2019, année de la responsabilité ?

Le 150anniversaire de la naissance du Mahatma Gandhi sera célébré le 2 octobre 2019.

À la fin de l’année 2018, j’ai été invité à Mumbaï (1), en Inde, au colloque Empowering Real Change : Leadership for a better world, premier événement de cette commémoration.

Le colloque a réuni des personnalités d’Asie de premier plan, telles que : le docteur Saadmu Chetri, qui a créé et mis en place au Bhoutan le concept du produit national du Bonheur ; la physicienne Vandana Shiva, que le magazine Forbes a citée comme étant l’une des sept femmes les plus puissantes du globe et reconnue pour ses travaux et son engagement dans l’écologie et le développement durable ; Mme Anu Aga, profondément investie dans l’éducation dans l’état de Bombay et qui a développé Teach for India (enseigner aux Indiens), mouvement destiné à réduire les inégalités au sein de l’éducation, dans sept villes de l’Inde ; Mme Chetena Gala Sinsha, qui s’occupe depuis plus de 20 ans de microfinance, aide les femmes en milieu rural à travers la Deshi Bank  qu’elle a créée, en soutenant 400.000 femmes dans leurs micros-projets ; Sonam Wangchuk, qui a eu l’idée de créer des stupa en glace pour aider son peuple à lutter contre la désertification au Ladakh, plus d’autres projets pédagogiques ; Ronnie Screwvala, un des plus grands entrepreneurs de l’Inde, considéré comme l’une des vingt personnes les plus puissantes d’Asie, qui a développé d’innombrables projets philanthropiques d’éducation et d’agriculture.

Les points communs de toutes ces personnes sont leur profond engagement et leur action dans la société. Elles ont compris que c’est par l’éducation, le développement durable et des micro-projets qu’elles pouvaient faire progresser les individus et la société, à travers les moyens matériels, les valeurs d’ordre spirituel et l’auto-gouvernance, tels que l’avait préconisé Gandhi à son époque. Un bon nombre d’entre elles, issues de milieu pauvre ont réalisé qu’elles pouvaient agir efficacement avec peu de moyens. Mais le plus frappant a été qu’elles ont toutes reconnu de façon unanime leurs échecs et avoir appris de leurs erreurs pour s’améliorer, en restant toujours ouverts.

Nos dirigeants occidentaux ainsi que tous nos experts et spécialistes veulent toujours démontrer qu’ils ont raison et qu’ils ne se trompent jamais. Ce qui les conduit à ne jamais apprendre de ce qu’ils font.

Le besoin de reconnaissance extérieure ne semble pas être un bon moteur pour évoluer, ni en soi ni à l’extérieur de soi. Il y a quelque chose à retirer, non seulement des sagesses d’Orient mais également de ceux qui agissent aujourd’hui concrètement.

À la fin de l’année 2018, plusieurs voix se sont élevées, rappelant l’urgence pour l’homme de sortir de l’utilitarisme, de redevenir humble et de se reconnecter à la nature et à la société, comme l’exprime si bien l’Indien Satish Kumar dans son dernier livre, Pour une écologie Spirituelle (2). Le pape François a également critiqué « l’insatiable voracité » de l’homme qui est devenu avide.

Déjà, les Égyptiens de l’époque des Pharaons expliquaient que l’homme avide n’avait pas droit à la tombe et l’on sait qu’ils ont dépensé plus d’argent pour leurs tombeaux que pour leurs propres maisons. L’être avide cherche toujours quelqu’un qui paie pour lui, non seulement d’un point de vue matériel mais d’un point de vue moral, refusant toujours sa propre responsabilité.

En ce début d’année 2019, nous devons nous interroger sur la véritable cause de la crise de sens, donc de l’être, qui touche nos sociétés.

Comme l’histoire l’a toujours démontré, la cohésion d’une société n’a jamais été recréée avec des moyens matériels ou financiers. Il lui faut un rêve, un idéal, des valeurs communes qui donnent envie aux hommes de partager une vie ensemble.

Nous avons perdu la vision commune. Il est urgent de la retrouver pour éviter la fragmentation de tous contre tous.

Il nous faut retrouver une espérance lucide, cette force qui nous incite, comme le dit Pascale Senk, à être actif et toujours en marche et joyeux. Elle réclame un optimisme intelligent, celui qui nous souffle : « j’ai une marge de manœuvre quand même, presque rien, pour me diriger peu à peu vers ce que je souhaite voir arriver ».

Une nouvelle année commence, un nouveau cycle démarre.
Saisissons notre opportunité et bonne année 2019 !

(1) Depuis 1995, la ville de Bombay porte officiellement le nom de Mumbaï
(2) Lire les articles sur Satish Kumar des pages 15 à 21
Par Fernand SCHWARZ
Président de la Fédération Des Nouvelle Acropole