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Le Bouvier et la Tisserande

Par Brigitte Ludwig

Conte philosophique

Dans le ciel étoilé, la constellation de la Lyre et celle de l'Aigle se trouvent l'une sur la "rive gauche", l'autre sur la "rive droite" de la Voie lactée ou "Rivière céleste". En Chine, la constellation de l'Aigle (Aquila) est connue comme celle de la Tisserande, et celle de la Lyre (Lyra) comme la constellation du Bouvier.

Un des récits les plus anciens de la Chine relate les amours de la Tisserande et du Bouvier, confirmant l'existence d'un culte des astres dans la Chine archaïque  dont la popularité a traversé les siècles. 

 

Bien qu'elle soit une divinité, fille de l'Auguste de Jade, on ne rend pas de culte à la Tisseuse Céleste, déesse de l'étoile Alpha de la Lyre. Mais elle est l'héroïne d'une très jolie légende populaire et son nom  est souvent cité dans le folklore chinois.

 

Cette déesse tissait sans répit des robes pour l'Auguste de Jade, robes de brocart et de nuages qui n'ont pas de coutures. Son père, pour la récompenser de son travail, ayant pitié de sa solitude, la maria au Bouvier Céleste , mais , après son mariage, la Tisseuse , toute à ses amours, négligea son travail. L'Auguste de Jade se fâcha et sépara les deux époux en les plaçant l'un à droite, l'autre à gauche de la  Voie Lactée, avec permission de se réunir une fois par an.

 

C'est là, peut-on dire, l'histoire officielle de cette déesse. La peuple l'a reprise et enjolivée, et voici ce que l'on raconte  :

 

Le Bouvier était un commun mortel, un peu simple d'esprit, à qui son père en mourant avait laissé un lopin de terre et un boeuf qui servait au labour. Il était déjà d'âge à prendre femme ; aussi, un jour, le boeuf, qui était un génie transformé, lui dit : " Maître , si vous voulez avoir une belle femme sans rien débourser, aller un tel jour à la rivière : vous y verrez des jeunes filles en train de s'y baigner. Leurs vêtements seront sur la berge ; saisissez -en un paquet et retournez vite chez vous ; cachez-les bien quelque part, et je vous promets que vous aurez une jolie femme."

 

Le Bouvier fit comme le boeuf le disait ; rentré chez lui, il jeta les vêtements dans un vieux puits qui se trouvait derrière la maison et attendit. En effet, peu après, leur propriétaire vint les lui réclamer : c'était la Tisseuse Céleste qui, pour s'amuser, était descendue sur terre avec quelques compagnes et à qui il avait pris envie de se baigner ; sans ses vêtements, elle ne pouvait plus remonter au Ciel. Le Bouvier donc la retint et l'épousa.

 

Au bout de quelques années, il en eut d'abord un fils, puis une fille , et un jour sa femme lui dit : " Maintenant que nous sommes époux depuis si longtemps et que nous avons déjà des enfants, dis-moi où sont cachés mes vêtements célestes ?"  Le Bouvier, sans méfiance, lui indiqua la cachette ; la Tisseuse s'empressa d'y aller les reprendre , les revêtit et monta au Ciel. Le Bouvier en fut au désespoir , surtout que ses enfants réclamaient leur mère à grands cris ; il alla alors demander conseil à son boeuf. Celui-ci lui dit : " Maitre, mettez vos enfants chacun dans un panier, attachez le panier à un long bâton pour que vous puissiez les porter en équilibre sur votre épaule, et tenez-moi par la queue en fermant les yeux : je vous emmènerai au Ciel rejoindre votre épouse. " Ainsi fut fait.

 

 

Arrivé au Ciel, le Bouvier demanda audience à l'Auguste de Jade et lui réclama sa femme. L'Auguste de Jade fit appeler la Tisseuse, et, ayant su que les faits allégués par le Bouvier étaient vrais, il donna à ce dernier l'immortalité et le désigna pour être dieu d'une étoile à l'ouest de la Rivière, la Tisseuse étant à l'est, avec permission de se réunir une fois tous les sept jours. Mais les deux époux, par méprise, comprirent qu'ils pouvaient se réunir une fois par an, le septième jour du septième mois, et c'est ce qu'ils font depuis ce temps.  Comme ils ne peuvent traverser la Rivière sans pont, ce jour-là, toutes les pies montent au Ciel chacune avec une petite branche d'arbre et leur font une passerelle pour leur permettre de se réunir.

 

Ce mythe est répandu dans toute la Chine et de nombreuses oeuvres poétiques la citent. Dans le nord de la Chine, on dit en outre que le septième jour du septième mois il doit pleuvoir, au moins le matin, car le Bouvier et la Tisserande pleurent de joie en se revoyant et leurs larmes se répandent sur la terre.

 

Brigitte Ludwig

 

 

 






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