Bertrand VERGELY

Initiation au voyage intérieur, le défi d’aujourd’hui

Philosophe, enseignant, écrivain et conférencier, Bertrand Vergely est l’auteur de nombreux ouvrages sur la philosophie (notamment aux Éditions de Milan). Fernand Schwarz, anthropologue, philosophe et écrivain, spécialiste de la philosophie antique interroge l’auteur sur son dernier ouvrage «Deviens qui tu es» dans lequel l’auteur s’intéresse à la sagesse des philosophes grecs anciens qui pour lui est toujours d’actualité dans le monde d’aujourd’hui.

deviens qui tu esFernand SCHWARZ : Vous avez publié récemment un livre «Deviens qui tu es» (1). Qu’est-ce que devenir qui l’on est ?

Bertrand VERGELY : Il y a plusieurs façons de devenir qui on est. Cela peut vouloir dire mettre du devenir dans son être et se mettre en mouvement. Une autre interprétation plus martiale serait d’accepter sa médiocrité pour se transformer. La meilleure interprétation et la plus formidable est de penser qu’il y a de l’Être en soi et qu’il faut être à sa hauteur , et alors, nous sommes devant le programme de la philosophie et de la vie humaine : passer de l’existence à l’Être et ainsi rentrer dans la dimension ontologique de soi-même, ce qui serait la nouvelle la plus merveilleuse de la vie. Nous sommes des êtres socio-psychologiques et nous rentrons dans la dimension ontologique.

F.S. : Cela serait-donc comme un voyage intérieur ?

B.V. : C’est un voyage intérieur. Voyager veut dire passer d’un pays à un autre. Il y a le pays du visible et le pays de l’invisible, le pays existentiel et le pays ontologique.

F.S. : Quels seraient les pièges pour ne pas tomber dans la subjectivité, de l’égo qui pense être déjà arrivé, qui met en avant ses désirs … ?

B.V. : Le plus grand piège est la confusion de soi avec le monde visible. Puisqu’on parle de mon livre, ce sont les sophistes (2) qui nous posent des pièges. Actuellement, la société tombe dans  trois écueils : suivre ce qui plaît, suivre ce qui se fait, et suivre ce qui est efficace. Ce n’est pas parce que quelque chose plaît que cela Est, ce n’est pas parce que cela se fait que cela doit Être, et ce n’est pas parce que cela fonctionne que cela est forcément juste du point de vue des principes. Notre société juge d’après les conséquences et non d’après les principes. C’est une inversion par rapport à la dimension ontologique. Dans cette dernière, l’on doit juger les choses par rapport aux principes et non par rapport aux conséquences. Ce n’est pas parce que cela est efficace que cela fonctionne, car tout dépend ce que nous y mettons. D’expérience, je n’arrête pas de voir le monde autour de moi penser à ce qui plaît, à ce qui se fait et à ce qui a du succès sur le moment.

F.S. : Quelle est la raison la plus simple pour laquelle tant de personnes tombent dans le piège ?

B.V. : La raison est que les personnes sont dans l’Être primaire. Il faut faire la différence entre ce qui nous permet de survivre et de vivre. Ce qui nous permet de survivre, Bergson (3) l’a très bien vu, c’est l’intelligence technique, le cerveau prédateur, celui qui domine les choses en les ramenant au contrôle de l’égo. Il y a une deuxième intelligence, l’intelligence intuitive consiste à recevoir ce qui vient d’en haut et là, nous ne sommes plus face au cerveau prédateur, nous en sommes délivrés et alors nous nous ouvrons aux forces et aux énergies célestes. En fait, je m’aperçois que le défi de l’être humain est qu’il rentre d’abord dans une intelligence avec son égo et ensuite qu’il en sorte. Et le grave problème de l’évolution humaine est que l’être humain reste à un niveau primaire, et là il est en exil. Cet exil est très bien décrit dans la Bible. L’Être reste dans une intelligence primaire, et ne se tourne pas vers une intelligence profonde.
Je crois que l’être humain a pour vocation et pour rôle de faire passer un univers inconscient à un univers conscient voire surconscient. Tout le problème de l’être humain est de rentrer dans le monde et d’en sortir, et cela bloque quand il reste prisonnier de son égo, de l’intelligence technique, de l’intellect prédateur, du monde visible. Ainsi il vit dans l’enfermement. On s’aperçoit ainsi que toute notre civilisation est basée sur l’intellect prédateur et n’est plus connectée à sa mission et à sa vocation.

