Aristote, l’art du bonheur

La petite collection « Petites conférences philosophiques » des éditions de la Maison de la philosophie, s’attache à rendre la philosophie accessible à tous, philosophes d’hier et d’aujourd’hui. La revue Acropolis se propose de vous faire découvrir tous les mois des extraits d’un livre.

Dans ce numéro, il s’agit d’Aristote, l’art du bonheur. Voici un extrait du livre.

Tout le monde connaît le fameux proverbe : « Une hirondelle ne fait pas le printemps. » Mais qui sait que c’est Aristote, le philosophe grec, qui a écrit cette phrase, dans ses réflexions sur le bonheur ? La phrase entière est d’ailleurs : « Car une hirondelle ne fait pas le printemps, non plus qu’une seule journée de soleil ; de même ce n’est ni un seul jour ni un court intervalle de temps qui font la félicité et le bonheur. » Éthique à Nicomaque, I, VII, 16.

Pourquoi vivre si ce n’est pour chercher le bonheur, le posséder, le garder ? Aristote se pose, comme nous, de multiples questions sur le bonheur. Il nous étonne cependant par ses réponses simples et directes, loin de notre société de consommation et de jouissances immédiates. Pour lui, le bonheur est lié au choix d’une vie morale en société, dans une relation d’amitié authentique à la portée de chacun. Tout dépend donc de nous, de notre capacité à tisser des liens durables avec les autres et non de courir après des plaisirs passagers.

Aristote, ce philosophe grec du IVe siècle avant J.-C., disciple de Platon, nous donne des clés essentielles, des réflexions qui n’ont pas pris une ride. C’est l’une des forces de la philosophie antique que de nous parler de choses qui défient les affres des siècles qui passent. Alors, nous allons nous plonger avec délectation dans ses deux œuvres qui traitent plus précisément du bonheur, Éthique à Nicomaque et Éthique à Eudème.

Déjà, à l’époque d’Aristote, la bataille fait rage entre ceux qui lient intimement la recherche du bonheur à la moralité, et leurs adversaires qui défendent la thèse de l’immoralité pour être heureux. Dans ce contexte, Aristote nous propose une échelle vers un bonheur durable, permettant à chacun d’accéder à une vie heureuse. Plus que cela encore, il aborde le bonheur comme un pouvoir en devenir, l’actualisation de notre essence humaine… Mais procédons par étapes !

Le nom par lequel il nomme le bonheur est le terme grec eudaimonia, qui se décompose en eu, qui signifie bon, et daimonia, puissance divine, destin. On le traduit en français par le mot eudémonisme, synonyme de bonheur, de félicité. Attention à ne pas confondre ce terme eudémonisme avec celui d’hédonisme, qui est la recherche du plaisir.

La thèse philosophique de l’eudémonisme identifie la vie heureuse à une vie bonne, moralement accomplie. Le bonheur est de la responsabilité de chaque être humain, et surgit de l’intérieur vers l’extérieur. Cette idée, selon laquelle l’homme vertueux accède à la seule source du bonheur humain, Aristote, mais aussi Socrate et Platon avant lui, l’ont défendue contre les objections fortes qui leur étaient opposées. Par exemple, les sophistes Polos et Calliclès, interlocuteurs de Socrate dans le Gorgias de Platon, défendent le fait que les tyrans et les hommes méchants sont les plus heureux des hommes. En revanche, pour ces mêmes sophistes, un homme juste, refusant de commettre la moindre action coupable, verrait sa réputation détruite, ses biens confisqués, sa famille exterminée. Les sophistes cherchent à prouver qu’il est très improbable que la vie vertueuse soit une vie heureuse.

Le problème est donc épineux : être juste et malheureux ou injuste et baignant dans le bonheur ? Ou l’inverse ?

Extrait de Aristote, l’art du bonheur, Brigitte Boudon, Éditions Maison de la Philosophie, Collection Petites conférences philosophiques, 2016, 66 pages, 8 €
Disponible notamment dans les centres de Nouvelle Acropole (www.nouvelle-acropole.fr)
Par Brigitte BOUDON