Et si l’avenir dépendait de notre imagination ?

Et si l’avenir dépendait de notre capacité à raconter des histoires qui nous enthousiasment tout en incarnant déjà des projets de transition ? Le dernier livre de Rob Hopkins (1) nous y invite.

Il existe une puissante attraction du futur lorsqu’il nous est donné à voir par l’intermédiaire de l’art visuel, de la parole ou du chant poétique. D’un autre côté, notre raison réclame des preuves ; elle a peur de perdre ses repères, ses acquis et d’en souffrir. Paradoxalement, dans notre période historique, nous avons besoin de voir, toucher, vivre et imaginer simultanément. Nous avons besoin de constater que des forces sont déjà présentes et en œuvre, ici et maitenant, pour nous donner un avant-goût du futur et libérer nos imaginations.

Le mythe, outil de l’imaginaire

Une dialectique existe entre un futur puissant, beau et attirant et de petites actions visibles et incontestables. La raison constate que c’est possible et l’imaginaire amplifie ce que la raison a constaté ; par analogie, l’imaginaire applique les petits changements à toutes les facettes de la culture, de l’art, de la science, de la religion et de la politique. Cette harmonie des contraires ou tension entre raison et imagination construit un chemin, un pont, une transition entre notre monde actuel et celui de demain.
Dans la tradition laissée par les civilisations passées et en particulier la Grèce, le mythe est l’instrument privilégié de l’imaginaire et chaque homme ressentait, grâce à son éducation, son propre pouvoir de le réactualiser. Le mythe était présent dans son histoire sous forme de tragédies, drames ou comédies.

La peur du futur est une maladie récente née d’une panne ou d’un assèchement de l’imaginaire et du constat du résultat délétère des idéologies. Le futur nous panique et le passé reste muet, mort et inutile. Platon, en son temps, avait fait son œuvre en réactualisant les anciens mythes grecs. Redéclencher aujourd’hui le pouvoir de l’imaginaire est ce que propose Rob Hopkins, l’auteur du Manuel de Transition. Il publie fin 2019 un nouveau livre Et si… on libérait notre imagination pour créer le futur que nous voulons ? Né en 1968 à Londres, Rob Hopkins  est un enseignant en permaculture, initiateur en 2005 du mouvement des Villes en Transition. Son génie est de conter, donner à voir, faire connaître, encourager, faciliter et donner des ailes à des dizaines de milliers d’individus à travers le monde qui osent chaque jour construire des déviances, des alternatives écologiques difficiles et joyeuses. Il nous engage à utiliser la puissance du « et si ». Et si on redonnait vie et place à l’initiative citoyenne ? Avant que le doute et l’impossible nous terrassent, que la panique nous prenne, nous voyons des exemples imparfaits mais réels donnant vie et force à notre imagination.

Quel bonheur de récupérer notre plus grand pouvoir humain !  Oser rêver, en étant conscient de la réalité, donne le pouvoir de faire, d’écrire l’histoire, de déjouer les scénarios sans perdre notre cœur, notre bonté, notre amour de la vie et de l’autre.

Ne plus se satisfaire de critiques

Ce livre de Rob Hopkins est un condensé de mythes réactualisés qu’il nous donne à voir, à travers la parole libérée d’une raison castratrice, limitante, découpant le réel en partie fragmentée. La raison reprend sa juste place et nous aide à constater de manière pragmatique le terrain que nous allons transformer. En effet, notre temps ne peut plus se satisfaire de critiques. Il devient indécent de comploter ou de se nourrir seulement de collapsologie.

Le choix proposé par la philosophie de la transition est de réveiller le potentiel de chacun dans un réseau humain respectueux et relié, partageant une vision du futur commune. Le moyen employé est l’imagination. Le constat de la situation, l’incertitude, l’ambiguïté nécessitent une foi en l’homme et en l’avenir, une spiritualité active ne fuyant pas le réel. L’imagination créatrice et transformatrice commence par un changement de regard, par le fait de voir les choses autrement, à l’école, dans l’espace public, privé, en entreprise, dans le monde politique.Tout antagonisme, tout problème possède par définition une force de retournement, une bifurcation créatrice donnant potentiellement naissance à un nouveau courant de vie.

Le « et si » libère les puissances de l’imagination et celle-ci se vérifie dans la vie réelle à l’échelle locale, associative, communale, dans un pays ou un autre. Et si les journalistes reprenaient leur rôle de témoigner et de reconstituer une image globale et cohérente d’un monde en transition ? Et si la mission du chroniqueur était de nous chanter les exploits des héros du quotidien ? Et si la première chose à entretenir et éveiller chez l’enfant puis l’adulte était son pouvoir d’imagination ?

