Un idéal de vie pour le XXIe siècle

L’homme a besoin d’idéal pour vivre. Qu’en-est-il aujourd’hui ? L’homme vit dans la peur. Le XXIe siècle a besoin d’hommes forts pour concrétiser ses rêves.

Nous insistons sur le fait que ce n’est pas la même chose d’avoir une idée et d’avoir un idéal. Des idées, nous en avons beaucoup, nôtres et empruntées, bonnes et mauvaises, mais aucune d’entre elles ne va au-delà de notre sphère intellectuelle. En effet, dans la mesure où elles transcendent le monde des pensées, dans la mesure où elles deviennent réalité par la force de notre volonté, dès lors il s’agit d’un idéal. Un idéal est une façon de vivre, une constante mise en pratique des idées qui satisfont notre mental.

Vivre dans la peur ?

 

L'homme a peur de la machine parce qu'elle a la force de  l'inexorable

L’homme a peur de la machine parce qu’elle a la force de l’inexorable

Le principal problème qui empêche l’homme du XXIe siècle de vivre un idéal est qu’il a peur. La machine, la technique ont tant avancé que maintenant l’homme, leur créateur, craint ses propres enfants. L’homme a peur de la machine parce qu’elle a la force de l’inexorable. L’homme a peur des changements bien qu’apparemment il s’en déclare partisan, et il en a peur parce qu’au fond il ne sait pas quoi mettre à la place de ce qu’il change ou détruit. L’homme a peur de sa vie intérieure, il a peur de rester seul avec lui-même, parce que les machines ne lui ont pas laissé le temps de découvrir qu’elle existait… et maintenant cela voudrait dire vivre avec un étranger. L’homme a peur du Mystère et, comme il le méconnaît, il le nie. L’homme a également peur de l’évolution parce que l’évolution implique sacrifice, effort de croissance. L’homme qui a peur va lentement, parce qu’il a besoin de s’appuyer fortement sur la matière. L’homme qui a peur simule le courage et méprise l’expérience du passé, ce qui n’est rien d’autre qu’une façon de reconnaître qu’il ne pourrait pas en faire autant…

Nous avons besoin d’hommes sans peur, d’hommes qui, le cas échéant, pourraient détruire mais toujours pour mettre quelque chose de mieux à la place des éléments usés, et en insistant sur le fait que, s’il n’y a pas dépassement, la destruction n’a pas de sens. Nous avons besoin d’hommes qui aient le courage de reconnaître l’héritage de l’expérience passée, sans besoin de faire semblant d’être nouveaux et sûrs d’eux-mêmes bien qu’appuyés sur un édifice sans fondation.

Si l’idéal religieux et l’idéal philosophico-moral se propagent, il est évident que l’idéal politique ne devra pas être moins parfait

Si l’idéal religieux et l’idéal philosophico-moral se propagent, il est évident que l’idéal politique ne devra pas être moins parfait

 L’idéal, fruit des archétypes

Pour pouvoir vivre un idéal, il nous faut concevoir les archétypes ou « anciens modèles», vieilles idées, capables de configurer un bon système de vie, noble, vertueux, humain et divin à la fois. C’est peut-être pourquoi nous devrions partir de l’analyse de l’Idéal Religieux, puisque la religion, dans son sens d’ «union», peut être au-delà de toute Église, en essayant que l’homme se retrouve avec lui-même et pour finir, avec Dieu. En dernière instance, ce que distingue l’homme des animaux n’est pas uniquement son aptitude à penser, mais son aptitude à concevoir une Logique supérieure à son entendement, un Quelque chose au-delà de toute compréhension mais qui appelle l’adoration et le dépassement de soi-même. Ce serait, plus largement, religion ou « réunion ». L’homme a besoin de la religion, non par incapacité ni par crainte mais parce que l’idée de Dieu fait partie de cet homme lui-même et, à tout prix, il a besoin de la chercher et de la trouver.

