Si les oiseaux savaient

Un film qui s’inscrit dans une lignée de témoignages sur l’horreur atomique vécue par les habitants d’Hiroshima et de Nagasaki. 

Le début du film plante déjà le décor. Le riche industriel Kiichi Nakachima (Toshiro Mifune, toujours aussi grand), contemple la beauté paisible du Mont Fuji, alors qu’à ses pieds, la ville de Tokyo s’urbanise à une incroyable vitesse. Dans le tintamarre des bruits de la ville, il rêve d’un havre de paix quelque part en Amérique du sud, loin du Japon. Obsédé par la peur d’une attaque nucléaire, il décide de tout vendre et d’émigrer au Brésil avec sa famille. Celle-ci l’attaque en justice pour s’opposer à la dilapidation des biens. Les juges ont pour mission d’examiner le comportement de Nakachima et de juger pour savoir si celui-ci est irrationnel ou non. Kiichi Nakachima sera finalement envoyé en asile psychiatrique.

Si les oiseaux savaient

Si les oiseaux savaient , est un film rare de Akira Kurosawa, sorti en 1955 qui s’inscrit dans une lignée de témoignages sur l’horreur atomique vécue par les habitants d’Hiroshima et de Nagasaki.

Cinq après l’évènement, la peur atomique engendra un danger non plus matériel ou physique mais psychique, une peur nue et dévorante qui peut pousser à se détruire soi-même ou autrui. Lorsque la panique le saisit, Nakachima faillit étouffer et ruiner sa famille et mit le feu à son entreprise. Mifune campe avec une énergie et une vigueur surprenante son personnage prophétique «Je n’ai pas peur de la mort, dit-il, je sais que nul ne peut y échapper, mais je ne veux pas qu’on m’assassine de cette façon». Sa femme est prête à le suivre par amour et l’une de ses belles filles le soutient et admire son énergie. Kurosawa divise ainsi l’humanité en deux catégories : ceux qui sont ouverts au monde et ceux qui sont refermés sur eux-mêmes.
Cette dichotomie transcende clairement les âges et les catégories sociales et culturelles.

Lors du procès, de Kiichi Nakashima, un juge (Takashi Shimura, l’acteur du Saint dans le film Vivre ) semble comprendre sa peur. Il sera le dernier personnage à lui rendre visite à l’asile, partageant avec lui la terrible vision du soleil/éclair de la bombe, comme l’héroïne de cet autre film de Kurosawa, Rapsodie en Août . Le directeur de l’asile dira : «Ce patient me met mal à l’aise, car ou bien il est fou ou bien c’est nous tous qui le sommes !».
On retrouve dans ce film l’un des thèmes majeurs du grand réalisateur japonais : la capacité à garder son humanité quels que soient les circonstances et l’environnement.

Le titre original du film Chroniques d’un être vivant donne bien le ton sur les véritables intentions de Kurosawa.
Dans l’oeuvre magnifique de l’un des plus grands réalisateurs du monde, plane à la fois un humanisme universel où le quotidien est habité par une angoisse eschatologique.

Par Lionel TARDIF
Toiles du mardi
Mardi 19 mars 2013 à 19h
Espace Daniel Sorano :  16, rue Charles Pathé – 94300 Vincennes
Tel. 01 43 74 73 74 – www.espacesorano.com