Mort du philosophe Jean-François Mattei

Jean-François Mattéi s’est éteint le 24 mars 2014 à Marseille, dans une ville à laquelle il était profondément attaché.

Homme du Sud, né à Oran le 9 mars 1941, ce grand philosophe avait choisi de mener une carrière universitaire loin de la capitale et de s’engager, en tant qu’humaniste, dans les problèmes sociaux de notre époque.

Mort du philosophe Jean-François Mattei

Mort du philosophe Jean-François Mattei

Diplômé de l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence et agrégé en philosophie en 1967, il avait consacré sa thèse d’État à une étude approfondie de l’ontologie platonicienne (L’Étranger et le Simulacre. Essai sur la fondation de l’ontologie platonicienne, PUF, 1983). Devenu le plus jeune professeur de l’enseignement supérieur, à Nice-Sophia-Antipolis, il dirigea aux éditions PUF les deux tomes de l’Encyclopédie philosophique universelle, une gigantesque contribution à la diffusion de la philosophie. Il fut un grand amoureux de Platon (Platon, Éditions PUF, coll. Que sais-je ? 3e éd., 2010, Platon et le miroir du mythe, Éditions PUF, 2002) et il sut magistralement montrer l’actualité de la pensée platonicienne dans La Puissance du simulacre. Dans les pas de Platon (Éditions François Bourin, 2013).

Il intervenait régulièrement sur les questions d’actualité (crise des banlieues, violences urbaines, euthanasie, identité de l’Europe) car il avait le souci d’expliquer sa vision philosophique des problèmes de notre temps. Son essai le plus remarqué, La Barbarie intérieure (PUF), paru en 1999, fustige l’immonde moderne : malgré ses promesses, la modernité aurait échoué à repousser la barbarie. Il y explique que la barbarie est bien plus proche de notre quotidien que nous aimons à le penser, et que notre civilisation ferait bien d’affronter ses propres démons plutôt que de toujours chercher le monstre chez les autres. Car, si le XXe siècle, ce «siècle des droits de l’homme», fut celui de «la destruction de l’homme», la violence ne s’est pas évaporée avec le nouveau millénaire. Dans L’Homme indigné (Éditions du Cerf, 2012), dont le titre est un hommage à Albert Camus, l’un des auteurs qu’il admire le plus, Jean-François Mattéi opposa l’indignation selon la raison à l’indignation selon la loi du cœur.

Grand amateur de jazz, pianiste virtuose, il s’intéressa à l’histoire de l’art comme à l’esthétique. Il aimait à dire que «la philosophie doit être intempestive et inactuelle, c’est-à-dire pour un temps à venir».