Geneviève de Gaulle-Anthonioz, un combat pour la dignité humaine

Geneviève de Gaulle a consacré sa vie pour la dignité humaine.  Elle nous transmet une leçon de vie pour faire face au déni de la nature humaine. « Le secret de l’espérance, c’est le secret de la fraternité » (1) est la clé de la résilience face à l’inacceptable.

Geneviève de Gaulle est née en 1920. Elle est la nièce de Charles de Gaulle. Enfant, elle vit de terribles souffrances car elle perd sa mère puis sa sœur. Elle a 13 ans quand elle lit Mein Kampf (2) à la demande de son père. Elle est consciente de la barbarie de l’idéologie nazie.
En 1940, elle est étudiante à la Faculté d’Histoire à Rennes. Son premier geste de résistance consiste à retirer un drapeau nazi sur un pont et elle abandonne ses études pour combattre.
En 1943, elle est arrêtée sur dénonciation au sein du réseau Défense de la France.
Elle est internée au camp de femmes de Ravensbrück. « C’était la destruction de l’âme qui était le programme de l’univers concentrationnaire » (3). Elle va nourrir l’espérance avec des amies dont Germaine Tillon, ethnographe, qui transmet les ressorts du nazisme. Une solidarité morale et matérielle s’est construite. « C’est une force sans laquelle personne n’en serait revenu… Elles agissaient toujours ensemble. » (4). Un combat pour la dignité humaine.

Geneviève est dans le bloc le plus dur avec un chef tortionnaire qui frappe les femmes avec un battoir. Ses camarades vont la sauver in extremis de la mort. Une gardienne tchèque va utiliser un stratège pour la sortir du bloc. La force naît aussi des « petites choses, des attentions » qui permettent de continuer d’espérer et de « traverser la nuit » comme marquer l’anniversaire avec un gâteau fait avec un peu de mie de pain pétri dans de la mélasse.

Garder sa dignité d’être humain

Une solide culture aide à comprendre le monde. Apprendre que Himmler est actionnaire du camp et tire un profit de leur propre esclavage permet de ne pas subir.
« La porte est en dedans ». Porter en son cœur la beauté de la nature, permet de garder sa dignité d’être humain et d’entretenir la flamme de l’espérance.

Geneviève et ses amies prisonnières partageaient la poésie et la prière. Geneviève récitait des psaumes. Charles Péguy (5) était une source d’inspiration le matin, à 3 heures debout dans le froid. « À aucun prix, je ne voulais me séparer dans ma prière des plus misérables, celles qui volaient le pain, se battaient dans la distribution de la soupe […], je devais partager leur humiliation, comme la fraternité et le pain … » (6)

En 1944, Himmler sait que la guerre est perdue et veut se servir de Geneviève comme monnaie d’échange. Le Général de Gaulle ne donne pas suite à ce chantage. Elle est oubliée et reste isolée plusieurs jours dans un bunker. Elle a deux compagnons, des blattes qu’elle nomme Hector et Félix. Félix dormait dans le creux de son bras. Elle organisait des courses avec comme appât une mie de pain. Une infirmière la découvre et la sauve. La Croix-Rouge la libère.

Le combat pour la dignité des femmes déportées à la libération

La France a été pillée. Les femmes déportées ont tout perdu. Avec son réseau d’amies, elle organise leur accueil. Geneviève ne croit qu’à la fraternité qui seule sauve les êtres humains. Elle s’engage à donner des conférences pour financer le projet, et ceci malgré les conditions difficiles de l’époque (sa santé, le transport…) et l’exigence intérieure de raconter l’horreur.  Son nom de Gaulle porte une charge, on lui fait confiance. Elle assume cette responsabilité. Son moteur est la justice. Une association est montée : L’Association nationale des déportés et internées de la Résistance ».
Elle épouse Bernard Anthonioz et avec lui rejoint le cabinet de André Malraux (7). Leur combat est politique : faire le choix de la culture, de l’art, de l’éducation plutôt que le profit et la compétition économique.

Le combat pour la dignité des pauvres

En 1958, une rencontre va bouleverser sa vie : le Père Joseph Wresinsky fondateur de ADT Quart-Monde. La visite du bidonville de Noisy-le-Grand (département 93) est un choc. Le Père Joseph se consacre entièrement à l’action contre l’exclusion. Il refuse l’assistanat, et a pour projet de construire la civilisation : une bibliothèque, un jardin d’enfants, une salle de beauté pour les femmes. Il a besoin d’aide car il veut placer la réflexion sur le terrain politique. Geneviève accepte et quitte le cabinet André Malraux.

Geneviève de Gaulle-Anthonioz était dans une égalité totale de relation avec tous les êtres humains. Elle agit auprès du Père Joseph. Un acte important est leur rencontre avec le Président Georges Pompidou au début de son mandat. Les exclus doivent avoir un travail, gagner leur vie, s’insérer dans la société. Le Président répond en accordant le bénéfice d’une soirée à la Comédie Française au profit d’ADT quart monde. (8). C’est la douche froide. « La recette d’une soirée mondaine alors qu’il s’agissait de mettre sur le terrain politique le rapport à l’exclusion et à la misère ». Geneviève de Gaulle-Anthonioz et le Père Joseph rebondissent. Les pauvres de Noisy seront présents à cette soirée et échangeront positivement avec certains politiques très attentifs. Il faudra attendre 1998 pour le vote de la loi contre les exclusions. (9)

Geneviève nous invite à réfléchir sur le mystère de l’espérance. Au centre de la civilisation, l’union est sacrée : solidarité et dignité. Cette approche est philosophique, globale et elle s’inscrit dans la durée. L’idéologie du progrès économique a démontré qu’elle conduit à la désunion. Si chacun assume son propre pouvoir, cela peut peser positivement sur l’ensemble.
Refuser l’inacceptable a toujours été l’inspiration de cette femme d’exception.

(1) Le secret de l’espérance, Geneviève de Gaulle Anthonioz, Éditions Fayard, 2001, 192 pages, page 176
(2) Ouvrage d’Adolf Hitler, rédigé entre1924 et 1925. Il est autobiographique et est le manifeste politique du parti national-socialisme allemand
(3) La traversée de la nuit, Geneviève de Gaulle Anthonioz, Éditions du seuil, 1998, 84 pages, page 23
(4) Geneviève de Gaulle, les yeux ouverts, Bernadette Pécassou, Éditions Calmann Lévy, 2020, 320 pages, page 49
(5) Écrivain, poète et officier de réserve français (1873-1914)
(6) La traversée de la nuit, Geneviève de Gaulle Anthonioz, Éditions du seuil, 1998, 84 pages, page 24
(7) Écrivain, homme politique et intellectuel français (1901-1976), ministre sous le gouvernement de de Gaulle et ministre d’État charge des affaires culturelles (1959-1969)
(8) Geneviève de Gaulle, les yeux ouverts, Bernadette Pécassou, Éditions Calmann Lévy, 2020, 320 pages, page 234
(9) Allocution de Geneviève de Gaulle-Anthonioz à l’Assemblée nationale le 15 avril 1997
À voir sur Internet
https://www.youtube.com/watch?v=kzBer0FeKLg
https://www.atd-quartmonde.fr/register/genevieve-de-gaulle-anthonioz-refuser-linacceptable/ils-elles-ont-milite-avec-genevieve-de-gaulle-a-atd-quart-monde/
par Marie-Annick LOYER
Formatrice de Nouvelle Acropole de Rouen
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