« Présence de la peinture en France, 1974 – 2016 » Servir la Beauté

Cette exposition parisienne met en valeur les artistes qui servent « la grande comme la modeste beauté » à travers leurs œuvres, loin du « formidable marché tapageur ».

À l’initiative de Marc Fumaroli (1), avec le parrainage de Jean Clair, Florence Berthout, Maire du Ve arrondissement à Paris, accueille du 28 septembre au 30 octobre 2017, l’exposition consacrée à dix artistes mettant à l’honneur la peinture, la gravure, le dessin et la sculpture : André Boubounelle, Érik Desmazières, Gérard Diaz, Philippe Garel, Denis Prieur, Gilles Seguela, Sam Szafran, Ivan Theimer, Jean-Pierre Velly, Pascal Vinardel.

L’exposition Présence de la peinture en France, 1974 – 2016 est née d’un amour vrai pour l’art et de la joie que l’on trouve à fréquenter les œuvres d’artistes féconds. La France en a vu apparaître dans les dernières décennies, mais dans une relative discrétion.
Le souhait de Marc Fumaroli a été de réunir quelques-unes des plus belles de leurs œuvres en un lieu unique, afin de les rendre enfin accessibles au public, invité à cette occasion à les contempler, à entendre leurs commentateurs et à rencontrer les artistes eux-mêmes.

La sélection des 30 œuvres présentées a été constituée avec le désir de montrer des pièces majeures qui rayonnent par leur beauté. Elles prennent place dans l’histoire de l’art, dans la suite des meilleures œuvres du passé et dans l’attente de celles du futur.

L’art au service de la beauté

Marc Fumaroli donne, dans la préface du catalogue, l’esprit de l’exposition :

« Certes ces artistes, nos contemporains, ne sont pas à la recherche des sunlights de la publicité à l’adresse d’un grand public mondial. Ces contemplatifs aiment la lenteur, tant celle de leur main experte au travail dans l’atelier, que celle du regard spectateur de l’amie ou de l’ami des arts s’attardant devant l’œuvre exposée. Ils adorent la lumière, mais ils aiment l’ombre, et ils en font silencieusement l’éloge, dans leur vie comme dans leur art.

Leurs admirateurs désintéressés, ceux qui ont pris l’initiative de cette exposition, ne se contentent pas, eux, d’assister à la dérive de « l’art contemporain » dans l’insignifiance ; ils ont constaté la prodigieuse disproportion entre le marché et le système d’assignats de l’art contemporain, et l’espace très restreint où œuvrent, aujourd’hui, à l’écart, des artistes qui n’ajoutent pas à la violence et à l’anxiété de l’époque, mais qui savent, comme leurs lointains ou proches ancêtres dans les arts, mettre la douceur et la force au service de la beauté, richesses spirituelles toujours et plus que jamais menacées d’atrophie. »
Il l’explique très bien dans un article paru dans Le Figaro (2), « L’art ne mérite le nom d’art que s’’il est intimement révélateur du Beau, du beau le plus classique au beau le plus inédit. Cette révélation est salutaire, salvatrice. Les grands modernistes, de Monet à Matisse (c’était hier) n’ont pas dévié de cette quête ardente d’une beauté qui guérit. Un certain iconoclasme, un évident masochisme et un nihilisme outrancier, faute de scepticisme critique, occupent depuis 1968 le cyberespace, faisant le lit des installations à « l’estomac », pour reprendre le titre de Julien Gracq. La compétition à qui ira plus loin dans la hideur et la brutalité vise à déstabiliser et égarer le public, non à l’apaiser ni à le construire. »

« Le torrent des images technologiques où l’on est littéralement plongé en apnée coule à l’inverse des arts de dessin anciens et modernes qui éveillent et éventuellement subtilisent, de génération en génération, nos capacités naturelles de sentir, de connaître, de converser. Dans un tel contexte, la place du vrai peintre, du vrai graveur, du vrai sculpteur, et j’ajouterais du vrai architecte et du vrai musicien, est d’ignorer la compulsion et d’ouvrir des lieux d’exercice à la liberté d’esprit et à l’apprentissage du goût, du tact, du voir, de l’écoute, c’est-à-dire de notre capacité de bonheur, tant charnelle que spirituelle. Les artistes, plus que jamais, aujourd’hui font des poèmes visuels. »

Saluons cette belle initiative qui œuvre pour la culture et l’éducation, en nous sensibilisant à la beauté qui peut prendre diverses formes, mais toujours tendant à élever l’âme vers des sommes inspirateurs, dont nous parlait déjà Platon.

L’art et la Beauté nous mettent en résonance avec le Beau qui est l’expression de l’harmonie et de l’intelligence qui gouverne le monde. L’œuvre des artistes est de nous y conduire grâce à leurs visions qui captent et transmettent quelque chose d’essentiel derrière formes éphémères, reliant le temporel et l’atemporel, le visible et l’invisible.

 (1) Marc Fumaroli, (né le 10 juin 1932), professeur des universités, historien, essayiste et académicien français spécialiste du XVIIᵉ siècle
(2)Lire l’article paru dans Le Figaro Le plaidoyer de Marc Fumaroli pour réconcilier l’art et la Beauté, par Vincent TREMLET de VILLERS, paru le 09/09/2017

http://www.lefigaro.fr/vox/culture/2017/09/08/31006-20170908ARTFIG00239-la-croisade-de-marc-fumaroli-pour-reconcilier-l-art-et-la-beaute.php

Lieu de l’exposition
Mairie du Ve arrondissement de paris
21, place du Panthéon – 75005 Paris
Du lundi au samedi, de 10h à 18h
Entrée libre
Par Laura WINCKLER
  • Le 2 octobre 2017
  • Art