Connais-toi toi-même

« Connais-toi toi-même » est la phrase, placée sur le fronton du temple d’Apollon à Delphes, qui a été attribuée à différents philosophes grecs et même à la tradition égyptienne, bien qu’elle soit principalement associée à Socrate.

Que « Connais-toi toi-même » puisse avoir une valeur universelle ne nous étonne pas car tous les sages auront réfléchi, avec des mots plus ou moins similaires, sur l’intérêt humain de se connaître soi-même, pour avoir un point de départ afin d’arriver à l’univers que nous pouvons percevoir et concevoir.
C’est un conseil positif pour parvenir à sa propre identité, à partir de laquelle il est plus simple de comprendre d’autres identités dans tous les règnes de la Nature.

Objections possibles à « Connais-toi toi-même »

Cependant, il y en a qui considèrent « Connais-toi toi-même » comme « dangereuse » parce que tout change et nous aussi, de sorte que nous ne pourrions connaître qu’un moment de nos vies, en dépréciant les variations qui se produisent en nous-même et dans notre entourage. Ce serait comme rester pétrifiés dans une image instantanée qui n’a pas à être véritable parce qu’en général, il existe une contradiction entre ce que nous sommes et ce que nous aimerions être.
En citant l’écrivain André Gide : « Une chenille qui cherche à se connaître elle-même ne se transformera jamais en papillon. »
Cette dernière phrase est, précisément, un modèle des objections superficielles et faciles qui évitent tout travail intérieur et font qu’une chenille ne parvient jamais à se transformer en papillon, parce qu’elle ignore les capacités cachées qu’elle peut développer.
Au contraire, nous voulons trouver le sens profond d’identité que renferme ce concept.

« Connais-toi toi-même » implique d’assumer les changements

Celui qui n’arrive pas à se connaître véritablement, en découvrant les recoins de son être, peut mal examiner ses faiblesses et ses valeurs actives ou potentielles ; il se laisse exister dans le confort du quotidien ou au mieux assume les changements émotionnels qui l’emportent comme le vent les feuilles tombées des arbres.
Se connaître, c’est le faire dans tous les plans, en assumant les changements naturels et ceux que nous pouvons obtenir à travers nos décisions prises librement. Il est évident que tout change et cela fait partie de l’identité que nous cherchons : savoir quels changements obéissent à l’évolution tant désirée par tous ou les changements qui ne laissent pas d’être des velléités sans aucune continuité.

Le corps change avec les années mais nous savons qu’avec plus ou moins de rides, avec telles ou telles maladies, nous continuons à être nous-mêmes ; nous continuons à affirmer « mon corps ». Nous avons constaté qu’avec le temps, nous perdons nos énergies mais alors que certaines diminuent, d’autres surviennent, faisant place à des expériences intérieures dont nous n’aurions jamais rêvé. Les émotions sont variables et, malheureusement, affectent notre état d’âme, bien que nous sachions qu’au sein de la colère ou de la douleur nous continuons à être nous-mêmes ; par contre, il existe des sentiments durables qu’aucun contretemps ne peut nous enlever, des sentiments que nous avons depuis notre enfance et qui se renforcent avec la maturité et nous procurent un plus grand bonheur. Les grandes idées, celles qui sont véritablement nôtres, ne changent pas ; on passe de ne pas avoir d’idées ou en avoir très peu à établir celles qui nous soutiennent bien qu’elles changent en bien, renforçant leur profondeur et leur compréhension.

Notre volonté peut intervenir en adoucissant ou réduisant les changements négatifs ou bien en amplifiant ceux qui sont positifs. La vieillesse peut être maturité ; l’énergie peut être une force intérieure qui jamais ne s’épuise ; les émotions peuvent être dominées en élevant la conscience ; et les idées peuvent s’élargir en les enrichissant avec de nouvelles expériences.  À tout cela, nous pouvons et devons ajouter un discernement moral et spirituel qui nous confère solidité et une sage mise à profit de la vie.

Savoir qui nous sommes derrière les changements

Se connaître soi-même n’est pas fixer son identité à un moment ou à un autre mais savoir qui nous sommes en dépit de la variabilité des moments. Nous sommes l’axe et les poutres de notre édifice personnel, bien que, selon les besoins, nous procédions à des réparations, des modifications, des améliorations, la rénovation d’espaces et de décorations. Pour cela, il faut arriver jusqu’aux poutres porteuses et particulièrement à l’axe qui, bien qu’invisible, est le fondement des événements intérieurs et aussi de beaucoup d’autres autour.

Se connaître soi-même, c’est développer une autre façon de voir, d’écouter, d’utiliser les sens dont nous nous servons quotidiennement. Le tact peut devenir beaucoup plus subtil si nous prêtons attention à la manière dont nous touchons les choses. L’odorat peut nous faire jouir ou souffrir selon la conscience que nous mettons dans les odeurs qui nous entourent. Le goût peut passer de la satisfaction ou du dégoût devant les aliments à la perception de saveurs infinies et insoupçonnées. Mais ce que nous avons le plus besoin de développer est l’ouïe et la vision intérieure. Nous pouvons écouter et voir à l’intérieur et de cette manière commencer le simple mais interminable travail de conquête de la connaissance de notre identité.

Se rapprocher de tout ce qui existe

Pourquoi entreprendre cette tâche ? Parce que mieux vaut vivre avec quelqu’un de « connu » que de passer la vie près d’un inconnu que nous sommes nous-mêmes. De même et très particulièrement, parce que si nous apprenons à nous reconnaître, nous pourrons faire la même chose avec les autres, en appliquant une plus grande connaissance, une plus grande sensibilité et une plus grande compréhension.

De là à faire un saut jusqu’à la Nature entière, il n’y a pas loin. Notre propre identité nous rapproche beaucoup plus d’un arbre, d’un animal – quels qu’ils soient – et des simples pierres qui « parlent » à travers leur forme et leur couleur. Le ciel acquiert une autre dimension, tout comme les luminaires qui l’enrichissent. Le sens de la vie, qui était auparavant une énigme ou un chaos sans signification, apparaît. Enfin, nous sommes et n’existons plus seulement.

Certains critiques disent que n’importe qui aurait pu graver la phrase « Connais-toi toi-même » dans le temple de Delphes.  Non ! N’importe qui, non ! Celui qui l’a fait savait très bien le message qu’il voulait nous transmettre. Ne perdons pas cette opportunité d’atteindre l’identité. Savoir qui nous sommes nous rend un peu plus sages, plus capables de bonté, plus justes et plus harmonieux à tous points de vue.

par Délia STEINBERG GUZMAN,
Présidente d’honneur de l’association internationale Nouvelle Acropole
Traduit de l’espagnol par Marie-Françoise Touret
N.D.L.R. : Les intertitres ont été rajoutés par la rédaction
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