Les Mystères d’Osiris, mystères de la renaissance

Une très belle exposition présentée à l’Institut du Monde Arabe, a mis en valeur les extraordinaires découvertes sous-marines de Frank Goddio sur les sites immergés de Thônis Héracleion et de Canope qui dévoilent les rituels liés à la renaissance d’Osiris.

 

271_Mysteres_Osiris1Depuis 1996, l’archéologue sous-marin français Franck Goddio mène des fouilles sous-marines près des côtes égyptiennes à la recherche de l’ancienne région canopique submergée et de vestiges du patrimoine artistique égyptien antique. C’est ainsi qu’il  découvert en 2000 la ville de Thônis-Heracleion, en baie d’Aboukir, son port et son temple ainsi que la ville de Canope. De récentes fouilles ont mis à jour de nombreux témoignages archéologiques de la période ptolémaïque et romaine, en relation directe avec les Mystères d’Osiris : monuments, statues, instruments rituels, offrandes cultuelles… attestant ainsi de la célébration des «Mystères», en ce lieu.

Célébrés dans toute l’Égypte, ils faisaient revivre, renouvelaient et perpétuaient une des légendes fondatrices du pays, celle de la triade divine Osiris – Isis – Horus.

Osiris, le dieu vivant

Fils de la déesse du Ciel (Nut) et du dieu de la Terre (Geb), Osiris hérita de la royauté terrestre. Il enseigna aux hommes l’agriculture, leurs donna des lois, leur apprit à adorer les dieux, leur apporta la civilisation. Être bienfaisant, il connut la trahison de son frère Seth dont la conspiration entraîna sa mort. Son cadavre fut découpé en morceaux et les fragments furent disséminés à travers l’Égypte. Sa sœur et épouse Isis se mit en quête de chacune des parties du cadavre du dieu, les retrouva une à une et reconstitua le corps de son défunt mari. Osiris dut son salut à l’amour et à la piété conjugale qui le firent revivre. Aidée de sa sœur Nephtys et du dieu chacal Anubis, Isis inventa les gestes de la momification pour la sauvegarde de tous, car Osiris fut le premier être à avoir connu la mort. Ses plaintes invitaient le dieu à renaître. Sous la forme de milan, au chevet d’Osiris, Isis battait des ailes pour lui rendre le souffle de vie. Osiris triompha ainsi de la mort et apporta à l’humanité la promesse d’une survie éternelle. Il devint le souverain de l’au-delà et le juge des défunts. De l’union posthume d’Osiris avec Isis naquit Horus. Il vengea son père et devint le roi légitime de l’Égypte. Il devint le modèle du pharaon idéal auquel chaque souverain cherchait à s’identifier.

271_Mysteres_Osiris_5Le mythe d’Osiris exprime la confrontation avec la mort. Osiris subit la mort pour en triompher. Seth tue son frère et prend le pouvoir mais son règne est suivi de celui d’Horus, fils d’Isis et d’Osiris vengeur de son père. Seth incarne la part de désordre intrinsèque à l’ordre et nécessaire à sa dynamique. Le roi unissait dans sa personne les deux dieux en lutte incessante qui trouvaient en lui un équilibre. Le mythe osirien constituait une structure morale et intellectuelle de la société égyptienne, assignait une place à l’homme, décrivait un ordre qui, à chaque instant, menaçait de se dissoudre. Les rites permettaient sa conservation. Pour cela, l’offrande essentielle du culte journalier était celle de la Maât, la justice, équilibre, harmonie à préserver à chaque instant. Cette offrande impliquait la société toute entière : les hommes devaient agir selon Maât, conformément à l’ordre établi dans la nature.

Les fêtes rituelles des Mystères d’Osiris

Les Mystères d’Osiris constituaient les fêtes rituelles les plus importantes de l’année. Depuis le Moyen Empire d’abord à Abydos, dans la ville sacrée d’Osiris puis dans toutes les métropoles d’Égypte, l’effigie du dieu sortait du temple sur sa barque, triomphant, dans la liesse populaire. Des prêtres mimaient certains épisodes de la passion du dieu, psalmodiaient des litanies funéraires, chantaient la victoire d’Osiris. Le cortège divin rejoignait ensuite le tombeau d’Osiris.

Lors de ces cérémonies populaires, d’autres mystères plus secrets se déroulaient dans la «maison du dieu» et célébraient sa résurrection. Les témoignages les plus complets se trouvent dans les chapelles osiriennes de Dendérah, mais on a retrouvé la confirmation de la pratique de ces mystères dans les villes d’Héracleion et Canope.

Tous les ans, au quatrième mois – au cours du rituel du mois de Kohiak -, lorsque les eaux de l’inondation se retiraient pour laisser  place aux champs et aux cultures, des prêtres façonnaient des figurines d’Osiris dans la terre ensemencée gorgée de l’eau de la crue nouvelle.

La germination de ces «Osiris végétants» symbolisait le retour  la vie. L’équilibre du monde était ainsi maintenu grâce au processus de création sans cesse régénéré.

Grâce à cette puissance créatrice, le soleil surgissait des ténèbres et des profondeurs de la nuit, pour renaître chaque jour, rajeuni, comme si c’était la «première fois».

La quête d’immortalité

De nos jours, les progrès de la science réveillent à nouveau le rêve d’immortalité corporelle  et l’on nous promet à nouveau de parvenir un jour à vaincre la mort, permettant à l’homme un permanente rénovation biologique. Ce sujet de science fiction devient de jour en jour plus proche à travers les recherches du transhumanisme et de l’homme augmenté.

