Pour une approche quantique de la conscience

Le 13 mai 2013, des sommités du monde scientifique contemporain se sont réunies au Musée Dapper, sous la direction de l’Université interdisciplinaire de Paris et Jean Staune et la Fondation Denis Guichard pour tenter d’expliquer la nature de la conscience, notamment au regard de la physique quantique.

Cinq scientifiques mondiaux ont effectués des recherches en physique quantique, Lothar Schäfer, Antoine Suarez, Vasily Ogryzko, Henri Stapp, Amit Goswani, Emmanuel Ransford. Ils ont mis en commun leurs recherches et leurs découvertes sur la relation existante entre physique et conscience. L’étude et la découverte du monde quantique bouleverse notre vision du monde et nous oblige à transgresser les frontières entre les disciplines en abandonnant le matérialisme de la physique newtonienne.

Les électrons et les atomes ne sont pas matériels, ce sont des ondes qui déterminent comment se forment les molécules, des ondes de probabilité, des «nombres».

Les électrons et les atomes ne sont pas matériels, ce sont des ondes qui déterminent comment se forment les molécules, des ondes de probabilité, des «nombres».

La notion de potentialité

L’approche quantique est reliée à l’approche chinoise, holistique. Les outils de la mécanique quantique sont comme de l’algèbre. La non-localité montre qu’il y a des influences de l’espace-temps dans le monde quantique, et ces influences permettent de «géométriser».

Les «paquets d’ondes» monochromatiques sont hors de l’espace-temps mais agissent dans l’espace-temps, par la géométrie : La non-localité ne peut pas être dans l’espace-temps. Les valeurs de vérité et de beauté sont données par la conscience.

Pour Lothar Schäfer, auteur de A la recherche de la réalité divine (1), une partie du monde n’est pas visible et la science ne peut donc pas l’analyser. Le cerveau newtonien n’a pas de place pour le mental ou le spirituel. Pour lui, sans l’existence de matière c’est le vide. Mais la physique quantique réplique qu’il peut y avoir des «formes» dans ce vide, des «schémas d’information», des choses «potentielles». Werner Karl Heisenberg (2) dit que la toile de fond n’est pas vide, et qu’en fait c’est une plénitude. Les électrons et les atomes ne sont pas matériels, ce sont des ondes qui déterminent comment se forment les molécules, des ondes de probabilité, des «nombres». En cela Schrödinger (3) et beaucoup d’autres rejoignent les vérités de l’Inde qui affirment que toutes les choses matérielle sont des nombres, ceux-ci étant une réalité éternelle. L’atome doit actualiser un ordre qui est déjà en lui, il ne peut pas être dans rien, mais seulement aller d’un état à l’autre, dans des états virtuels préexistants, qui sont des nombres. La physique quantique rejoint donc la philosophie atemporelle.

Lothar Schäfer pense que les états d’ondes contrôlent les réactions chimiques : les états virtuels sont réels puisqu’ils peuvent avoir un effet sur le monde visible.

La physique quantique est la psychologie de l’Univers, un saut dans une nouvelle forme spirituelle. L’évolution est l’adaptation des formes de vie à la réalité cosmique.

 Libre-arbitre, conscience intermittente et physique quantique

Antoine Suarez, philosophe et physicien travaille au laboratoire d’optique quantique du centre de philosophie quantique de Zurich. La liberté et le libre-arbitre, libèrent de la physique de Laplace (4), d’Einstein…La physique quantique établit que les résultats d’une expérience doivent correspondre à une distribution statistique. La science mécanique n’indique pas la localité de la détection des particules, elle fait de la spéculation.

Pour Antoine Suarez, nous sommes des consciences «intermittentes». Dans nos moments de conscience éveillée, un phénomène de créativité comme celle de Mozart serait parfaitement compatible avec la physique quantique. C’est la science quantique qui permet à la conscience intermittente d’avoir lieu.

Le non-déterminisme quantique

Pour Andrey Grib, professeur de mathématiques à Saint-Pétersbourg, la mécanique quantique explique pratiquement tout. En fait, plutôt qu’une explication, c’est une «prédiction», mais on a du mal à comprendre le sens mathématique de cette prédiction, (aussi difficile à expliquer que la Bible…). C’est par la logique non-boléenne (non corpusculaire, mais ondulatoire) que s’exprime la logique quantique, car les opérateurs sont isométriques des différentes parties du monde. Dans cette logique un électron peut passer «en même temps» par des trous différents.