F.S. : Cela signifie-t-il que l’éducation ne joue pas son rôle ?

B.V. : Aujourd’hui, l’on ne sait plus ce que veut dire éduquer. Il n’y a plus de but à l’éducation ni à la civilisation. En 1967, dans un entretien avec Roger Stephane (4), André Malraux (5) dit : «nous sommes la première civilisation dans l’histoire de l’humanité où l’homme n’a plus de but, la vie n’a plus aucun sens, les gens ne savent plus pourquoi ils vivent et pourquoi ils meurent». Comment voulez-vous que l’éducation ait un sens puisque la civilisation, la politique, l’économie n’en ont plus et que plus rien n’a de sens ? Il y a une véritable démission.
À une époque, l’Europe était animée par un idéal spirituel, les monastères et les pèlerinages. La vie spirituelle était au centre de a société. À d’autres époques, elle a complètement disparu. Nous avons renoncé à la vie morale en pensant transformer le monde par l’économie, la prospérité et la richesse. Ainsi nous n’enseignons plus la morale, la politique démissionne. Qu’est-ce que la politique aujourd’hui ? Elle ne veut pas s’occuper de question d’idéologie et de conscience. Nous donnons aux êtres humains le minimum pour vivre et ils doivent compter sur eux-mêmes pour trouver le sens de la vie. Il y a une totale démission. En fait, de façon très hypocrite, nous ne croyons qu’aux forces économiques, au pouvoir et à l’individu. La vérité est qu’on a chassé le monde divin de notre monde et nous vivons dans un monde purement humain.

F.S. : Qu’est-ce que cela implique ?

B.V. : Depuis quelques semaines, des jeunes de l’université de Stanford effectuent des recherches sur la façon de supprimer la mort. C’est le grand thème à la mode. C’est comme si cela était fait. ll suffira de mettre des capteurs informatiques sur les êtres humains et ils lanceront des alertes pour éviter tous les troubles et problèmes. Ainsi nous pensons être immortels ! Nous sommes devenus fous !
Épicure disait que la meilleure des vies n’était pas la vie la plus longue mais la plus sage. Le problème actuel est de vouloir rallonger la durée de vie alors qu’en réalité, nous augmenté la durée de la vieillesse. Qui va payer les retraites et comment faire pour y arriver ?

F.S. : d’où ma question : comment les philosophies grecques peuvent-elles nous aider aujourd’hui ?

B.V. : Je crois que les Grecs sont les derniers sages. Ils sont notre Inde occidentale, notre monde bouddhiste, c’est-à-dire un monde qui vivait encore en relation avec le monde divin et qui pratiquait cette vie divine. Ensuite en Occident, cette relation a été pratiquée par les premiers chrétiens puis par les monastères, jusqu’à que ces derniers disparaissent et que l’Occident ne comprenne plus rien à la signification de la vie spirituelle, de la relation avec le monde divin et de la rencontre de l’homme avec Dieu. Les Grecs vivaient cette relation avec le divin. Quelqu’un a dit qu’il y avait deux êtres divins dans l’Antiquité : Diogène et Héraclite, deus sages capables de vivre par eux-mêmes, contents d’eux-mêmes et habités par l’Être intérieur.
Aujourd’hui les philosophies grecques peuvent nous aider car les Grecs ont toujours tenté de vivre en harmonie avec l’ordre du monde.

F.S. : Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui ?

