La Fête de l’automne

L’équinoxe d’automne, symétrique de celui du printemps, correspond à un des deux moments de l’année où le jour a une durée égale à celle de la nuit. À partir de là, le jour ira diminuant jusqu’au solstice d’hiver.


L’automne, lié à l’élément Terre, est l’époque des vendanges, celui où les feuillages vont se parer de couleurs éclatantes, comme pour célébrer la lumière alors qu’elle se prépare à décliner, l’époque de la chute des feuilles, des labours et des semailles, de l’enfouissement des graines sous la terre où elles mourront et deviendront racines pour renaître et sortir de terre au printemps suivant.
C’est aussi l’époque de la saint-Michel (le 29 septembre), associé au mythe du combat contre le dragon, symbole du nécessaire affrontement avec nos dragons intérieurs et l’adversité extérieure, auquel nous invite l’incarnation (1).

Voici quelques sources d’inspiration pour élaborer une fête de l’automne à l’intention des plus jeunes, enfants ou adolescents. Sachant que le cœur de cette célébration, le plus significatif pour eux, est la plantation d’une ou plusieurs graines, recueillies si possible dans la nature, campagne, forêt, jardin… que chacun va solennellement planter dans un pot qu’il gardera ensuite chez lui et soignera jusqu’à ce qu’elle germe et se développe. On peut aussi apporter des épis de blé à battre afin que les enfants en recueillent eux-mêmes les grains. Et clôturer par un goûter avec des fruits de saison et du jus de raisin et de pomme. Et bien sûr, de retour à la maison, garnir la table des saisons, recouverte de sa nappe rouge, de ce qu’on a rapporté de la sortie dans la nature.

Le symbolisme des semailles et de la graine

La fête des semailles, qui avait lieu dans la Grèce antique au début de l’automne, était associée au mythe qui raconte l’enlèvement de Perséphone, la fille de la déesse Déméter, par le dieu des Enfers, Hadès, qui n’accepta de la rendre à sa mère que pendant la moitié de l’année, le printemps et l’été. Déméter est la déesse de la Terre nourricière qui préside à l’agriculture. La jeune Perséphone, sa fille, symbolise, pendant son séjour dans le monde souterrain, la graine qu’on enfouit dans la terre. Elle en reviendra au printemps pour donner naissance à une plante nouvelle. Comme chaque année, Perséphone revient sur terre pour vivre près de sa mère jusqu’à l’automne suivant, après la récolte (2).

La graine est une promesse, riche de tout le potentiel de la plante. Mais ce dernier ne peut s’actualiser et s’épanouir que si la graine est mise en terre. Elle est ainsi liée au cycle de la vie et de la mort, inséparables jumelles qui s’entre-nourrissent mutuellement et naissent l’une de l’autre ; exemple par excellence des opposés/complémentaires, source d’absurdité et de désespoir si on les oppose, source d’une Vie qui les dépasse l’une et l’autre lorsqu’on les marie. La graine symbolise le périple initiatique, passage par une mort symbolique pour renaître à un palier de conscience supérieur, irréversible.

Dans beaucoup de mythologies, ce sont les dieux qui ont donné le blé aux hommes et leur ont appris à le cultiver et à en faire du pain. C’est Déméter (3) chez les anciens Grecs. Isis et Osiris chez les anciens Égyptiens…

Le symbolisme du blé et du pain

On peut aussi imaginer une fête de l’automne autour du blé et de la fabrication de pain. En partant du grain qu’on plante et qui donnera naissance à un épi qui sera mûr en été. Car il suffit d’un grain de blé pour donner naissance à un épi, c’est-à-dire à un grand nombre de
grains.
Le blé transformé en pain est symbole de nourriture, celle de notre corps au sens propre, celle de notre âme au sens figuré. Le pain figure l’alchimie de la transmutation : il faut que le grain soit enterré, qu’après des mois passés sous terre dans l’obscurité, il soit ensuite coupé au moment la moisson, moulu pour en faire de la farine, pétri, cuit, mâché, digéré, assimilé enfin, sans qu’aucune de ces étapes soit négligée, pour qu’il nourrisse et profite à qui l’a mangé. Le blé alors, par un prodigieux et stupéfiant saut qualitatif, échappe au règne végétal, pour devenir chair dans le règne animal ou humain.

Ce même processus est celui que chacun d’entre nous est appelé à vivre. Chacune de nos expériences, aussi minime soit-elle, est à l’image du grain de blé. Occasion d’enseignement et source de conscience accrue, si nous savons en tirer la substantifique moelle ou, pour utiliser une image plus appropriée, la fleur de farine (celle qui est moulue le plus fin). Devenue partie intégrante de nous-mêmes, elle est passée de la sphère de l’avoir ou du paraître à celle de l’être et nul ne peut plus nous l’ôter. Comme le pain, elle nous fait grandir et, nous faisant gravir l’échelle de la conscience, nous achemine vers le divin.
Manger du pain est un acte hautement symbolique qui, si nous savons l’associer à tout ce dont il est porteur, nourrit les liens qui nous relient à nous-mêmes, aux autres, à la Nature.

Hymne à la Terre-Mère

Nous vous proposons, pour terminer, cet hymne amérindien à la Terre-Mère (4) :
« Le moindre recoin de cette terre est sacré… Chaque aiguille de pin luisante, chaque grève sablonneuse, chaque écharpe de brume dans le bois noir, chaque clairière, le bourdonnement des insectes, tout cela est sacré.
Les fleurs parfumées sont nos sœurs, le cerf, le cheval, le grand aigle sont nos frères ; les crêtes des montagnes, les sucs des prairies, le corps chaud du poney, et l’homme lui-même, appartiennent à la même famille.
Les fleuves sont nos frères, ils étanchent notre soif. Les fleuves… nourrissent nos enfants… Vous devez vous souvenir que les fleuves sont nos frères et les vôtres, et l’enseigner à vos enfants, et vous devrez leur témoigner la bonté que vous auriez pour un frère…
Nous le savons : la terre n’appartient pas à l’homme, c’est l’homme qui appartient à la terre. Nous le savons : toutes choses sont liées comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses sont liées.
Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre. L’homme n’a pas tissé la toile de la vie. Il n’est qu’un fil du tissu. Tout ce qu’il fait à la toile, il le fait à lui-même
Vous devez apprendre à vos enfants… que la terre est notre mère. Tout ce qui touche la terre touche les enfants de la terre. Quand les hommes crachent par terre, ils crachent sur eux-mêmes.
La terre est notre mère. Aimons cette terre comme le nouveau-né aime le battement du cœur de sa mère.… »

(1) Rappelons que, autour du 1er novembre, alors que la nature s’enfonce dans l’obscurité de la saison froide, les Celtes célébraient la fête de Samain, le Nouvel An celte qui comporte trois temps : la mémoire des héros et la fête des Morts que clôturent des réjouissances populaires. La fête de Samain correspond à la Toussaint dans le monde chrétien
(2) Voir un court récit de ce mythe dans l’article C’est quoi la mythologie ?, paru dans la revue Acropolis N° 312, novembre 2019
(3) Chez les Romains, Cérès, d’où les céréales tiennent leur nom
(4) Extrait de la Déclaration du chef indien Seattle, des Duwamish, prononcée en 1855 devant l’assemblée des tributs à Port Elliott, aujourd’hui Seattle, États-Unis. À l’intention de Franklin Pierce, Président des États-Unis d’Amérique, après la demande des blancs d’acheter leur terre
par Marie-Françoise TOURET