La cause animale vue par les philosophes

Dans « La cause animale vue par les philosophes », l’auteur s’interroge sur la relation de l’homme avec les animaux. Voici des extraits de cet ouvrage (1).

Depuis la plus haute Antiquité, l’homme s’interroge sur sa relation avec les animaux. Certains philosophes ont pris leur défense depuis l’époque des présocratiques jusqu’à nos jours. Même si la réflexion sur le statut de l’animal occupe une place marginale dans la philosophie occidentale, elle n’en est pas moins cruciale. Elle provoque des questions sur ce qu’est l’homme, dans sa spécificité ou son absence de spécificité. Autrement dit, en quoi consiste réellement le propre de l’homme ? Face à l’insensibilité, voire la cruauté de l’homme envers l’animal, on peut se demander si un animal ne pourrait pas être plus humain qu’un homme. Notre relation à l’animal nous interroge en effet sur qui nous sommes vis-à-vis de ceux que nous considérons différents. Qu’en est-il alors de notre humanité ? Et si elle dépendait de notre relation à l’animal, mais aussi à la nature dans son ensemble, dans toutes ses expressions ?

Reconnaissance de la cause animale

Depuis le 16 février 2015, les animaux sont officiellement reconnus en France dans le code civil comme des « êtres vivants doués de sensibilité ». Cette reconnaissance de la sensibilité animale est le résultat d’un ample mouvement social et culturel, constitué d’associations et de défenseurs des animaux, qui a pris naissance dans les années 1970, lancé par les fondateurs de l’éthique animale : Peter Singer, auteur en 1975 de La Libération animale, et Tom Regan qui a publié, en 1983, Les Droits des animaux, son œuvre majeure.
La cause animale s’inscrit aujourd’hui dans un mouvement large de contestation d’un modèle de développement industriel considéré injuste et insoutenable sur le plan de l’environnement.
L’animal est devenu un sujet politique. On manifeste en son nom, on milite pour qu’il ait des droits.
Sommes-nous en train de comprendre que nous sommes allés trop loin dans l’exploitation des animaux ? Notre sensibilité ne supporte-t-elle plus la souffrance animale filmée et médiatisée ?

Ce livre a pour but d’évoquer les principaux philosophes qui se sont faits les défenseurs de la cause animale, et ce depuis l’Antiquité grecque, et d’étudier contre quels arguments ils ont dû lutter. L’homme et l’animal, ce sont trois mille ans de relations tumultueuses.

La cause animale, le rapport à l’autre

Ce qui est intéressant avec ce sujet de la cause animale, c’est qu’il ouvre le questionnement sur de vastes horizons, et notamment celui de notre rapport à l’autre. L’autre, c’est l’animal, mais de manière plus vaste, ce peut être la femme, le barbare, l’étranger, l’infidèle, le sauvage, le primitif. On le rejette, on le tue, on le soumet, on l’admire aussi car la différence dérange et fascine en même temps. On constate que c’est dans l’opposition aux autres que l’homme se définit le plus aisément. Et nos sociétés, considérées développées, peuvent se montrer cruelles face à ceux qui échappent à leur champ d’humanité. Les habitudes de pensée ou de comportement sont difficiles et longues à changer. Toute société a une certaine appréciation d’elle-même, de ses pratiques, de ses coutumes, de ses institutions. Et une appréciation en général positive, sinon elle en aurait changé. Ce qu’elle fait, elle le trouve normal.

(1) Ce titre appartient à la collection Petites conférences philosophiques

 La cause animale vue par les philosophes
par Brigitte BOUDON
Éditions Ancrage, 2021, 90 pages, 8 €

par Brigitte BOUDON
Formatrice à Nouvelle Acropole Marseille

© Nouvelle Acropole