B.V. : Les Grecs appelaient la sience «la contemplation» et la science était la conduite de la vie et servait à bien conduire sa vie. Avec l’arrivée, de Galilée, cette notion a profondément changé. Aujourd’hui nous ne sommes plus dans la vita contemplativa mais dans la vita activa et la science ne sert plus à contempler mais à acquérir du pouvoir notamment sur la nature pour être heureux. Nous prétendons atteindre le bonheur par l’intellect prédateur qui domine tout. Nous avons exclu l’intelligence intuitive au profit de l’intelligence prédatrice. Notre société vit dans un processus de total déséquilibre dans le monde matériel alors que les Grecs nous remettent dans le processus de la vie contemplative.
Il y a deux sortes de contemplation : la contemplation chez Platon qui nous amène à découvrir Dieu au-delà du monde, et la contemplation chez Aristote qui nous amène à découvrir Dieu au cœur du monde. Les Grecs ont découvert ces voies et le christianisme a magnifié et accompli ces deux voies en la personne du Christ : les choses rentrent dans leur pleine lumière. Petit à petit l’Église entra en décadence, on vit l’apparition d’un monde sans Église avec l’annonce d’une catastrophe où l’Église ne joue plus son rôle et l’humanité est actuellement dans la nuit. Les hommes se glorifient d’être seuls avec eux-mêmes dans la nuit, qu’ils considèrent comme la lumière. Ils sont dans la caverne, attendant l’aube.

F.S : À partir du christianisme, comment les théologiens peuvent-ils comprendre les dieux grecs ?

B.V. : Pour moi, les dieux grecs désignent des forces et des énergies. Saint Grégoire Palamas (6) dit que Dieu passe par des énergies à la fois créées et incréées. Il a développé une théologie de l’énergie pour expliquer que l’on peut connaître Dieu par ses énergies, ce qu’il appelait l’expérience mystique. Il gardait ainsi l’idée que l’on pouvait voir Dieu à travers quelque chose d’autre. Ce n’est pas Dieu directement. C’est terriblement violent de dire que « je connais Dieu ». Je vois Dieu à travers, je vois des icônes.
Dans la nature, il existe différentes sortes d’énergie, l’énergie de la forêt, de la montagne, de la mer… Derrière tout ce que nous voyons, quelque chose de divin s’exprime et je pense que les Grecs ont vécu cette expérience. Quand nous sommes à la mer, une énergie particulière s’exprime, de même quand nous sommes à la montagne. L’énergie divine s’exprime partout et derrière tout. Nous ne sommes pas paganistes en prétendant que la mer, la montagne.. sont Dieu. Nous pensons que quelque chose de divin s’exprime derrière la mer, la montagne… En regardant la Nature, nous voyons une énergie divine supérieure s’exprimer à travers une parcelle de cette énergie.

F.S. : Les philosophes grecs étaient-ils les seuls à concevoir ce type de vision ?

B.V. : Dans toutes les civilisations du monde, nous retrouvons cette idée de puissance supérieure. Dans un récent dialogue que j’ai tenu avec André Comte Sponville (7), j’ai répondu à la question : Dieu est-il une invention culturelle occidentale ? Pas du tout. Si Dieu l’était, les Occidentaux devraient être les seuls à s’incliner devant une puissance supérieure. Or, dans toute les civilisations du monde, depuis la nuit des temps, le êtres humains s’inclinent devant quelque chose de nature supérieure, ce que nous appelons le «tout autre». Si nous retranscrivons les symbolismes des différentes traditions, nous découvrons des cohérences qui renvoient à un niveau d’expérience profond. Les dieux grecs ne sont pas une fantasmagorie. Ils renvoient à quelque chose de véritablement profond et à une véritable expérience spirituelle.
Le Père Henri Le Saulx (8) est allé en Inde pour convertir les Indiens au christianisme. En réalité, ce sont les Indiens qui l’ont converti à l’hindouisme et quand il découvrit le dieu Shiva, qui normalement était assimilé au dieu de la mort, il découvrit en lui la lumière fulgurante qui vient du ciel qui sépare, purifie, une énergie extraordinaire, un sens de Dieu très fort.
Dans le monde occidental, Dieu se manifeste en tant que personne et de façon invisible, partout, dans la profondeur.

F.S. : Les philosophes grecs ne s’intéressaient pas seulement à la mystique mais également à la Cité, au bien vivre ensemble, à l’idée du citoyen philosophe.

B.V. : Pour moi, la cité grecque, était de la mystique. Quand le philosophe Platon reprit l’expression de Pythagore, «le petit est au moyen ce que le moyen est au grand», il établit une relation entre le Corps, la Cité et le Cosmos. Et alors, nous découvrons une vision totalement mystique à laquelle je pensais à travers l’expression : «l’homme est fait à l’image de Dieu». Chez Platon, le corps et la cité sont faits à l’image de l’harmonie fondamentale de l’Être. La cité et  la politique sont des expérience mystiques.
Prenons par exemple Aristote qui met l’amitié au sein de la cité. Pour lui l’amitié est une expérience mystique et non une expérience laïque. Le politique est d’essence mystique, la politique est une sorte de religion, c’est une religion sociale mais c’est une religion (9). L’expérience d’autrui, d’un ami, est la même chose que la Création du monde : nous passons du Chaos au Cosmos.

