Mai 68, 50 ans après, Le défi de la jeunesse : ré-enchanter le monde ?

Dans un précédent article, nous avons étudié les conséquences de Mai 68 sur l’individu et la société. Cinquante après, quel héritage Mai 68 a-t-il laissé à la jeunesse actuelle ? Quel avenir se dresse devant-elle ?

La fin du cool

La fin du cool

Cinquante ans après, la jeunesse est toujours la jeunesse ! Elle est toujours idéaliste et rêve toujours d’améliorer le monde et de faire mieux que ses aînés.
L’envie de changer le monde est toujours là, les Français n’ont pas oublié l’esprit de Mai, croit pouvoir affirmer l’Express (1). Oui, mais « en un demi-siècle, on a délaissé le mot « révolution » au profit de celui de « transformation » ».
Car cinquante ans après, le monde a terriblement changé et la jeunesse d’aujourd’hui ne peut plus gouter l’insouciance de celle de 68, « la première qui n’avait pas connu la guerre ».
L’insouciance de 68 « c’était l’enchantement des commencements, la libération euphorique à l’égard des « entraves »… Mais aujourd’hui cette liberté de vivre sa vie comme on le veut va de soi et l’insouciance s’est envolée. Nous sommes dans un temps d’insécurisation globale de la vie : insécurité de l’emploi, du climat, des écosystèmes, de la nourriture et tant d’autres choses. D’une certaine manière, nous vivons la fin du cool » constate Gilles Lipovestky.

La consommation au détriment de l'investissement.

La consommation au détriment de l’investissement.

L’heure est à la responsabilité

Ce n’est pas peu dire que la jeunesse d’aujourd’hui se trouve face à une situation alarmante : « un modèle économique à bout de souffle, privilégiant la consommation sur l’investissement. Des écosystèmes dévastés, qui nous forcent à imaginer une nouvelle croissance sobre en ressources et circulaire, plus respectueuse de notre santé comme de notre environnement. Une dette gigantesque, qui fait peser sur les générations futures le train de vie de la génération 68 » (2). (Commémorer mai 68 ? Épargnons-nous cette comédie ! (2). Mais aussi, l’épée de Damoclès du réchauffement climatique qui menace les équilibres sociaux, économiques, écologiques de toute la planète. Le spectre de Big Brother toujours plus intrusif et de l’intelligence artificielle qui menace l’homme lui-même. Des gens de plus en plus nombreux à fuir leur pays à travers le monde, etc.

De l’utopie à la dystopie

Comme le dit le sociologue, Rémy Oudghiri (3), « Les jeunes de mai 68 voulaient changer le monde, ceux de 2018 veulent le réparer. »
Certes, il y a des similitudes, car pour le sociologue, « Avoir 20 ans en 1968 comme en 2018, c’est en effet atteindre le seuil de l’âge adulte dans une société en pleine transformation…
Chez les jeunes de 1968 comme chez ceux de 2018, on retrouve donc la même envie de faire muter la société, de transgresser les tabous, de faire tomber les frontières et les hiérarchies. Mais il y a une différence entre les deux époques, et elle est de taille. La composante utopique, omniprésente en 1968, semble absente chez les jeunes de 2018.
Aujourd’hui, la jeune génération fait une consommation grandissante de livres ou de séries dystopiques, de Divergente (4) à Hunger Games (5) en passant par Black Mirror (6). C’est que le contexte du monde a profondément changé. »
Une dystopie est un récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur. En quelque sorte, c’est une utopie qui vire au cauchemar. Est-ce l’allégorie de mai 68 ?

Où est passé l’avenir ? (7)

En 1968, dans la lancée des Trente Glorieuses (8) la majorité des Français croit au progrès et à un avenir meilleur. « Pour les jeunes, cette perspective heureuse se traduit par une envie pressante de profiter de la vie avant de plonger dans le grand bain du travail. Or, il subsiste un décalage entre l’aisance matérielle et les aspirations hédonistes quelle suscite, et les valeurs conservatrices qui imprègnent encore des pans entiers de la société. Puisque la société change, il faut changer la société. Des formules telles que « changer la vie » (Rimbaud) ou « transformer le monde » (Marx) font sens pour cette génération qui veut se préparer un avenir meilleur. C’est une des raisons de l’explosion de mai 68 » analyse encore Rémy Oudghiri. Mais aujourd’hui l’avenir est incertain et fait peur.

Les jeunes de 1968 voulaient détruire le monde, ceux de 2018 veulent le réparer.

Les jeunes de 1968 voulaient détruire le monde, ceux de 2018 veulent le réparer.

Ré-enchanter le monde

« Pour cela, il faudra s’engager dans une réforme radicale des modes de vie nés de la société de consommation et que les revendications hédonistes de mai 68 ont porté à leur apogée. Les jeunes d’aujourd’hui le savent confusément… Dans de nombreux domaines, il faut se protéger, préserver, maintenir, reconstruire, modérer, réguler, recycler, etc. Bref réparer ce que des décennies de consumérisme aveugle ont produit. L’enjeu, pour cette génération, sera de transformer cette tâche ingrate de réparation du monde en nouvelle utopie. Tâche titanesque. Il faut imaginer Sisyphe heureux, disait Camus. » continue Rémy Oudghiri.

Reconstruire l’individu

Pour cela, il sera nécessaire de ré-enchanter le monde par de nouvelles relations avec la nature et avec soi-même (9).
Pour faire face à ces nouveaux défis, il faudra également pallier la fragilité psychologique des individus. Reconstruire la force morale est une priorité pour que les nouvelles générations puissent se montrer à la hauteur des enjeux de l’époque.

