Mort de Jacques Le Goff, grand spécialiste du Moyen-Âge

Grand médiéviste qui vient de nous quitter, héritier de l’école des Annales, Jacques Le Goff a grandement contribué à la réhabilitation du Moyen-Âge. 

Jacques Le Goff

Jacques Le Goff

Il appartenait à cette tradition du grand historien sachant concilier la science des archives au goût de l’écriture et de la transmission. Il savait relater les grands faits de l’histoire de France, ou de l’Europe, avec une passion communicative. Il s’intéressa tout particulièrement dans ses recherches à l’anthropologie médiévale, et à l’histoire des mentalités.

Malgré un parcours académique en apparence classique, Jacques Le Goff affirma son originalité dans un milieu universitaire classique en renonçant à soutenir sa thèse d’État. Il se fit connaître par un livre majeur sur Les Intellectuels au Moyen-Âge qu’il publia à l’âge de 35 ans. Son professeur, Maurice Lombard, spécialiste de l’Islam médiéval, plaida alors auprès de Fernand Braudel la cause de ce «jeune médiéviste qui sait toutes les langues».

Braudel lui offrit un poste de maître assistant à la VIe section de l’École pratique des hautes études, mais Jacques Le Goff créa un autre établissement autonome, l’École des hautes études en sciences sociales (E.H.E.S.S.) qu’il présida jusqu’en 1977.

L’historien multiplia alors les publications visant à sortir le Moyen-Âge de son image volontiers ténébreuse, notamment La Civilisation de l’Occident médiéval, Pour un autre Moyen-Âge, Naissance du purgatoire. Il incarna l’esprit de l’école des Annales aux côtés de Georges Duby, Marc Ferro et Emmanuel Le Roy Ladurie. Cette école, créée en 1929, était destinée à couvrir un champ disciplinaire jusqu’alors réservé aux historiens du droit et de l’économie. Le Goff défendit avec quelques collègues le souffle d’une «nouvelle histoire» qui cherchait à étudier toutes les dimensions de la société, aussi bien matérielle que mentale et spirituelle. Il entendit promouvoir la notion de culture générale, considérant qu’on ne peut faire de l’histoire sans s’intéresser au droit, à la géographie, à la littérature, à la philosophie, aux mœurs, aux mentalités, aux sensibilités.

Jacques Le Goff accompagna son œuvre académique d’une réflexion sur le métier d’historien. Il regretta que la place de l’histoire soit «de plus en plus marginale dans la formation et la culture des hommes et des femmes politiques». Il y vit une «véritable régression», car «l’histoire est nécessaire pour donner une âme et une assise à la politique.»

Par Brigitte BOUDON