F.S. : Qu’en est-il aujourd’hui ?

B.V. : Dans le domaine de la politique, nous sommes gouvernés par des ignorants, qui n’osent pas avouer les racines religieuses de la politique. Le problème n’est pas la religion ou la laïcité, mais que nous passions d’une religion à une autre. Aujourd’hui quand nous évoquons la laïcité, ce n’est pas la laïcité en tant que telle mais une religion, qui n’ose pas dire son nom, qui dit très mal son nom et qui se veut une religion simplement humaine. Il n’existe pas de religion simplement humaine. Le religieux prend différentes formes et en particulier,  le corps, la cité, le cosmos sont une religion, tout est une religion. Comment peut-on penser qu’il existe des choses en dehors du religieux qui ne soient reliées à rien ? Osons dire que tout est religieux !
Quand la République a voulu établir le régime de la République, elle a fait une religion tout en prétendant ne pas en faire une. Quand les socialistes ont mis en place le régime socialiste, ils ont fait une religion tout en prétendant ne pas en faire une. Plutôt d’affirmer qu’il y a le religieux et le laïc, si nous disions les choses telles qu’elles sont, à savoir que la vie est fondamentalement religieuse, dans le sens d’une quête du sacré, et qu’on passe par différents types de religions ? nous aurions ainsi une vision beaucoup plus claire. À un moment donné la religion s’exprime socialement mais c’est une religion sociale. Nous sommes reliés à travers un vivre ensemble, un être ensemble et au fait d’y croire collectivement. Si nous ne croyons pas à la France, il n’y aura plus de France. C’est une foi et une communion collective.
Quand nous avons tenté de fonder le politique sur des bases purement rationnelles, nous privilégié l’individualisme possessif, l’intérêt, le calcul, qui consiste à penser que nous sommes dans une société par intérêt. Nous constatons qu’aucune société ne peut fonctionner par simple calcul et nous n’avons vu aucune relation humaine dans lesquelles finalement tout irait bien par calcul.

F.S. Cette situation se produit-elle quand il n’y a pas d’idéal ?

B.V. : Absolument. L’autre n’existe pas, l’autre est un ennemi. Pour le neutraliser, je passe un contrat avec lui. Dans les familles où les parents ne s’entendent plus avec les enfants, que reste-t-il ? Un contrat. On ne leur demande même plus de dire bonjour, on leur demande de manger à l’heure. On fait un pacte parce que cela nous arrange. C’est la misère humaine. C’est un contrat social. C’est la misère totale !

F.S. : Comment devenir ami de la sagesse ?

B.V. : Dans le vie d’aujourd’hui, deux concepts sont importants : d’abord la nécessité et ensuite le plaisir. En premier lieu, la nécessité surgit quand nous avons commis des fautes dans la conduite de vie et que nous avons été dans l’hybris, la démesure. À ce moment-là, le corps, l’âme, la vie lancent des signaux d’alarme et nous ressentons la nécessité de vivre un salut, c’est-à-dire d’un changement de vie. Spinoza (10), l’a très bien exprimé, au début du Traité de la Réforme de l’entendement, en disant que s’il continuait à vivre dans les passions, il signait sa mort. Nous menons une vie, en se laissant piéger par des plaisirs faciles, nous rentrons dans des addictions et petit à petit nous ressentons  le besoin de changer notre vie.
En second lieu, nous constatons que nous vivons des moments heureux, des conversations, des conférences, des livres, des tableaux, des musiques… nous rendent intelligents. Tout commence par un univers esthétique avant d’aller vers un univers moral et un univers métaphysique. Nous nous sentons bien avec des choses qui sont belles, avec des êtres qui sont bons, et avec des pensées qui sont lumineuses. À ce moment-là, nous disons que nous vivons dans la Sagesse, nous vivons dans la paix et dans le Savoir qui viennent d’en haut. Nous passons alors à un autre niveau. C’est le plaisir d’étudier. L’étude de la philosophie permet de découvrir tous les bienfaits et tous les savoirs que peuvent nous procurer le fait de rentrer dans l’Être, dans la profondeur et de se laisser guider par une autre réalité.

