Éditorial N°302

La quête des sens, mais quel sens ?

Chacun de nous cherche un sens à sa vie sur ce qu’il est et veut devenir. Nous avons le choix de partir de critères matériels ou spirituels.

 

Chacun de nous, à un moment donné, en début ou en fin d’année, s’interroge sur sa vie, sur ce qu’il est et veut devenir. Mais cette quête de sens, inhérente à tout être humain, n’est pas forcement d’ordre spirituel. Une grande partie de nos contemporains fondent le sens de leur vie à partir de critères matériels ou psychologiques qui se reflètent aujourd’hui dans le modèle de la société de consommation.

En réalité, on peut vivre en se laissant vivre, à partir de nos acquis, avec comme moteur, l’idée de posséder, d’avoir, d’exister et de se montrer. C’est la voie du confort physique ou/et psychologique. Sous le prétexte de vivre raisonnablement, on agit au gré des circonstances, en se protégeant et développant un profond besoin de sécurité qui peut rendre les individus incapables de faire face à la difficulté, à l’adversité et à l’imprévu.

Ainsi, le repli sur soi et l’individualisme produisent une multitude d’individus indifférents à la société, à autrui et aux grands enjeux. Tout le sens de leur existence se résume au paraître. Mus par le moteur « j’aime, je n’aime pas », ils sont très dépendants du qu’en dira-t-on, du besoin d’afficher une image de bien–être, de plaire à n’importe quel prix et d’agir selon leurs désirs.
Ce choix de ce mode de vie, basé sur l’idée de ne pas déroger à sa zone de confort, s’avère être très mécanique, rempli d’habitudes qui enferment doucement les individus dans des dépendances génératrices de peurs et de confusions.

Le psychanalyste Olivier Douville nous explique que lorsque le sujet ne peut prendre appui sur ce qu’il y a de plus intime en lui, il fabrique des symptômes – l’arrogance, la colère ou la malveillance – qui sont les moyens de supporter son angoisse, mais l’empêchent de penser, d’aimer ou de créer. Cet état de névrose, induit par le sens qu’il veut à donner à sa vie, le pousse à l’extrême méchanceté… envers lui-même. Dans l’itinéraire de cette quête des sens, que le docteur Jean Cottreaux (1) appelle « le noyau dur de la connerie », on est dans la logique du « tout m’est dû ». Nous sommes d’ailleurs témoins au quotidien de nombreux égarements et bêtises individuels et collectifs qui se produisent dans nos sociétés et qui finalement nous conduisent au non sens.

On peut, par contre, chercher le sens de nos vies à partir de l’être, de l’intelligence ou de l’esprit. Dans beaucoup de traditions, l’esprit est associé au souffle, un souffle qui traverse tout ce qui existe et qui par conséquent, relie l’individu à l’existence toute entière, puisqu’ être spirituel apporte toujours une vision universelle. L’esprit est associé dans l’homme à l’intelligence qui lui permet de comprendre le monde mais aussi de s’en libérer. « Quand l’intelligence devient une faculté pratique de la liberté – dit le philosophe Bertrand Vergely (2) – et non plus une faculté théorique de l’explication de la réalité, on a affaire à l’esprit. »

Quand on décide de donner un sens spirituel à sa vie, ce choix se traduit par une pratique de l’élévation de la conscience vers le meilleur de soi-même afin de le partager avec autrui. On apprend à faire face à l’adversité et à être responsable de sa vie, donc à répondre de ses actes et faire ce que l’on croit être son devoir.
Alors, l’idée du sens acquiert toute sa valeur. Le sens désigne d’une part, une direction qui pointe vers la partie la plus élevée de soi-même et d’autre part, une signification, celle de remplir, de combler ses manques pour s’accomplir. C’est alors que la vie apparaît comme pleine de sens et nous enrichit à chaque instant.
La spiritualité devient alors une capacité d’éveil à soi et aux autres et conduit à une pacification intérieure, engendrant la transformation et la réalisation de soi : un état de conscience en quête de ce qui est durable, impérissable, en quête de la réalité au-delà des apparences. Comme l’expliquait Gandhi, nous devenons ainsi le changement que nous souhaitons voir dans le monde.

Chers lecteurs en quête de sens, je vous remercie de nous avoir accompagnés tout au long de cette année 2018 et je vous souhaite de méditer sur ce qui donnera sens à votre année 2019 !

(1) Psychologie de la connerie, ouvrage collectif sous la direction de Jean-François MARNION, Édition Sciences Humaines, 2018, 377 pages, 18 €
(2) Dictionnaire de la philosophie, Bertrand VERGELY, Éditions Milan, 2004, 256 pages
Par Fernand SCHWARZ
Président de la Fédération Des Nouvelle Acropole