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Est-ce que ce rêve d’immortalité biologique correspondrait au mythe d’Osiris et à la vision du monde des Égyptiens ? Pas tout à fait. D’une part, car ils agissaient en harmonie avec les lois de la nature intégrant l’homme microcosme dans les lois de l’univers macrocosme et qu’ils cherchaient plutôt à développer une conscience d’immortalité au-delà de la chair périssable. En chaque être humain, le défunt en tant qu’Osiris N (1), devait continuer son voyage dans le monde invisible les yeux ouverts, donc en pleine conscience, cherchant à s’identifier à la lumière solaire, donc à la conscience transcendante de l’univers qui traverse les formes apparentes de la vie et de la mort, comme l’indique le cycle journalier du soleil.

Osiris, le premier Initié

Osiris (2) est l’Être bon. Il n’est pas seulement le dieu des morts mais avant tout «le guide des vivants». Il marque le chemin du devenir, symbolisé par le scarabée Keper : souffrir, mourir, renaître et devenir un être divin.

La mort symbolise le changement d’un état de conscience, la pratique du détachement, l’acceptation du combat pour l’existence. Osiris est le premier être qui accepte l’épreuve de la mort. Étant le premier à connaître la mort, il est le premier initié. Il ne peut avoir de transmutation sans passage par la mort qui est un retour à l’état initial, pour recueillir dans l’origine de nouvelles potentialités nécessaires à une future renaissance.

Pour les Égyptiens, la véritable mort implique l’arrêt du mouvement. Osiris représente le mouvement intérieur que chaque être doit développer pour entrer en contact avec sa propre profondeur, son propre Noun (3) ou source de virtualités.

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Si l’individu parvient à s’immerger en lui-même, il découvre les potentialités secrètes de son âme et peut les convoquer par leur nom pour qu’elles surgissent, tels les grains germés après la récolte.

La momie d’Osiris est un corps de substitution, une chrysalide qui permettra à l’âme de se libérer des attaches terrestres et atteindre sa dimension spirituelle. Il faut reconstituer un nouveau corps et s’en libérer pour se transmuter dans un corps de gloire, un être de Lumière. Tels sont les mystères de la matrice de transfiguration qu’Anubis transmit à Isis.

L’initiation osiriaque est un apprentissage de la loi des cycles, de l’éternel retour à l’origine et du besoin de vaincre les forces du chaos chaque nuit. En réalité, Osiris ne meurt jamais, il est dominé et immobilisé et pour cela il apparaît comme végétant, figé mais actif.

Osiris est un être qu’il faut protéger. Il est le Bien qui ne prend son sens qu’à travers la lutte quotidienne contre le Mal, symbolisé par Seth.

Mais Seth, le rebelle, le déstabilisateur provoque les forces du Bien pour les mettre à l’épreuve et les maintenir dans une constante volonté de reconstruction et de régénération. C’est comme un dissolvant universel, ce qu’il ne détruit pas, est ce qui est immortel. Telles sont les épreuves que surmonte Osiris.

271_Mysteres_Osiris_IsisIsis, la grande magicienne

Isis (4) est la force qui ne se résigne jamais. Avec amour, elle libère l’énergie pour vaincre la fatalité. Elle est Mère et engendre sur terre (monde visible) et dans l’au-delà (monde invisible).

Les formes invisibles sont en rapport avec Osiris, les formes visibles avec Horus.

Isis possède la magie de l’initiation. Son enseignement nous rappelle que l’on ne doit pas agir avec précipitation, que le Grand œuvre alchimique est un acte de patience, pratiqué à un rythme solennel et calme, comme les cycles immuables de la nature que la déesse symbolise.

Sa méthode passe par trois phases. D’abord, il faut réunir le corps d’Osiris, démembré par Seth. Il représente le Tout que les forces contradictoires de l’expérience dispersent et que chacun de nous doit restructurer en soi. Les moyens proposés par Isis sont d’ordre magique, rituel et cognitif à travers des mythes et des symboles.

Ensuite,  il s’agit d’analyser et  de mettre en ordre tous les éléments trouvés : classifier tout ce que contiennent la chambre secrète et la matrice du sarcophage. À ce moment, Isis devient Maât et dispense l’intelligence qui permet de reconstituer un ordre vital.

Et pour finir, la révélation des enseignements de Toth permet d’établir un lien de magie sympathique avec les Mystères du Ciel.

En réalité, Isis et Osiris, agissent ensemble, – elle dans un rôle actif, et lui dans un rôle passif, en tant que gardien des potentialités et des secrets -, transmettant la science secrète de Toth : acquérir les connaissances sacrées, discerner et analyser les connaissances, parvenir à l’intégration de l’âme individuelle dans le Tout.

Ainsi cette exposition nous montre, à travers les mythes de renaissance d’Osiris, comment procéder de manière symbolique à une renaissance de soi-même : en pratiquant une introspection de soi-même, en se détachant des attitudes et comportements erronés, pour renaître chaque jour, développer les potentialités en soi et devenir chaque jour meilleur.

 

(1) Derrière le nom d’Osiris, N représente le nom du défunt
(2) et (4) : textes résumés du livre Egipto invisible de Fernando Schwarz (Ed Kier).
(3) Océan primordial, réservoir de toutes les potentialités de l’existence
 Par Laura WINCKLER

A lire :

Osiris, mystères engloutis d’Égypte, Franck Goddio, David Fabre, Ed Flammarion. Catalogue de l’exposition très complet et avec de belles illustrations

  • Revue Acropolis n° 206 (mai 2008) : La réincarnation en Égypte ancienne par Fernand Schwarz
  • Revue Acropolis n° 190 (décembre 2005) Momifications et rite funéraires, par Jorge Angel Livraga
  • Thèbes, Jorge Angel Livraga, Éditions Acropolis, 2016