F.S. : C’est le but de la philosophie pratique.

B.V. : C’est exactement cela. Qu’est ce que la philosophie pratique ? C’est la pratique de la Vérité, la pratique qui consiste à rentrer et à vivre dans la réalité. Cela me paraît important. C’est la réalité matérielle et spirituelle et pas seulement réalité matérielle. C’est le modèle de la vie en monastère dans lequel on vit matériellement et spirituellement et dans lequel il existe une totalité. Ce n’est pas ce que nous vivons aujourd’hui. L’aspect spirituel a été totalement évacué. Il reste l’aspect matériel et l’on organise le bien-être matériel sans se préoccuper du tout du côté spirituel.

F.S. : Aujourd’hui l’on réduit la culture au niveau d’une marchandise.

B.V. : Nous parlons beaucoup de la culture marchandise sans en connaître vraiment le sens. Que la culture soit une marchandise n’est pas choquant en tant que tel, parce que la culture est un produit économique qui engendre une économie des richesses culturelles, un circuit financier. Cela fait partie de la vie et rien ne peut fonctionner dans ce monde sans une économie. Le problème se pose quand la culture n’est que marchandise.  Il existe différentes dimensions : la politique, l’économie, la morale et le spirituel. Quand les préoccupations économiques étouffent les préoccupations morales et spirituelles, cela ne va plus du tout. La culture devient alors une opération commerciale des marchands du Temple. Que les gens gagnent de l’argent avec la culture, c’est normal, il ne faut pas être utopiste. Nous écrivons des livres avec lesquels nous gagnons de l’argent mais nous n’écrivons pas de livres pour gagner de l’argent. Nous écrivons des livres, avec l’argent nous écrivons d’autres livres et nous réalisons d’autres projets… Il est normal que la culture soit entourée d’un circuit économique. Mais écrire un livre pour faire un coup commercial et le lancer comme on lance une nouvelle lessive, par une étude de marché pour savoir ce qui va plaire au public, est une démarche lamentable. Paul Lou Sulitzer (11) a publié des best-sellers selon cette méthode, et il n’a eu aucun succès et cela n’a intéressé personne. Il faut laisser les choses se faire naturellement. Quand quelqu’un écrit un livre que tout le monde trouve formidable et aime, il l’a écrit avec sa fraîcheur. Tant mieux s’il gagne de l’argent avec ce livre, il pourra ensuite réaliser autre chose. Arrêtons cette culture commerciale dans laquelle nous pensons à ce qui va plaire au public et arrêtons de fabriquer des produits publicitaires !

F.S. : Cela conduit-il à la caverne que décrivait Platon ?

B.V. : Oui.


