Comment des personnes pacifiques se retrouvent dans la peau de casseurs

Faisant suite à l’article sur la Théorie des Signatures, « les semblables soignent les semblables », il est intéressant de constater que dans le domaine du cerveau, fonctionner en utilisant les semblables n’a pas que des avantages.

Apprentissage par imitation.

Apprentissage par imitation.

Bien que l’homéopathie, qui soigne les semblables par les semblables, soit violemment attaquée officiellement comme étant empirique et inefficace, nous savons depuis quelques années, grâce au neurologue italien Giacomo Rizzolatti, que réagir à son semblable est le phénomène par lequel les neurones-miroirs s’expriment dans le cerveau. Ce phénomène présente l’avantage incontestable de permettre à l’être humain (et accessoirement aux singes supérieurs) l’acquisition d’un nombre très important de compétences, y compris le langage, et la capacité de comprendre et d’interpréter les intentions et les comportements des autres personnes. Apprentissage par imitation, transmission rapide des connaissances acquises, les neurones-miroirs remplissent ainsi de très nobles fonctions pour le développement et l’évolution de l’homme.

La loi de l’« encamaradement »

En revanche la découverte il y a quelques années par l’épidémiologiste Gary Slutskin du mode de transmission des comportements violents et criminels par ce même phénomène contagieux et transmissible des neurones-miroirs, nous fait constater amèrement que l’envers de la médaille est moins reluisant, concernant les comportements humains. Et comme il est toujours plus instinctif et plus rapide d’imiter le mauvais que le bon, l’image de la violence se transmet telle une traînée de poudre dans un rassemblement à caractère revendicateur, dès que quelques individus commencent à s’exciter violemment.

L’image de la violence se transmet telle une traînée de poudre dans un rassemblement à caractère revendicateur, dès que quelques individus commencent à s’exciter violemment.

L’image de la violence se transmet telle une traînée de poudre dans un rassemblement à caractère revendicateur, dès que quelques individus commencent à s’exciter violemment.

L’intervention élective de l’activation des neurones-miroirs provoque un phénomène, qui déresponsabilise les individus ; « des personnes apparemment pacifiques se retrouvent dans la peau de dangereux casseurs » comme l’écrit la neuroscientifique Sumaiya Shaikh, et perdent ainsi leur propre autonomie de jugement.
Ce phénomène d’« encamaradement » décrit par Sébastian Haffner a été repris par Alain Finkielkraut : « La camaraderie est totalitaire en ceci qu’elle occupe toutes les instances, tous les bastions de l’appareil psychique ; les pulsions sont encamaradées, le moi est encamaradé, le surmoi est encamaradé. On est tout ensemble relâché et sous pression, intempérant et obéissant, libéré du joug de la moralité et enchaîné à une nouvelle norme sociale ».

Quel traitement ?

Déjà, il faut bien mettre en évidence que, s’il suffit de regarder des éléments violents pour avoir envie de les imiter, le premier remède commencera par calmer le jeu des médias et de tous les réseaux sociaux avides de ce genre d’informations.  Ensuite, comme le dit Gary Slutskin, qui a créé l’association Cure Violence (Soigner la violence) aux États-Unis,la violence étant comparable en tous points à une maladie contagieuse, le traitement consistera à stopper la contagion en s’adressant aux premiers contaminants pour essayer de les ramener à la raison, en s’occupant des moins atteints pour réduire l’effet-masse, et en orientant les groupes vers des activités positives pour réduire leurs problèmes. Ce traitement ne passe pas par la répression mais par une remise en question et le dialogue. Il est utilisé avec succès à Chicago pour remédier aux méfaits des « gangs ».
On ne vantera donc jamais assez les effets positifs du dialogue, outil indispensable d’une éducation à la paix. Une technique qui a fait ses preuves depuis Platon et qui semble plus que jamais d’actualité aujourd’hui.

Lire
Article d’Anne Guion, Violents malgré eux, ou comment l’émeute se propage, paru dans le journal La Vie du04/12/2018
Histoire d’un Allemand : souvenirs (1914-1933), de Sébastien HAFFNER, Éditions Acte Sud, 2003
Sur internet :
https://www.vexilla-galliae.fr/ipse-dixit/1898-la-camaraderie-est-totalitaire
Par Michèle MORIZE