Éditorial N°323

La philosophie, une aide à la résilience

L’arrivée de l’automne nous a obligés à quitter l’insouciance de l’été. Le pays est aujourd’hui soumis à une double crise sanitaire et terroriste. La résilience des Français est mise à rude épreuve. C’est bien « l’aptitude d’un individu ou d’un groupe à se construire et à vivre de manière satisfaisante en dépit des circonstances traumatiques » qui est le défi d’aujourd’hui. Nous sommes en train de vivre des situations paradoxales et contradictoires qui nous réclament une ressource intérieure, et comme l’a formulé Françoise Fressoz : « nous éprouvons tous la cruauté d’une situation dans laquelle aimer l’autre consiste à s’en tenir éloigné le plus possible ». C’est bien la pratique au quotidien de la philosophie qui peut le plus nous aider dans cette épreuve, dans laquelle il faut en plus, combattre la défiance et le pessimisme.

Les philosophies antiques, qui reviennent aujourd’hui à la mode, ont proposé à l’être humain un art de vivre, contrairement à la plupart des philosophes modernes qui l’ont transformé dans un langage technique réservé aux seuls spécialistes, tombant dans le piège pressenti par le philosophe Kant de devenir un « artiste de la raison ».

La philosophie proposée par Socrate, les stoïciens et les épicuriens préparait initialement à vivre autre chose que ce que l’on peut voir aujourd’hui. Leur enjeu était d’apporter aux êtres humains des propositions pour mieux vivre, pour développer des réponses aux préoccupations de tout un chacun. Tout en proposant des voies différentes, ces écoles de philosophie coïncidaient sur le même diagnostic.
L’homme se trouve dans un état d’inquiétude, malheureux, en proie aux soucis, à l’anxiété et à l’avidité et surtout, déchiré par les passions. Cet état affectif et intellectuel est suffisamment puissant pour dominer sa vie mentale et l’assujettir à une vision partiale et partielle. Mais l’être humain peut être délivré de cet état où il ne vit pas vraiment, il peut accéder à une vie authentique, s’améliorer et se transformer, apprendre à vivre, non pas assujetti aux préjugés humains et aux conventions sociales, mais conformément à sa nature intérieure et à sa dimension profonde. Par la pratique d’exercices comme ceux qui modifient le corps de l’athlète, la philosophie développe la force d’âme, modifie le climat intérieur de chacun, transforme la vision du monde et finalement l’être tout entier. Plutarque disait « c’est la pratique de la philosophie de Socrate qui est sa vraie philosophie ».

C’est pour cette raison que, dans toutes nos écoles de philosophie pratique en France, nous allons dédier la Journée mondiale de la Philosophie (1) instituée par l’UNESCO, à la promotion de la pratique des exercices spirituels selon les écoles de philosophie antiques, pour les rendre accessibles à tous.

Nous pensons sincèrement que ces pratiques simples qui mobilisent le corps et l’esprit peuvent nous aider à ne pas confiner nos esprits.

(1) Troisième jeudi du mois de novembre. Lire l’annonce des activités de la Journée mondiale de la philosophie page 19
Par Fernand SCHWARZ
Président de la Fédération Des Nouvelle Acropole