Tout idéal religieux débouche sur un idéal philosophico-moral, la philosophie étant la recherche de la connaissance de la vérité, et la morale le plus ferme appui sans lequel on ne peut concrétiser aucun des autres principes. Malheureusement, on a tant déprécié la valeur de la morale qu’aujourd’hui on la confond avec la bigoterie ou simplement avec les bonnes mœurs : mais on doit suivre les traces de la morale profonde qui détermine par où et comment doit cheminer l’homme s’il veut arriver à sa vérité dont il rêve tant. Rien de mieux pour trouver la vérité que laisser parler en nous le sens commun, «le moins commun des sens» mais pour que ce sens fleurisse il faut développer la paix et la sérénité en nous-mêmes, de sorte que la voix intérieure puisse être entendue. On nous dira que c’est impossible, qu’en ce monde bruyant la possibilité du silence n’existe pas ; mais rappelons-nous que, par exemple, les arts martiaux orientaux sont nés lorsque les hommes, privés d’armes, ont dû s’ingénier à utiliser leurs propres mains pour défendre leur vie. De même, nous pourrions apprendre à faire silence au milieu du bruit.

Retrouver un idéal politique parfait ?

Et si l’idéal religieux et l’idéal philosophico-moral se propagent, il est évident que l’idéal politique ne devra pas être moins parfait. Rappelons-nous que la politique a toujours été la conduction de la polis (cité), des peuples, vers des étapes de dépassement et de plus grand perfectionnement, tant matériel que spirituel. Cependant, aujourd’hui, la politique n’est pas idéale et l’on ne peut parler d’un idéal politique parce que sont nés des mythes dénigrants qui ont obscurci la vision des hommes. L’un de ces mythes est celui de la fausse liberté et, par fausse liberté, l’homme s’octroie le droit de «faire ce qu’il veut», sans se rappeler qu’il doit d’abord savoir ce qu’il veut faire. Le libre arbitre implique préalablement la possession du discernement et discerner, c’est savoir choisir… qualité rare dans le monde actuel, celui dans lequel tous les êtres souffrent face à l’indécision et à l’angoisse.

Si l’idéal politique de conduction suit les justes voies, alors l’art et l’éducation aussi s’acheminent par où ils doivent aller. De même, l’art symboliserait les impulsions esthétiques et pas les simples instincts, et l’éducation deviendrait un apostolat et pas un commerce.

Enfin, rappelons-nous que dans l’ancienne Égypte, on parlait de quatre faces pour pouvoir faire l’ascension de la pyramide : religion, art, sagesse, pouvoir. De sorte que nous, les hommes, aurions de multiples opportunités de trouver un sentier par lequel déboucher finalement sur la compréhension de la Divinité qui se trouve au sommet. Il ne s’agit pas de proposer la recherche pour la recherche en soi, mais une recherche qui a besoin de trouver ce à quoi elle aspire.

Il n’y a rien de plus triste que le spectacle des rêves morts, chez les hommes qui n’ont pas su protéger ni alimenter ces rejetons spirituels qui sont les siens. L’homme a peur de tuer des hommes, ou considère cela comme un crime, mais il ne s’occupe pas de la mort de ses rêves, des rêves qui un jour osèrent fleurir dans son cœur, mais qui furent annihilés au nom d’un matérialisme stupide qui, de toutes manières, ne peut apporter aucun aliment éternel.

Le XXIe siècle réclame des hommes forts, capables de rêver, certes, mais aussi capables de concrétiser leurs rêves, en mettant en jeu le meilleur de leur volonté. Concrétiser un rêve n’est pas simplement l’imaginer ; encore faut-il le réaliser… De sorte que nous terminerons en affirmant que l’idéal que nous proposons et voulons pour notre siècle, pour nos hommes, est un IDÉAL FORT POUR DES HOMMES FORTS.

Par Délia STEINBERG GUZMAN

Traduit de l’espagnol par Marie-Françoise Touret.

N.D.L.R. Le chapeau et les intertitres ont été rajoutés par la rédaction