L’observateur apporte une différence entre l’opérateur et l’objet. Cette différence est la conscience, qui est nécessaire à l’évolution : quand nous mesurons, nous construisons des relations avec quelque chose, ce qui nous donne la possibilité de prévoir le futur. La nature nous commande d’avoir la meilleure relation possible.

Notre conscience nous  fait apparaître le monde tel qu’il est avec toutes ses potentialités.

Notre conscience nous fait apparaître le monde tel qu’il est avec toutes ses potentialités.

En synthèse, le monde quantique n’est pas boléen, sinon il ne pourrait pas évoluer. Notre conscience nous le fait apparaître tel qu’il est avec toutes ses potentialités.

L’intérêt de la nano-biologie : l’intentionnalité

Pour Vasily Ogryzko, biologiste du Centre anticancéreux de Gustave Roussy, la biologie classique a l’inconvénient de casser les cellules pour les étudier. Au contraire, la nano-biologie se concentre sur une seule propriété, de préférence dans une cellule vivante. La cellule elle-même prend des décisions. La vie et l’esprit ont en commun un but, une téléologie des opérations qui impliquent une intentionnalité.

Le darwinisme nie cette intentionnalité. Les variations sont aveugles, les sélections se produisent après coup, et l’intentionnalité est un épiphénomène (nous sommes des automates…) : mutation au hasard, puis sélection. Pour la biologie quantique, sélection et mutation sont liées. L’action des opérateurs provoque des états qui survivent à l’action des opérateurs. Le processus de sélection est donc déjà impliqué dans l’action même des opérateurs, en deux étapes : génération du spectre des «états permis» et sélection de ces opérateurs.

Le phénomène des mutations adaptatives est un phénomène naturel chez les cellules vivantes.

L’effet rétro-causal

Henri Stapp, physicien au Laboratoire national de Berkeley et auteur de Quantum Physics of consciousness (5), explore les mécanismes intracérébraux qui interviennent dans le fonctionnement des neurones. Pour lui, les descriptions «physiques» des connexions naturelles entre notre expérience et le monde, suppriment en fait les effets de l’esprit. Elles sont donc fondamentalement fausses et remplacées par les libres choix dans la mécanique quantique. Les expérimentateurs jouent un rôle technique à partir d’un continuum de possibilités.

Le diamètre des canaux à ions des neurones laisse beaucoup d’incertitude mécanique quantique quant au libre passage des ions par ces canaux dans le fonctionnement du cerveau, ce qui implique une action plus rapide que la vitesse de la lumière. Les effondrements quantiques, qui sont des effets d’action rétrograde, impliquent l’idée d’avancer dans l’avenir (les choses réelles étant en réalité dans l’avenir) et montrent l’importance de la rétro-causalité.

Beaucoup de psychothérapeutes utilisent maintenant la méditation pour faire de nous des «penseurs quantiques». La méditation est le processus qui nous amène à l’être.

Beaucoup de psychothérapeutes utilisent maintenant la méditation pour faire de nous
des «penseurs quantiques». La méditation est le processus qui nous amène à l’être.

Le processus d’individuation

Amit Goswani, physicien nucléaire théoricien, membre de l’Université d’Oregon, fait un parallélisme psycho-physique : dans un collapsus quantique, les possibilités se manifestent sur l’un des quatre compartiments de possibilité : physique, vital, mental, supra-mental (ou bouddhique). Prenons pour exemple analogique la télévision : elle nous montre des images et des sons, mais en réalité c’est l’esprit qui donne le sens. Beaucoup de psychothérapeutes utilisent maintenant la méditation pour faire de nous des «penseurs quantiques». La méditation est le processus qui nous amène à l’être. Le processus d’individuation passe par une hiérarchie : Opinions àArchétypes à CréativitéàAmour et création du futur pour tous.

En résumé, il nous faut transformer les potentialités du monde quantique en actualisation.

 L’holomatière

L’intervenant le plus audacieux et le plus prometteur est certainement Emmanuel Ransford. Ses deux champs de recherche essentiels sont la physique et les neurosciences. Auteur de plusieurs livres, dont La nouvelle physique de l’esprit et La conscience quantique et l’au-delà (6), il invente un langage et des mots qui permettent une approche conceptuelle étonnamment claire du fonctionnement des particules quantiques.

