Vaincre l’intellectualisme

Face à l’intellectualisme qui devient très fréquent dans la société moderne, la philosophie semble être le remède : une sagesse qui associe pensée, action et sentiments, convergeant dans une même direction

L’une des si nombreuses – et passablement grave – maladies qui afflige l’homme actuel est l’intellectualisme. De ce mal on peut dire la même chose que de différents autres : qu’il attaque des types déterminés d’êtres vivants dans des conditions déterminées et qu’il apparaît habituellement à des âges déterminés ; on ne connaît pas la cause qui le produit et les remèdes appliqués sont en voie d’expérimentation, avec une alternance de succès et d’échecs.

L'intellectualisme est très fréquent dans la société actuelle.

L’intellectualisme est très fréquent dans la société actuelle.

Comme toujours, la maladie part de la décomposition d’une des parties de l’organisme. Lorsque le mental commence à travailler sans ordre ni sens, lorsque les idées deviennent obsessionnelles et envahissantes, sans laisser place à d’autres manifestations de vie, ce mental amoindri souffre d’intellectualisme. Ce qui, jusqu’alors, avait constitué le sain exercice des facultés mentales –plus ou moins développées– en vient à se transformer en désir effréné d’accaparer de plus en plus de données, d’obtenir de plus en plus de chiffres, de trouver un pourquoi – quel qu’il soit – à l’inexplicable, de raisonner ce qui ne peut être raisonné, de mépriser tout ce qui ne passe pas à travers le tamis de l’intellect.

Cet homme malade se déforme. Sa tête croît démesurément en même temps que se réduisent toutes ses autres expressions : le sentiment se refroidit, la foi s’éteint, la volonté faiblit, le corps s’engourdit. Rien de ce qui ne peut être rationalisé ne vaut la peine d’être vécu.

La philosophie cause de l’intellectualisme ?

Si nous ramenons sur le tapis cette curieuse et terrible maladie, c’est parce que ceux qui en sont affectés sont de plus en plus nombreux et parce que, malheureusement, on a l’habitude d’accuser la philosophie d’être une de ses causes. En ce sens, la philosophie est conçue comme un exercice intellectuel, dans lequel se combinent tous les concepts, des plus concrets aux plus abstraits, et dans lequel le mot a beaucoup plus de valeur que le concept lui-même. L’expression favorite de celui qui est devenu la proie de l’intellectualisme est un langage obscur, extrêmement complexe, sans signification dans la majorité des cas mais à l’impact fort, retentissant et catégorique, au point d’empêcher toute réplique ou désir d’explications supplémentaires.

Pour toutes ces raisons, et face à l’augmentation alarmante d’une telle épidémie, nous voulons mettre en évidence une fois de plus la valeur authentique de la philosophie comme activité intégrale, qui tente de développer un homme authentique dans toutes ses possibilités d’expression. Penser et parler ne sont pas à mépriser mais au contraire doivent aller de pair avec une action et un sentiment assortis. Les facultés intellectuelles sont fructueuses dans la mesure où elles confèrent des armes positives pour harmoniser l’être humain ; le corps doit recevoir les attentions adéquates, les sentiments doivent être cultivés avec le même soin que les idées, la volonté doit entrer en jeu pour une véritable réalisation des ambitions les plus nobles.

Nouvelle Acropole veut un homme équilibré, chez qui la tête ne pèse pas plus que les pieds sans que se produise l’effet contraire.

La maladie signalée provient donc – quoi qu’on utilise le mental – de l’ignorance. Et l’antidote la plus efficace est la sagesse, où s’unissent toutes les facultés humaines pour atteindre l’expression accomplie de chacune d’entre elles.

L’homme sain peut être intellectuel mais pas intellectualiste.

Par Délia STEINBERG GUZMAN

Présidente internationale de l’association Nouvelle Acropole

Traduit de l’espagnol par M.F. Touret

N.D.L.R. : Le chapeau et les intertitres ont été rajoutés par la rédaction