction entre ses devoirs envers la société et ce qu’il était libre de croire en son for intérieur. « En tant que phénomène psychologique, le christianisme est à l’origine d’un progrès considérable du développement de la conscience » (4). Mais dans leur faiblesse, les hommes ont préféré déifier le fondateur de religion et lui rendre un culte plutôt que s’assimiler sa nature en faisant vivre en eux le Saint Esprit. « Vous êtes des dieux ! » (5) disait le Christ. Cette injonction faite aux fidèles ne fut pas suivie, et, par une installation commode dans la tradition, les chrétiens cédèrent à la facilité en se mettant à l’adorer. À partir de là, ils firent de Dieu, infiniment bon, l’image du seul bien supérieur et dénièrent au mal toute existence réelle. Seul le mauvais usage que l’homme avait fait de sa liberté en était la cause. De ce choix, les nombreuses chasses aux sorcières qui sévirent aux différentes époques donnent une image dramatique.
Pour lutter contre cette infériorité psychologique, Jung tentait de faire comprendre à ses contemporains la nécessité d’intégrer le mal. A la Trinité, symbole susceptible d’amener la créature à la perfection, le psychologue ajoutait la quaternité, expression de la perfection même. Au Père, au Fils et au Saint Esprit, devait s’associer le diable, donnant au mal un caractère relatif.

Union entre les contraires

La première union recherchée est celle entre la conscience et l’inconscient, condition indispensable à la conquête de l’harmonie intérieure.

La première union recherchée est celle entre la conscience et l’inconscient, condition indispensable à la conquête de l’harmonie intérieure.

Ce nouvel équilibre devait résulter pour Jung de ce qu’il appelait l’union des contraires valorisée par la culture orientale. La première union recherchée est celle entre la conscience et l’inconscient, condition indispensable à la conquête de l’harmonie intérieure. « Derrière les opposés, et dans les opposés, se trouve la vraie réalité qui voit et embrasse le tout » (6).

Une comparaison entre Jésus et le Bouddha est riche de signification. Le Christ a invité les hommes à mener une vie simple mais ne les a pas coupés de l’action. Le résultat est que ceux-ci encourent le risque de détruire le monde avec la bombe atomique. À l’inverse, le Bouddha n’a jamais imposé l’action à l’homme et a voulu que la vie s’éteigne peu à peu.

 Moins dogmatique que Freud, Jung traite de toute la diversité de l’âme humaine. Il estime que le progrès des hommes ne résultera pas de réformes politiques, économiques ou sociales, mais par un effort personnel de l’individu sur lui-même.

Saint-Augustin le disait, « Une âme qui s’élève élève le monde ».

(1) Carl Gustav Jung, La vie symbolique, psychologie et vie religieuse, Éditions Albin Michel, 1989, page 201
(2) Carl Gustav Jung, Commentaire sur le mystère de la Fleur d’Or, Éditions Albin Michel, 1979, page 52
(3) Carl Gustav Jung, Marie-Louise Von Franz, Joseph L. Henderson, Jolande Jacobi, Aniéla Jaffé, L’homme et ses symboles, Éditions Robert Laffont, 1964, page 200
(4) Ibidem, page 47-48
(5) Évangile saint Jean, X, 34
(6) Carl Gustav Jung, Psychologie et orientalisme, Éditions Albin Michel, 1985, page 271
La personne humaine dans l’œuvre de C.G. Jung, Tome 2, âme et Spiritualité
par Didier LAFARGUE, Éditions du Désir, 2018, 214 pages, 22 €
https://www.editionsdudesir.fr/produit/la-personne-humaine-dans-loeuvre-de-jung-ame-et-spiritualite-didier-lafargue/
Par Didier LAFARGUE