Retrouver l’alliance

Les hommes ont été en harmonie avec l’Univers. Un jour, cette harmonie se rompit. Comment retrouver le lien ?

 

À l'origine, l'Univers était UN.

À l’origine, l’Univers était UN.

À l’origine des mondes, le tout et le rien ne faisaient qu’un. C’était le règne de la potentialité, mère des possibles en devenir. Mais l’unique était stérile : ni temps pour l’existence, ni espace pour le mouvement, ni matière pour la création. Puis il y eu le grand Mystère, dont nul ne connaît le pourquoi, une étincelle, un cri, un ébranlement dans la potentialité. Et soudain jaillit la symétrie.

L’unique avait enfanté la dualité ; le plein et le vide, la lumière et l’ombre, le feu et le froid, les particules et les anti particules, la gauche et la droite, le lourd et le léger, le yin et le yang. Ainsi apparut l’infini des contraires, opposés et complémentaires, séparés et pourtant inséparables.
De la dualité naquirent, le trois, le quatre puis l’infini des nombres, et avec eux l’incommensurable multiplicité des formes de l’univers. Advinrent alors le temps, l’espace, le mouvement et la matière.

De l’un jaillit le deux et du deux naquit le monde. L’univers se mit à danser sa ronde, mariant l’énergie et la matière pour expérimenter encore et encore les possibles.

La naissance de la Vie

Les éons passèrent, milliards d’années et poussière de temps.

Hasard ou nécessité, de la danse surgit alors la Vie, grand mystère parmi les mystères. La Vie dansa aussi, en inventant ses passes, ses voltes et ses virevoltes, créant pour s’engendrer elle-même. Le deux se fit mâle et femelle. De leurs unions maintes fois répétées, la Vie conçut le végétal, l’animal et le foisonnement des espèces : le nageant, le volant, le grouillant, le solitaire, le mobile et l’immobile, le petit et le grand, tous enfants de la danse du monde. Parmi eux, il y eut les hommes, hommes et femmes, vivants parmi les vivants. Êtres de matière, de chair et de sang, la vie leur offrit la conscience et le pouvoir du rêve.

Les hommes, eux aussi perpétrèrent la danse universelle. Créateurs parmi la Création, porteurs de toutes les dualités, puissances parmi les puissances, ils contenaient sans limites les pouvoirs de l’univers. Mais ils n’étaient encore des enfants qui ne savaient rien ou si peu de l’infini dont ils étaient les miroirs. Beaucoup oublièrent ou ne surent jamais. Beaucoup se perdirent. Aveugles et sourds, ils rompirent le lien d’avec la danse du monde. Alors s’installa le temps de l’ignorance et du déséquilibre. Ils avaient brisé en leur âme la symétrie.

Le temps des retrouvailles

Fascinés par la lumière, ils firent de l’ombre une ennemie. Avides du plein, ils méprisèrent le vide. Ils bénirent le jour et maudirent la nuit, préférèrent le sucré à l’amer, choisirent la joie à la tristesse, rejetèrent la faiblesse pour n’admirer que la force. Ils firent de même pour tous les équilibres du monde, séparant encore et encore, le bien du mal, le ciel de la terre, le grand du petit, l’enfant du vieillard, l’homme de la femme. Certains pourtant s’éveillèrent. Du fond de leur rêve, ils avaient vu l’unité du monde. Par de là les âges et les croyances, ceux-là, sages parmi les fous, envoutés de la vibration universelle, voulurent offrir leur extase aux oublieux.

Mais comment parler à des sourds ? Comment montrer à des aveugles ? Comment aider la communauté des hommes à renouer avec l’harmonie de l’univers ? De leurs extases jaillirent les mots. Les mots se firent symboles. Des symboles, ils tissèrent la trame, fil et contre-fil, de tous les mythes des temps anciens et des temps nouveaux. Les mythes devinrent passeurs d’âmes, les symboles se firent bâtisseurs d’arches merveilleuses, reliant le fini et l’infini, le microcosme et le macrocosme, l’homme et l’univers. Ainsi vint le temps des retrouvailles, les temps des alliances et le temps des rites pour unir ce qui était séparé.

Depuis lors, toutes les alliances, épousailles, mariages, vœux sacrés, sont les échos du lien originel qui unit les hommes avec l’univers. Unir, relier, pour perpétrer l’enfantement du monde, pour continuer la danse de l’universel. Unir, relier, pour se faire créateur du mouvement et du nouveau.

Faisons de nos rencontres, de nos fêtes, de nos travaux, l’occasion de revivifier l’alliance ancienne. Pour que seuls ou ensembles, nous nous souvenions chaque jour de notre appartenance à l’immensité de la Création car nous sommes tous enfants du monde, unis à ceux que l’on aime mais aussi unis à l’humanité, à la vie et à l’univers .

Aujourd’hui est un bon jour, et l’endroit est un bon lieu pour s’arrêter, pour ouvrir ses sens et vivre le présent du monde.

Par Cesare BERARDI