Propos recueillis par Fernand SCHWARZ

(1) Deviens qui tu es, Bertrand Vergely, Éditions Albin Michel, 352 pages, 19 €
(2) Du grec ancien sophistès : «spécialiste du savoir», désigne des orateurs, professeur d’éloquence de la Grèce antique dont la culture et la maîtrise du discours en font des personnage prestigieux dès le Ve av. J.-C. (dans le contexte de la démocratie athénienne) contre lequel la philosophie lutta en partie. Les sophistes développèrent des raisonnements dont le but était uniquement l’efficacité persuasive, et non la vérité
(3) Philosophe français (1859-1941) auteur entre autres de l’Essai sur les données de la conscience, Matière et Mémoire, L’Évolution créatrice
(4) De son vrai nom Roger Worms, écrivain et journaliste français (1919-1994), ancien résistant et confondateur de l’Observateur. Auteur de André Malraux, entretiens et précisions, 1984, Éditions Gallimard
(5) Écrivain, aventurier, homme politique et intellectuel français (1901-1976). Il est allé en Indochine et a écrit La Condition humaine. Militant antifasciste, il combattit aux côtés des Républicains espagnols, s’engagea dans la Résistance française et devint ministre de la culture
(6) Saint de l’Église orthodoxe (1296-1359) qui a développé cet adage selon lequel Dieu s’est fait homme, pour que l’homme devienne Dieu. Il résume une longue tradition qui touche à la question la plus fondamentale du christianisme, celle du salut ou de la déification de l’homme
(7) Philosophe français (né en 1952)
(8) Moine bénédictin breton (1910-1973), figure mythique du christianisme indien qui contribua beaucoup au dialogue entre le christianisme et l’hindouisme. Il partit en 1948 en Inde où il fonda un ashram avec Jules Monchanin qui s’était consacré à l’étude de l’Inde et aux liens existant entre le christinisme et la spiritualité indienne. Il se fit appeler Abhishiktananda
(9) N.D.L.R. : comme l’explique l’historien des religions Mircea Éliade, le mot «religion» peut être un terme utile à condition de se rappeler qu’elle n’implique pas nécessairement la croyance en Dieu, ou des Dieux, ou des Esprits, mais qu’elle se réfère à l’expérience du sacré, et par conséquent est en rapport avec l’idée d’Etre, de signification et de vérité, dans son ouvrage La nostalgie des origines
(10) Philosophe hollandais (1632-1677) dont la pensée eut une influence considérable sur ses contemporains et nombre de penseurs postérieurs. Auteur entre autres du Court traité de Dieu, de l’homme et de la Béatitude, du Traité Théologico-politique et du Traité de la réforme et de l’entendement, (un des ouvrages inachevé les plus importants qui décrit la pensée de l’auteur sur l’intelligence, la perception, l’expérience, la mémoire et les fondements de la théorie de la connaissance)
(11) Né en 1946, homme d’affaire et écrivain français, inventeur d’un genre littéraire : le «western financier»

Bibliographie de Bertrand Vergely

Collection Essentiels de Milan (rubrique Philosophie)
• Aristote ou l’art d’être sage
• Les Grandes interrogations de la connaissance
• Les Grandes interrogations esthétiques
• Les Grandes interrogations morales
• Les Grandes interrogations philosophiques
• Les Grandes interrogations politiques
• Hegel ou la défense de la philosophie
• Heidegger ou l’exigence de la pensée
• Kant ou l’invention de la Liberté
• Nietzche ou la passion de la vie
• Petit précis de philosophie grave et légère
• Petite philosophie du bonheur
• Les Philosophes anciens
• Les Philosophes contemporains
• Les Philosophes du Moyen Âge et de la Renaissance
• Les Philosophes modernes
• La Philosophie
• Platon

Autres collections :
• Petite philosophie du bonheur, Pause philo
• Le Dictionnaire de la philosophie, Les dicos essentiels Milan
• Petite philosophie grave et légère, Pause philo
• Petite philosophie pour les jours tristes, Pause philo
• Pour une École du savoir, Milan

Livres
• Deviens qui tu es, Éditions Albin Michel, 2014
• Une vie pour se mettre au monde, Carnets Nord, en coll. Avec Marie de Hennezel, 2010
• Retour à l’émerveillement, Albin Michel, 2010
• Le Silence de Dieu, Presses de la Renaissance, 2006
• Voyage au bout d’une vie, Éditions Bartillat, 2004
• La Foi, ou la nostalgie de l’admirable, Albin Michel, 2004


Deviens qui tu es
Conférence du professeur Bertrand VERGELY
Éditions F.D.N.A. 1h 34 mn 20s, 15 €
Enregistrement de la conférence donnée par Betrand Vergely à l’auditorium de l’Espace Bellevue à Biarritz, le 28 novembre 2014

La célèbre formule de Nietzsche interroge à plusieurs niveaux car le «Moi» dont parle le philosophe ne peut se réduire au «moi»: la jouissance de l’Être auquel il conduit est aussi celle de l’Être avec le monde entier. Il suppose l’actualisation de son potentiel, la fidélité à soi, la capacité à se dépasser car «à n’être que ce que l’on est, il y a renoncement à l’ Être». Cette aventure magnifique nous amène peu à peu, à accéder à des niveaux de conscience plus fins, plus profonds et à faire, ce que nous Sentons pour mieux Servir la Vie et  l’Autre, en qui nous pouvons voir le magnifique, l’Absolu, l’Inconnaissable…

Pour se procurer ce DVD
Dans les écoles de philosophie Nouvelle Acropole
www.nouvelle-acropole.fr
Rubrique « Où sommes-nous ? »

 

  • Le 25 février 2015