100e anniversaire de la canonisation de Jeanne d’Arc, sainte et guerrière

« Souvenons-nous toujours, Français, que la patrie chez nous est née du cœur d’une femme, de  sa tendresse et de ses larmes, du sang qu’elle a donné pour nous. » (1)

Le 16 mai 2020, s’est commémoré, dans le plus grand des silences, COVID 19 oblige, le centenaire de la canonisation de Jeanne d’Arc, le 16 mai 1920 par le pape Benoît XV et de l’institution en France d’une fête nationale de Jeanne d’Arc, chaque année le 2e dimanche de mai. Les festivités prévues n’ont pu se tenir, mais ce centenaire vient à point pour rendre hommage, selon André Malraux, « à la seule figure de notre histoire sur laquelle se soit faite l’unanimité du respect. » (2)

Jeanne est née à Domrémy le 6 janvier 1412 et morte, brûlée vive sur le bûcher, à Rouen le 31 mai 1431, à 19 ans. Son épopée ne durera que deux ans.
« Je suis venue ici de par Dieu, le roi du ciel pour bouter les Anglais hors du royaume de  France… Si vous deviez me faire arracher les membres et faire partir l’âme du corps, je ne vous dirai autre chose » (3).
Ainsi parlait Jeanne, la pucelle, jeune fille d’à peine 19 ans que rien ne prédestinait à la gloire et aux faits d’armes, riche juste de sa foi et de sa détermination pour la mission divine dont elle s’est sentie investie. Forte de cet idéal, du message de ses voix, qu’elle avait commencé à entendre à l’âge de treize ans, et d’un engagement sans faille, elle parvint à réaliser ce qui paraissait impossible, rencontrer le Dauphin, lever et commander une armée d’hommes, battre les Anglais et rétablir l’honneur de l’armée, faire sacrer le Dauphin, redonner liberté et unité à son pays.
« Il était plus facile de la brûler que de l’arracher de l’âme de la France. » (4)

La fin de l’histoire nous la connaissons. En voulant venir au secours de Compiègne, elle est faite prisonnière par les Bourguignons qui, peu de temps après, la vendent aux Anglais. Ceux-ci veulent à tout prix se débarrasser de cette « pucelle » qui a réveillé l’âme de la France et redonné courage à tout un peuple. Elle est conduite à Rouen où l’évêque de Beauvais Pierre Cauchon « suppôt » des Anglais a pour mandat de la convaincre d’hérésie et si possible de sorcellerie.
En février 1431, le procès commence sous la direction de Pierre Cauchon aidé d’un inquisiteur. Jeanne sera maintenue dans une tour, dans des conditions atroces, attachée et gardée dans sa cellule, par des soldats. Elle expliquera que c’est par sécurité qu’elle garde « son habit d’homme ». Le procès durera sans relâche 4 mois. Son âme invulnérable ne cédera qu’une seule fois, en signant ce mystérieux acte d’abjuration. Elle reviendra peu de temps après sur cette abjuration et sera condamnée et brûlée le 30 mai, comme schismatique, menteuse, devineresse, suspecte d’hérésie, errante en la foi, blasphématrice et relapse. Ses cendres et son cœur, resté intact selon  la légende, seront jetés dans la Seine pour éviter que ses restes ne deviennent un objet de culte.

La France est libérée dix ans après comme elle l’avait prévu. Vingt-cinq ans après le supplice de Rouen, le procès de Jeanne d’Arc est rouvert, à l’initiative de sa mère, Isabelle Romée, et de ses frères, Pierre et Jean, qui en appellent au pape Calixte III. Aussi parce que la situation politique a changé. Un procès « pour cause de nullité » réhabilite la réputation de Jeanne. Le roi de France Charles VII ne pouvait admettre devoir son trône à une « hérétique et relapse ».
Laissons le mot de la fin à André Malraux, qui concluait son discours à Rouen le 31 mai 1964 par ces mots gravés sur la Place du Vieux Marché à Rouen : « Ô Jeanne sans sépulcre et sans portrait, toi qui savais que le tombeau des héros est le cœur des vivants, peu importent tes vingt mille statues, sans compter celles des églises : à tout ce pour quoi la France fut aimée, tu as donné ton visage inconnu. Une fois de plus, les fleurs des siècles vont descendre. Au nom de tous ceux qui sont ou qui seront ici, qu’elles te saluent sur la mer, toi qui as donné au monde la seule figure de victoire qui soit aussi une figure de pitié ! » (4).

Que Jeanne d’Arc puisse inspirer dans ces temps difficiles qui s’ouvrent devant nous, les héros que la France aime tant, les femmes et les hommes conscients de leur destin, qui veulent vivre selon leurs rêves et selon leur cœur.

(1) Histoire de France – Jules Michelet
(2)  (4) (5) discours d’André Malraux à Rouen pour les Fêtes Jeanne d’Arc le 31 mai 1964
(3) Procès de Jeanne d’Arc (1431)

Extraits tirés des actes du procès de Jeanne d’Arc de 1431 et du procès de réhabilitation
de 1455

Femme Courage
« Je fus la première à poser l’échelle en haut. Je leur disais :  » Entrez hardiment parmi les Anglais !  » Et moi-même j’y entrais. »
« Et après me disent mes voix :  » Prends tout en gré, ne te chaille de ton martyre. Tu t’en viendras enfin au royaume de paradis ». »
« J’appelle cela martyre pour la peine et adversité que je souffre en la prison. »
« Aviez-vous prescience que vous seriez blessée ? »
Jeanne : « Je le savais bien et l’avais dit à mon Roi,  mais que nonobstant il ne me laissât point de besogner. »

Femme engagée
« Si j’eusse su l’heure et que je dusse être prise, je n’y fusse point allée volontiers, toutefois, j’eusse fait leur commandement (aux voix) à la fin. » (Il s’agit de Compiègne…)

Femme déterminée
Au Dauphin Charles :
« Marchez résolument, ne doutez de rien, soyez homme, et vous recouvrerez votre royaume. »
« Ma voix m’a dit que je réponde hardiment aux juges ce qu’ils me demanderont au procès. »

 Femme persévérante
« Et je dis à Robert (Baudricourt) qu’il fallait que je vinsse en France. Robert par deux fois me repoussa et me refusa, et à la tierce, il me reçut et me bailla des hommes. »

Chef de guerre
« Je jure de vous suivre, Jeanne, moi et toute ma compagnie où vous irez. » (La Hire)
« Bâtard d’Orléans, prenez les dispositions immédiates de reconnaissance de la marche de Falstaff et n’oubliez pas que je vous donne l’ordre de me prévenir aussitôt qu’il sera signalé. S’il passe, sans que je le sache, je vous ferai oster la tête. »
« Sauf pour les questions de guerre, elle était simple et innocente. Mais dans la conduite d’une armée et dans celle de la guerre, dans sa façon de disposer une armée pour la bataille et de haranguer les soldats, elle se comportait comme le capitaine le plus expérimenté » Thibaut d’Armagnac.

 Femme de conviction et de foi
Je sais que (les Anglais) seront boutés hors de France.
Je sais que mon Roi gagnera la France.
Mon Seigneur servit le premier « De par le Roi du Ciel »

par Françoise BÉCHET