L’électron (ou toute autre particule) se comporte soit comme une particule, ponctuelle et indivisible, soit comme une onde. Seul, il est comme l’onde. Quand on l’observe, ou quand on le mesure, il se montre comme une particule. Il est aléatoire, il possède une ambiguïté dépendante de l’observation, il est interconnecté. Il nous manque peut-être une pièce du puzzle pour le comprendre réellement.

Emmanuel Ransford propose la notion d’holomatière, composée d’une matière habituelle, plus cette pièce manquante, qui est une hypothèse : cette pièce manquante serait une «dimension cachée», la conscience qui renvoie à un autre plan, invisible, et répond à une autre caractéristique. Il propose un modèle interférentiel du physique et du psychisme, qui implique deux notions :

– L’endo-causalité , qui appartient à la strate du psychisme (dans l’exo-causalité, l’objet subit de l’extérieur , c’est le déterminisme) : je décide de lever mon bras, je le lève, c’est un comportement aléatoire.

– La quantition : elle empêche la partition. Un objet quantique, contrairement aux objets physiques, n’a pas le droit de se laisser partager. La quantition veille à la cohérence du monde microphysique.

L’endo-causalité est l’ancêtre du libre arbitre. Si la matière n’était que matière (sans psychisme), elle serait potentiellement contradictoire. C’est une question de cohérence du monde. La quantition est une propriété interférentielle.

Exister, c’est être le déploiement d’un processus ontologique permanent. En fait, il n’est pas possible de séparer le Psi du Phi (7), ils sont consubstantiels.

Tout ce qui est dans l’espace-temps est accessible à l’exploration humaine, par définition. Partout, ce qui est important, se trouve dans l’espace-temps. Et il y a autre chose, en dehors de l’espace-temps, qui intervient dans l’espace-temps.

Par Michèle MORIZE
(1) A la recherche de la réalité divine (1) en anglais In search of divine reality : science as a source of inspiration, 1997, University of Arkansas Press, 235 pages
(2) Physicien allemand (1901-1976), Prix Nobel de Physique, l’un des fondateurs de la mécanique quantique
(3) Erwin Rudolf Josep Alexander Schrödinger (1887-1961), physicien et théoricien scientifique autrichien qui a permis le développement du formalisme théorique de la mécanique quantique avec l’équation de Schrödinger (pour laquelle il a reçu en commun avec Paul Dirac le prix nobel de physique). Il est également connu pour avoir soumis une expérience de pensée Chat de Schrödinger à la suite d’une importante correspondance avec Albert Einstein en 1935. Un chat est enfermé dans une boîte avec un dispositif qui tue l’animal dès qu’il détecte la désintégration d’un atome d’un corps radioactif. Si les probabilités indiquent qu’une désintégration a une chance sur deux d’avoir eu lieu au bout d’une minute, la mécanique quantique indique que, tant que l’observation n’est pas faite, l’atome est simultanément dans deux états (intact/désintégré). Or le mécanisme imaginé par Schrödinger lie l’état du chat (mort ou vivant) à l’état des particules radioactives, de sorte que le chat serait simultanément dans deux états (l’état mort et l’état vivant), jusqu’à ce que l’ouverture de la boîte (l’observation) déclenche le choix entre les deux états. Du coup, on ne peut absolument pas dire si le chat est mort ou non au bout d’une minute.
(4) Pierre-Simon Laplace (1749-1827), mathématicien, astronome et physicien français. Il a affirmé sa position de déterminisme dans tout ce qui existe, qui a donné lieu au «démon de Laplace» : «Nous devons donc envisager l’état présent de l’univers comme l’effet de son état antérieur et comme la cause de celui qui va suivre. Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’Analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle et l’avenir, comme le passé serait présent à ses yeux.»
(5) Quantum Physics of consciousness, Roger PENROSE, Fred KUTTNER, Bruce ROSENBLUM, Henry STAPP 2011, Cosmology Science Publishers, 300 pages
(6) La nouvelle physique de l’esprit et La conscience quantique et l’au-delà (6), Emmanuel RANSFORD, 2007, éditions Le Temps présent. En 2009, il écrit en collaboration avec Tom ATHAM, Les racines physiques de l’esprit, éditions Quintessence. En2013, il publie La Conscience quantique et l’au-Delà – Une voie inédite vers l’éternité, Guy Trédaniel Éditeur, 256 pages
(7) Lettres de l’alphabet grec