(1) Et si… on libérait notre imagination pour créer le futur que nous voulons ? Rob Hopkins, préface de Cyril Dion, Actes Sud, juin 2020
par Philippe GUITTON

Villes, villages, rues en Transition, l’ambition d’une alternative urbaine

Le mouvement de Transition est né en Grande-Bretagne en 2006 dans la petite ville de Totnes. L’enseignant en permaculture Rob Hopkins avait créé le modèle de Transition avec ses étudiants dans la ville de Kinsale en Irlande un an auparavant. Il y a aujourd’hui plus de 2 000 initiatives de Transition dans le monde, en 50 pays, dont 150 en France, réunies dans le Réseau International de la Transition. Il s’agit d’inciter les citoyens d’un territoire (bourg, quartier d’une ville, village), à prendre conscience, d’une part, des profondes conséquences que vont avoir sur nos vies la convergence du pic du pétrole et du changement du climat et, d’autre part, de la nécessité de s’y préparer concrètement. Imaginer le futur pour le construire.
Lors de la création du mouvement, les « transitionneurs » avaient cette maxime : « si nous attendons le gouvernement, il sera trop tard ; si nous agissons individuellement, ce sera trop peu ; mais si nous agissons ensemble, nous pourrions être dans les temps. »

Il s’agit de mettre en place des solutions fondées sur une vision positive de l’avenir et qui visent à réduire fortement la consommation d’énergie d’origine fossile et nos émissions de carbone ; renforcer la résilience de nos territoires, leur capacité à absorber les chocs à venir, par une relocalisation de l’économie (alimentation, énergies) ; renforcer les liens, les solidarités et la coopération entre l’ensemble des acteurs du territoire ; acquérir les compétences qui deviendront nécessaires au renforcement de notre autonomie.
Dès lors, chaque groupe local de Transition trouve par lui-même les solutions qui lui conviennent en fonction de ses ressources et de ses enjeux. Il n’y a pas de réponse toute faite. Le modèle de Transition offre un cadre de travail participatif. Une initiative de Transition a comme objectifs de mettre en place des actions concrètes : achats locaux et collectifs, jardins partagés, monnaie locale, Incroyables Comestibles, Repair Cafés, recycleries, fêtes, conférences ; soutenir et valoriser les réalisations portées par d’autres (associations, Agenda 21, entreprises…) ; encourager et favoriser la convergence entre les initiatives citoyennes et entre ces initiatives et les actions des pouvoirs publics sur les territoires.

La démarche des initiatives de Transition est résumée dans le Manuel de Transition (1) qui a fait connaître Rob Hopkins partout dans le monde. Des histoires de gens ordinaires qui font des choses extraordinaires ont été collectées. Des petits territoires et des communautés locales impriment leur propre monnaie, produisent de plus en plus leur nourriture et leur énergie, relocalisent leur économie… Une idée qui se propage à grande vitesse, une expérimentation sociale imaginative et réaliste qui propose des réponses et des solutions en ces temps d’incertitude.

(1) Manuel de Transition, de la dépendance au pétrole à la résilience locale, Rob Hopkins, Éditions Écosociété, 2010, Montréal

Vient de paraître

Hors-série imprimé de la revue Acropolis
Le monde d’après, effondrement ou renaissance ?
par collectif
Éditions Nouvelle Acropole, 2019, 78 pages, 8 €

En 1972 le rapport Meadows modélisa les perspectives de croissance exponentielle avec les risques encourus d’instabilité et d’effondrement. En 2015, Pablo Servigne et Raphaël Stephens confirmèrent cette théorie à travers leurs ouvrages sur la collapsologie. Fin 2019, une pandémie du coronavirus COVID-19 apparut engendrant une crise sanitaire, économique et sociale mondiale dont on ignore l’étendue et les conséquences dans les années à venir. Un arrêt sur image sur le monde d’avant et des doutes et incertitudes sur le monde d’après. Nous sommes entrés dans un monde VICA (volatile, incertain, complexe et ambigu). Assistons-nous à la fin du monde ou à la fin d’un monde ? Comment sera le monde de demain ? Si nous voulons un monde différent, nous devons procéder à des changements individuels et collectifs. Individuellement par une transformation de soi-même suivie d’une renaissance, la pratique d’un dépassement de soi, d’un héroïsme et d’une philosophie quotidiens pour vaincre les épreuves de la vie. Collectivement par la vision d’un monde ré-enchanté et renouvelé, basé sur des aspirations nobles et élevées, le retour à la nature, à la spiritualité et au sacré, l’application de valeurs humaines de coopération, de solidarité, de vivre ensemble et la pratique d’une éducation et d’une vie morale amenant à devenir acteur et responsable dans la cité. Ce dixième numéro annuel du hors-série imprimé de la revue Acropolis propose des thèmes de réflexion pour redonner espoir à tous ceux qui se sentent impuissants et démunis face à la situation actuelle, et stimuler l’envie et l’enthousiasme de tous ceux qui veulent agir dans et pour le monde de demain.

Numéro à se procurer dans les centres de Nouvelle Acropole (adresses sur www.nouvelle-acropole.fr)
Se libérer du patriarcat
Le mythe de la Genèse revisité
par Marie-Odile BRETHES et Catherine VALLÉE
Éditions Oriane, 2015, 240 pages, 22 €
Un ouvrage passionnant qui nous parle malgré les connaissances ésotériques que les deux auteures possèdent et mettent à notre portée pour décrire ce qu’a vécu l’humanité depuis sa création et ce que nous vivons encore, hommes et femmes, avec le challenge de partir à la quête de notre conscience pour acquérir la plénitude par le développement de  nos capacités créatrices. Les auteures ont fondé l’École Plénitude d’Art-Thérapie Évolutive où elles enseignent une psychologie transpersonnelle et développent une pensée philosophique intuitive.