Comme l’explique Fernand Schwarz dans son ouvrage Persée, le guerrier de la paix (10), il nous faut retrouver la voie du guerrier pacifique, celui qui, intégrant les valeurs morales qui ont construit l’humanité, part à la conquête de lui-même pour mieux servir les autres. Les antiques préceptes de la philosophie nous enseignent comment grandir en surmontant les épreuves de la vie qui deviennent alors source d’apprentissage et de développement.

Nouvelle Acropole offre une voie de philosophie pratique.

Nouvelle Acropole offre une voie de philosophie pratique.

C’est l’orientation de Nouvelle Acropole, depuis près de 60 ans, d’offrir des voies de philosophie pratique pour développer l’humanité qui est en nous et exprimer nos potentiels au bénéfice de notre propre épanouissement et au service du monde qui nous entoure.
Des centaines de centres dans le monde forment un réseau qui unit les bonnes volontés de ceux qui aspirent à un monde plus fraternel et meilleur. Une expérience unique et porteuse d’espoir pour des dizaines de milliers de personnes dans près de 60 pays dans le monde. Une utopie ? Peut-être mais avec tant de projets et de réalisations, quelle prend des accents de réalité…

(1) 1968-2018, Comment tout a changé, Matthieu Scherrer, L’express, 02/01/2018
(2) Commémorer mai 68 ? Épargnons-nous cette comédie !, Mael de Calan, Le Figaro, 25/10/2017
(3) Les jeunes de mai 68 voulaient changer le monde, ceux de 2018 veulent le réparer, Rémy Oudghiri, Huffington post , 27/04/2018
(4) Film américain de Neil Burger, sorti en 2014. Premier volet d’une série de films. L’histoire d’un monde post-apocalyptique où la société est divisée en cinq clans (Audacieux, Érudits, Altruistes, Sincères, Fraternels). Ceux qui n’appartiennent à aucun clan sont appelés Divergents et sont traqués par le Gouvernement
(5) Tétralogie cinématographie de science-fiction américaine réalisée par Gary Ross en 2012 et ensuite par Francis Lawrence de 2013 à 2015. Les Hunger Games sont un jeu télévisé national au cours duquel les « tributs » (un garçon et une fille) doivent s’affronter jusqu’à la mort. Les Hunger games sont à la fois une sanction contre la population pour s’être rebellée et une stratégie d’intimidation de la part du gouvernement
(6) Anthologie télévisée britannique créée par Charlie Brooker. Le Black mirror fait référence aux écrans omniprésents qui nous renvoient notre reflet dans le futur, sous un angle noir satirique, avec les nouvelles technologies et leur influence sur la nature humaine de ses utilisateurs
(7) Expression de l’anthropologue Marc Augé
(8) Période de trente ans (1945-1973) de prospérité exceptionnelle vécue par les pays industrialisés occidentaux jusqu’au premier choc pétrolier de 1973
(9) Lire Hors-série Revue Acropolis, Réenchanter le monde, aout 2016
(10) Persée, le guerrier de la paix, Fernand Schwarz, Éditions Acropolis, 2016, 110 pages
Par Isabelle OHMANN

EXPOSITIONS AUTOUR DE MAI 68

– Images en lutte : La Culture Visuelle de l’extrême gauche en France (1968-1974)
Jusqu’au 20 mai 2018
Affiches, peintures, sculptures, installations, films, photos… retracent l’histoire politique du visuel et illustrent l’utopie révolutionnaire.
Palais des Beaux-Arts : 13, quai Malaquais – 75006 Paris
Tel : 01 47 03 50 00
https://www.beauxartsparis.fr/fr/expositions/expositions-en-cours/1885-images-en-lutte
Icones de Mai 68, les images ont une histoire
Jusqu’au 26 aout 2018
La construction médiatique de notre mémoire visuelle collective
Bibliothèque nationale de France BNF
Quai François-Mauriac, 75706 Paris Cedex 13
Entrée face au 25 rue Émile Durkheim
Ou avenue de France, à proximité de l’entrée du cinéma MK
Tél : 01 53 79 59 59
http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/anx_expositions/f.icones_mai_68.html
Open Borders
À partir du 4 mai 2018
Fresque murale réalisée par le grapheur Escif à l’arrière du bâtiment avec les principaux slogans illustrant les révoltes estudiantines de mai 68 et les graffitis laissés par les visiteurs dans les toilettes du palais.
Palais de Tokyo
13, avenue du Président Wilson – 75016 Paris
Tel : 01 47 23 54 01
http://www.palaisdetokyo.com/fr
Mai 68 – Assemblée Générale
Jusqu’au 20 mai 2018
Expositions, débats, performances, projections, ateliers,
Fresque visuelle de 60 mètres de long par le graphiste Philippe Lakits des slogans et des affiches de Mai 68
Centre Pompidou
Place Georges Pompidou, 75004 Paris
Tel : 01 44 78 12 33
www.centrepompidou.
68, les archives du pouvoir
2 aspects de l’exposition :
• Jusqu’au 17 septembre 2018
L’autorité en crise
Découvrir les bureaux de l’administration, de la préfecture ou du pouvoir exécutif
Archives Nationales
Hôtel le Soubise
60, rue des Francs Bourgeois
75004 Paris
Tel : 01 75 47 20 06
• Jusqu’au 22 septembre 2018
Les Voix de la contestation
Documents collectés ou saisis (tracts, affiches…) par les acteurs de ami 68.
Archives Nationales
59, rue Guynemer
93383 Pierrefitte sur seine
Tel : 01 45 75 47 20 02
www.archives-nationales.culture.gouv.fr